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Traité international sur les pandémies : une avancée à ne pas minimiser, par le Pr Alain Fischer

Le 20 mai dernier, l’Assemblée générale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a adopté massivement (124 pays pour, 11 abstentions, aucune voix contre) un traité sur les pandémies. Ce texte doit être encore ratifié par les Etats : il est important car il engage légalement les signataires. Ce n’est que la deuxième fois qu’un tel accord est signé, le premier concernait la lutte contre le tabagisme en 2005.

L’accord sur les pandémies prévoit de coordonner à l’échelle mondiale les mesures de prévention, de préparation et de réponse en cas de survenue d’une nouvelle pandémie. Il est le fruit de trois années d’intenses négociations amorcées à l’issue de la pandémie de Covid. Il cherche notamment à prendre en compte les inégalités observées dans la gestion mondiale du Covid en termes d’accès aux moyens diagnostiques, thérapeutiques et aux vaccins, qui se sont traduites par un taux de mortalité, à âge comparable, bien plus élevé dans les pays pauvres. Il découle aussi bien sûr de la prise de conscience de l’importance du risque quasi inéluctable de survenue d’une nouvelle pandémie dans les temps à venir. La croissance des zones à forte densité de population et la promiscuité avec les animaux sauvages sont des éléments constitutifs d’un tel risque.

Le principe de cet accord est de promouvoir le multilatéralisme, une volonté de collaboration, d’engagement et de partage des ressources. Son contenu comporte deux grandes parties. La première concerne le renforcement à l’échelle mondiale des efforts de recherche et de surveillance en matière d’évolution, d’émergence et de transmission d’agents pathogènes dans le monde animal et chez l’homme, ce qui constitue l’objectif d’une santé globale ("one health"). Il doit en résulter un plan coordonné de prévention.

La seconde partie concerne l’échange d’informations, de matériels et le partage des bénéfices issus des connaissances autour d’un pathogène émergent. En anglais, ce système a été dénommé "Pabs" pour "pathogen access and benefit sharing". Il s’agit de partager largement entre systèmes de santé et industriels de la pharmacie les souches microbiennes impliquées, leurs caractéristiques génomiques afin d’élaborer au plus vite outils diagnostiques, thérapeutiques et vaccins. En échange, les industriels développeurs de ces produits s’engagent à distribuer de façon équitable jusqu’à 20 % d’entre eux aux pays les plus démunis. Une règle juste de partage des bénéfices issue de ces avancées doit être définie. Il est enfin prévu qu’une conférence des parties concernées supervise l’ensemble de ces programmes, les adapte et s’assure de leur implémentation. Beaucoup d’aspects pratiques, financiers, juridiques, feront encore l’objet de négociations dans l’année à venir et il est envisagé une ratification définitive du traité dans un an.

L'absence des Etats-Unis

On ne peut que se réjouir de cette avancée, particulièrement dans le contexte mondial actuel. Ce traité constitue une base propice à une dynamique constructive fondée sur un réel engagement des Etats signataires, même s’il comporte encore des insuffisances. Les engagements financiers autour du programme "une santé globale" sont laissés à l’initiative de chacun, et l’aide aux pays à ressource limitée s’avère mal définie, ce d’autant que la contribution américaine publique qui représente plus de 30 % de l’aide internationale en santé à travers l’organisation Usaid vient de s’interrompre brutalement du fait des décisions de l’administration Trump.

Les recommandations de la conférence des parties prenantes ne sont malheureusement pas considérées comme source d’engagement des Etats. Surtout, le fait que seulement 20 % des vaccins et autres produits seraient redistribués, sur la base d’un commun accord, ne suffira pas à combler l’inégalité d’accès. Enfin, l’absence des Etats-Unis dans cet accord et son retrait prévu de l’OMS en 2026 le fragilise, compte tenu de l’importance de la contribution américaine en termes de moyens de recherche et de surveillance.

Néanmoins, la situation politique est susceptible d’évoluer dans les années à venir ! Ces réserves ne doivent pas minimiser le pas franchi, qui constitue une base solide d’action collective et de progrès futurs dans la coopération multilatérale face à un péril certain.

Alain Fischer est président de l’Académie des sciences et cofondateur de l’Institut des maladies génétiques

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