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340 000 euros par élève : les coûts cachés du décrochage scolaire

Perte de confiance en soi, exclusion sociale, stigmatisation : les préjudices du décrochage scolaire ne sont plus à prouver. Mais au-delà des conséquences pour l’élève, cette sortie précoce du système scolaire impacte la collectivité. D’après un rapport publié ce lundi 19 mai par le cabinet international Boston Consulting Group et la fondation Apprentis d’Auteuil, le surcoût occasionné par élève décrocheur durant toute la durée de sa vie active est de 340 000 euros.

Selon l’étude, un décrocheur est "une personne dont le diplôme le plus élevé est le brevet des collèges". Suivant cette définition, près de 75 000 jeunes seraient concernés chaque année et environ 7,6 % des 18-24 ans faisaient partie de cette classification en 2024.

259 000 euros de manque à gagner

Pour parvenir à mesurer le coût du décrochage scolaire, "deux populations ont été sélectionnées : celle des élèves décrocheurs et celle des diplômés", explique Olivier Scalabre, directeur général du bureau de Paris du Boston Consulting Group. "Nous avons choisi de mettre la barre au brevet et avons regardé ce que ces deux groupes apportent à la société en tant que taxes, TVA et impôts durant les 40 ans de leur vie active. Nous avons également étudié les ressources qu’ils donnent à la collectivité en termes de frais additionnels divers et variés, ainsi que les aides qu’ils peuvent solliciter de la part de la collectivité", continue-t-il. Afin de se concentrer sur la période de vie active, seuls les individus âgés de 25 à 65 ans ont été étudiés, excluant ainsi la phase potentiellement encore consacrée aux études, ainsi que les années de retraite. Résultat : la nouvelle estimation du coût pour la collectivité par décrocheur s’élève à 340 000 euros.

Jusqu’alors, le calcul de 2012, établissant ce coût à 230 000 euros par jeune, faisait office de référence. "Cette augmentation de 110 000 euros est à 80 % due à l’inflation. Entre 2012 et 2024, il y a eu 12 années d’inflation, dont des années Covid, qui ont fait grimper le prix de l’euro. Les 20 % restants sont expliqués par l’accroissement des inégalités", commente Olivier Scalabre.

Compris dans ces 340 000 euros : le manque à gagner en termes de fiscalité et de cotisations. Un montant estimé à 259 000 euros par individu au cours de sa vie active. Cette estimation s’appuie sur les contributions aux cotisations patronales, à la TVA, à la CSG-CRDS ainsi qu’à l’impôt sur le revenu. "Les personnes ayant un niveau de diplôme plus faible perçoivent en moyenne des revenus inférieurs et présentent des taux d’activités plus faibles, ce qui se traduit par une participation moindre aux recettes publiques", peut-on lire dans l’étude.

Un second surcoût estimé à 49 000 euros s’ajoute aux 259 000 euros. Celui-ci concerne les dépenses liées à la justice. S’il n’existe pas de données publiques officielles, le Boston Consulting Group a procédé à une estimation de la population de décrocheurs parmi les personnes incarcérées selon certains niveaux d’éducation fournis par l’Observatoire International des Prisons. Une donnée qui a ensuite été croisée au nombre total de personnes incarcérées et comparée aux populations totales de chacun des deux groupes. "La surreprésentation (des décrocheurs) au sein de cette population conduit à un coût moyen de justice par individu plus élevé", peut-on lire dans le rapport.

Autre frais occasionné par ces sorties précoces du système scolaire : les aides sociales. La population des décrocheurs étant proportionnellement plus grande au sein des bénéficiaires de dispositifs tels que les aides au logement, le RSA, ou la Complémentaire santé solidaire, qu’elle ne l’est dans la population totale, les frais s’élèvent à 48 000 euros par individu. Le chômage occupe également une place importante dans le budget total, puisque les élèves sortis du système scolaire accèdent difficilement à l’emploi. Les coûts sont estimés à 29 000 euros par décrocheur, le taux de chômage étant plus élevé pour cette population, les dépenses associées sont mécaniquement plus fortes. Selon le cabinet international de conseil en stratégie, sur la tranche d’âge 25-65 ans, 11 % de la population de décrocheurs est au chômage contre 5,5 % pour les diplômés.

Enfin, les individus sortis précocement du système scolaire sont davantage exposés aux risques professionnels ainsi qu’à un moindre recours à la médecine préventive, expliquant un ultime surcoût de 11 000 euros pour des frais de santé. A ce total de 396 000 euros se soustraient 56 000 euros, une estimation du coût moyen des études pour un individu issu de la population des diplômés.

7,6 % des 18-24 ans contre 11 % en 2006

Malgré ce montant non négligeable, l’estimation ne prétend pas à l’exhaustivité. Au contraire. D’après le directeur général du bureau de Paris du Boston Consulting Group, le chiffre pourrait avoir été sous-évalué : "Aujourd’hui, il y a même des décrocheurs qui ont le baccalauréat. Il est donc possible que le nombre d’élèves sortis du système solaire ainsi que leur coût soient sous-estimés puisque nous avons placé la barre au brevet dans le cadre de l’étude", analyse-t-il.

Quoi qu’il en soit, si aucune mesure n’est prise rapidement, ce coût pourrait tendre à augmenter. "Les inégalités se creusent et cela devrait continuer. Par exemple, plus le temps passe, plus le nombre d’emplois offrant un salaire fixe pour des niveaux de qualification plus faibles a tendance à diminuer, notamment sous l’effet des avancées technologiques et de l’intelligence artificielle", se désole Olivier Scalabre.

Mais pour Apprentis d’Auteuil, "le décrochage n’est pas une fatalité. […] Les résultats obtenus en matière de prévention et de remédiation le prouvent tous les jours sur le terrain", écrit la fondation. D’après les chiffres de l’Education nationale, le décrochage scolaire a en effet décru ces vingt dernières années. En 2023, 7,6 % des 18-24 ans étaient hors du système scolaire contre 11 % en 2006. Un taux qu’Olivier Scalabre considère comme encourageant. "Nous sommes en deçà de la moyenne européenne, de l’Allemagne ou de l’Italie. Cela montre que lorsque nous prenons en charge le décrochage scolaire, nous observons des résultats. Maintenant, deux tiers du chemin sont encore à parcourir", conclut-il.

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