Contrôle des sites pornos : quand la mauvaise foi prédomine
Début juin, les Français et Françaises visitant le site de Pornhub ont été accueillis par une paire de seins inhabituelle : celle de La Liberté guidant le peuple, célèbre chef-d’œuvre de Delacroix. Sous la reproduction de la peinture, personnalisée aux couleurs de Pornhub, un slogan, "la liberté n’a pas de bouton off". Plus bas, le texte continue. "Votre gouvernement propose de vérifier votre âge à chaque fois que vous visitez notre site, c’est fou, non ?", demande narquoisement le site. Ce n’est pas un hasard si Aylo, l’éditeur des sites Pornhub, Redtube et Youporn, essaie aujourd’hui de s’ériger en défenseur de la vie privée des Français. Dans le viseur de l’entreprise se trouve la loi SREN, qui oblige les éditeurs de sites pornographiques à s’assurer que leurs visiteurs sont bel et bien majeurs, sans les contraindre à divulguer trop d’informations sensibles.
Vérifier l’âge des internautes tout en leur permettant de rester anonymes est un casse-tête auquel se frottent les régulateurs et les plateformes depuis des années. Jusqu’à présent, les sites pornographiques se contentaient d’un simple bouton, demandant aux internautes de confirmer qu’ils avaient bien plus de 18 ans. Une technique parfaitement inefficace, car il suffisait de cliquer sur "oui" pour avoir accès aux sites, sans que la moindre vérification ne soit effectuée. Résultat, une étude de 2023 de l’Arcom montrait que les mineurs consultaient régulièrement des sites pour adultes : la moitié des garçons de 12 ans se rend sur des sites pornographiques en moyenne chaque mois, et les mineurs représentent en tout 12 % de l’audience de ces sites - 17 % pour Pornhub.
Se dédouaner de toute responsabilité
Pour résoudre ce problème, l’Arcom a publié en octobre dernier un référentiel technique, que doivent suivre les plateformes, et qui préconise le recours au "double anonymat". Concrètement, les utilisateurs s’inscriraient sur un site tiers, qui confirmerait leur âge grâce à des documents officiels ou d’autres solutions. C’est lui qui confirmerait ensuite aux plateformes que l’utilisateur a l’âge requis. Les sites pour adultes ne sauraient donc pas qui les consultent, et n’auraient pas davantage accès aux documents et données personnelles des utilisateurs.
Les dispositions sur les sites pornographiques doivent s’appliquer à partir de ce vendredi 6 juin. Le blocage d’Aylo, dès le 4 juin, n’est pas un hasard, mais bien un coup de communication, malgré tout son discours sur la protection des données. Pornhub estime ainsi que la procédure "met en danger la vie privée de tout le monde et expose les enfants à des risques", car elle oblige "à fournir, de façon répétée, des informations personnelles sensibles". Outre les risques de fuite de données, la plateforme estime que le double anonymat poussera les mineurs vers d’autres sites qui ne respectent pas les normes françaises, et pousse aux comportements dangereux.
La seule solution acceptable aux yeux d’Aylo est une solution qui ne l’impliquerait pas. L’entreprise a proposé de faire réaliser la vérification de l’âge directement sur les appareils, ordinateurs ou smartphones. Une façon commode de se dédouaner de toute responsabilité.