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Clash entre Donald Trump et Elon Musk : comment l’affaire Jeffrey Epstein rejaillit aux Etats-Unis

Avec un simple post sur X, Elon Musk a rallumé l’un des foyers les plus inflammables de la vie politique américaine. Jeudi 5 juin, le patron de Tesla et de Space X a publiquement affirmé que Donald Trump figurait dans les dossiers gouvernementaux liés à Jeffrey Epstein, le financier mort en prison en 2019 et accusé d’avoir organisé un réseau d’exploitation sexuelle de mineures. "Il est temps de lâcher la grosse bombe : (Trump) est dans les dossiers Epstein", a posté Elon Musk sur X, au moment où son antagonisme croissant avec le 47e président des Etats-Unis dégénérait en une passe d’armes d’une rare virulence. "C’est la véritable raison pour laquelle ils n’ont pas été rendus publics." Une accusation sans preuves, mais à l’effet immédiat : 132 millions de vues en une soirée et un déchaînement de commentaires. "Une offensive explosive", considère le site CNN.

Le clash entre les deux hommes a brutalement basculé sur le terrain des accusations sexuelles. Et ravive par ricochet une affaire à la fois judiciaire, politique et symbolique, que l’Amérique n’a jamais vraiment refermée : celle de Jeffrey Epstein, ses réseaux et les liens troubles avec les élites. Depuis plusieurs mois, l’administration Trump affirme examiner des dizaines de milliers de documents et de vidéos liés à Jeffrey Epstein. Le mouvement "Maga", qui soutient le locataire de Maison-Blanche, y voit l’occasion de révéler l’implication de personnalités de gauche et des figures de Hollywood - mais pas de Donald Trump lui-même.

Pour l’instant, aucune source officielle n’a confirmé que le président apparaissait dans l’un ou l’autre des documents. Elon Musk lui-même n’a fourni ni preuve, ni précision sur les fichiers évoqués. Mais ses propos marquent un retournement stratégique : l’homme le plus riche du monde inverse la logique des accusations complotistes dont le trumpisme s’est fait une spécialité. Dans la foulée, plusieurs élus démocrates ont réclamé la divulgation complète des dossiers brandissant les soupçons d'Elon Musk contre leurs adversaires républicains. "Il y a un mois, j’ai demandé la publication intégrale des dossiers Epstein parce que je soupçonnais (la ministre de la Justice Pam Bondi) de les dissimuler pour protéger Donald Trump", a ainsi écrit Dan Goldman, membre du Congrès de l’État de New York, sur X.

Une affaire qui hante le débat américain

Même son de cloche pour Ted Lieu, représentant de Californie, ou pour l’ex-porte-parole du Comité national républicain, devenu un féroce critique de Donald Trump, Tim Miller : "Le peuple américain mérite de savoir si notre président est un pédophile", a-t-il posté sur X. Mais au-delà des effets d’annonce, le New York Times appelle à la prudence : "Le simple fait d’être mentionné dans de tels dossiers ne signifie pas forcément grand-chose. Les dossiers criminels regorgent souvent d’identités de victimes, de témoins et d’autres personnes innocentes ayant été en contact avec des suspects ou des preuves dans une affaire."

L’affaire Epstein, en réalité n’a jamais cessé de hanter le débat américain. Elle incarne à la fois les violences systémiques passées sous silence, les complicités élitaires, et la difficulté à rendre justice quand les noms en cause appartiennent à l’oligarchie. Avant d’être jugé pour trafic sexuel, Jeffrey Epstein était fiché délinquant sexuel depuis plus de dix ans à la suite d’accusations selon lesquelles il aurait eu recours aux services de dizaines de prostituées mineures, qui lui ont valu une condamnation pour des faits secondaires.

Donald Trump a toujours nié avoir passé du temps dans la propriété d’Epstein sur les îles Vierges américaines où, selon les procureurs, le financier se livrait à un trafic sexuel avec des jeunes filles mineures. Le président affirmait même, avant sa réélection, qu’il n’aurait "aucun problème", à rendre publics les dossiers liés au financier. Une promesse non tenue : si plus de 63 000 pages sur l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy ont été déclassifiées, rien de tel pour les archives Epstein. Or, selon le site de vérification Politifact, le président américain aurait voyagé à bord du jet privé d’Epstein à au moins sept reprises dans les années 1990. Les deux hommes fréquentaient les mêmes cercles, assistaient aux mêmes soirées, partageaient les mêmes adresses à Palm Beach et à Manhattan.

"Je n’étais pas un fan"

Donald Trump, qui était le voisin d’Epstein en Floride et à New York, avait indiqué au début des années 2000 que le financier était un "type formidable". "C’est très amusant d’être avec lui. Il se dit même qu’il aime les belles femmes autant que moi, et beaucoup d’entre elles sont très jeunes." Des milliers de pages de dossiers sur l’affaire ont été publiées en 2019, d’autres en 2024, mais elles contenaient peu de preuves d’actes répréhensibles de la part de personnalités célèbres. En 2019, après la nouvelle arrestation de Jeffrey Epstein, le président avait pris ses distances. "Je le connaissais comme tout le monde à Palm Beach", avait-il balayé. "Je ne pense pas lui avoir parlé depuis 15 ans. Je n’étais pas un fan".

Toutefois, le fait qu’Elon Musk s’empare de cette affaire aujourd’hui sans apporter d’éléments concrets, dit sans doute moins une volonté de vérité qu’un usage opportun d’une mémoire encore vive.

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