Comment Bernard Pivot avait vécu sa présidence de la Foire du livre de Brive
"La première fois que je suis venu à Brive, en 1986, j'ai immédiatement été saisi par une impression de chaleur humaine. Une ferveur populaire autour du livre que l'on ne connaît pas au Salon de Paris."
Ainsi parlait Bernard Pivot, l'ambassadeur infatigable de la littérature et des écrivains. Lors de ce premier passage à la Foire du livre, il avait interviewé, en direct de Brive, Jean Tardieu, année où ce dernier a remporté le Prix de la langue française.
"Lire au moins un livre par semaine"Disparu, ce lundi 6 mai, à l'âge de 89 ans, le journaliste et écrivain a marqué des générations de lecteurs et l'histoire de la télévision française par ses émissions Apostrophes (1975-1990), Bouillon de Culture (1991-2001), et ses fameuses dictées. Personnage essentiel dans la République des lettres, il a présidé l’Académie Goncourt entre 2014 et 2019. Tout au long de sa carrière, son objectif a été le même : "donner envie de lire au moins un livre par semaine".
En 2000, c'était à son tour de recevoir, à Brive, le Prix de la langue française.
"Je suis arrivé à Brive en catimini, j'ai fait un petit discours et je suis reparti très discrètement. Je n'allais pas étaler ma fierté devant des auteurs qui le méritaient tout autant que moi. Moi qui ne suis pas écrivain."
Une ruée mémorableEn 2007, du 26 au 28 octobre, il a été président de la vingt-sixième édition de la Foire du livre de Brive qui avait réuni 500 auteurs et 100 maisons d'éditions. À son arrivée à la Foire, il a été accueilli par une belle ruée, tout le monde voulait le voir. Lucide, il analysait ainsi le phénomène : "Il faut y voir un effet pervers de la télévision ! J'avais l'habitude de dire, à l'époque, que si je descendais les Champs Élysées avec Julien Green à ma droite et Claude Levy-Strauss à ma gauche, c'est à moi qu'on demanderait des autographes."
Lors de la Foire du livre de 2007, les membres de jury Goncourt, Robert Sabatier, Didier Decoin, Edmonde Charles-Roux et Bernard Pivot avaientnt annoncé la dernière sélection de ce prix prestigieux.
"La télévision a étouffé la vie littéraire "Quant à la vie littéraire, en 2007, il soulignait : "Elle a beaucoup changé. Elle a été très active quand j'étais jeune journaliste et je m'y suis beaucoup intéressé. La télévision l'a étouffée. Conséquence, les revues disparaissent et, en dehors de cinq ou six grands noms d'automne, peu d'auteurs trouvent l'écho qu'ils méritent."
Amoureux de la langue de Molière, Bernard Pivot a publié notamment le livre, 100 expressions à sauver. Parmi celles-ci : "Tu vas te faire chanter pouille", autrement dit : Tu vas te faire engueuler."
Dragan Perovic