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Allemagne : après sa classification comme parti "extrémiste", l'AfD contre-attaque

L'AfD contre-attaque. Lundi 5 mai, les présidents du parti Alternative pour l’Allemagne Alice Weidel et Tino Chrupalla ont engagé un recours devant le tribunal administratif de Cologne, après avoir dénoncé "un coup porté à la démocratie". Le parti, en tête de récents sondages, avait été classé trois jours plus tôt par les services du Renseignement intérieur allemand comme mouvement "extrémiste de droite ". Une classification qui a fait l’effet d’une bombe dans la première économie européenne, en pleine transition politique.

L’Office de protection de la Constitution (qui agit de manière autonome), a justifié sa décision en expliquant que l’idéologie de l’AfD "dévalorise des groupes entiers de la population en Allemagne et porte atteinte à leur dignité humaine", ce qui n’est "pas compatible avec l’ordre démocratique". L’affaire tend considérablement les relations entre Berlin et Washington à la veille de l’élection du chancelier Friedrich Merz.

Soutien des Etats-Unis

Les réactions vives n’ont pas tardé aux Etats-Unis, où l’administration Trump dénonce systématiquement ce qu’elle perçoit comme des atteintes à la liberté d’expression en Europe contre les partis qui lui sont idéologiquement proches. Le vice-président américain J.D. Vance a accusé l’Allemagne de reconstruire un "mur de Berlin", tandis que le secrétaire d’Etat Marco Rubio a qualifié la décision de "tyrannie déguisée", estimant que "l’Allemagne devrait inverser sa décision". Des déclarations "clairement rejetées" à Berlin lundi. Les insinuations de Marco Rubio sont "sans fondement", a dit le porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères, Sebastian Fischer.

La date de l’annonce de la décision du Renseignement intérieur, à quelques jours de l’intronisation de Friedrich Merz, a, à elle seule, alimenté le débat dans le pays. Le parti conservateur a signé lundi son contrat de coalition avec les sociaux-démocrates, dernière étape avant l'élection de son chef comme chancelier par les députés, prévue mardi. Cette date s’appuie sur un rapport confidentiel du Renseignement réalisé sur plusieurs années, a fait valoir lundi un porte-parole du ministère de l’Intérieur. Il intègre des éléments recueillis notamment pendant la campagne des législatives anticipées de février, et d’autres glanés jusqu’à une semaine avant la publication vendredi dernier. C’est ce qui pourrait avoir précipité l’annonce.

Une meilleure surveillance policière du parti

Grâce à cette classification, les autorités sont désormais habilitées à intensifier leur surveillance policière du parti, y compris en interceptant, si nécessaire, les communications privées de ses dirigeants. Même si son aile la plus radicale est régulièrement accusée de proximité avec la mouvance néonazie et de révisionnisme historique sur les crimes du IIIème Reich, le parti AfD rejette toute accusation liée à "l’incitation à la haine des étrangers ou à l’islamophobie" dans sa requête déposée lundi. Il affirme en outre que les critiques émises par ses membres "concernent des phénomènes sociaux spécifiques (tels que la migration irrégulière ou les abus de l’aide sociale), et sont couvertes par la liberté d’expression", niant aussi "toute affiliation à des organisations extrémistes ou volonté de s’en prendre à l’ordre démocratique".

Cette décision du Renseignement intérieur a néanmoins relancé le débat sur une éventuelle interdiction de l’AfD, régulièrement alimenté par des élus. Les avis sur le sujet divergent, alors que l’AfD est en plein essor. Juridiquement, les obstacles pour faire valider une telle décision par la Cour constitutionnelle sont très élevés et, politiquement, elle pourrait accroître encore la popularité du mouvement, qui pourrait se présenter en victime.

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