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Conclave sur les retraites : après l’échec, le piège de l'immobilisme pour François Bayrou

Le chemin s’est révélé trop escarpé, l’air des cimes, glacial. Quelques heures avant minuit dans la nuit du lundi au mardi 24 juin, le conclave des retraites, Everest de la négociation sociale, s’est échoué dans un ravin. Près de six mois de discussions et seize séances d’échanges n’ont pas suffi pour que patronat et syndicats de salariés trouvent un compromis sur les moyens de réparer les manquements de la réforme Borne de 2023, et surtout les pistes pour renflouer durablement les comptes des régimes de retraite.

Au cœur de la nuit, chacun s’est renvoyé la responsabilité de l’échec. Pour les syndicats, le Medef n’aurait en réalité jamais eu le souhait de parvenir à un accord, la réforme Borne le satisfaisant entièrement. Pour le patronat, les syndicats de salariés seraient restés accrochés à leur chiffon rouge respectif – les départs anticipés pour cause de pénibilité pour la CFDT ou le recul de 67 à 66 ans de l’âge d’annulation de la décote pour la CFTC - ignorant leurs dernières propositions avancées avant la dernière séance de négociations. La vérité est sans doute entre les deux.

Derrière le théâtre d’une démocratie sociale en crise, c’est aussi l’échec du pari de François Bayrou. Il faut dire que le locataire de Matignon jouait gros. Le 17 janvier dernier, le Premier ministre osait un coup politique inédit. Refiler le dossier radioactif des retraites aux partenaires sociaux, en leur imposant un cadre de négociation singulier, sans représentant de l’Etat à la table des discussions, loin des caméras et de la tambouille politicienne. Ce que le politique n’était plus en capacité de faire dans une Assemblée nationale fractionnée, la démocratie sociale allait y parvenir. Une ode un brin grossière à la sagesse de ces corps intermédiaires si méprisés par Emmanuel Macron depuis 2017.

Une manoeuvre politicienne grossière

En coulisses, le conclave permettait au départ à Bayrou de s’attacher momentanément les bonnes grâces du Parti socialiste et éviter une censure pour faire enfin voter le projet de budget pour 2025. Un accord final lui aurait aussi permis de piéger une partie des rangs du PS et de LR qui auraient eu bien du mal à retoquer sur les bancs de l’Assemblée nationale les propositions nées d’une négociation paritaire.

Las, de propositions, il n’y en aura pas. "Ce conclave n’a été dès le début qu’une manœuvre politicienne avec des acteurs consentants qui savaient qu’ils n’aboutiraient à rien de structurel, à rien de fondamental pour l’intérêt général", décrypte, sévère, Antoine Foucher, le président du cabinet Quintet et ancien directeur de cabinet de Muriel Pénicaud entre 2017 et 2020.

Si les rangs des participants se sont vite clairsemés (FO, la CGT, puis l’U2P ont dès les premières semaines claqué la porte), tous les jeudis de 14 à 18 heures, pendant six mois, les syndicats encore autour de la table (Medef et CPME pour le patronat, CFDT, CFE CGC et CFTC du côté des salariés) ont tout balayé : pénibilité, carrières longues, égalité homme-femme... Jusqu’au financement global de la protection sociale, à l’introduction d’une dose de capitalisation et à la gouvernance du système. Des sujets qui n’étaient pas inscrits à l’agenda.

Au regard des enjeux, l’arrêt des négociations est cruel. Car il prolonge l’immobilisme, accentue la crise politique alors même que les comptes publics dans leur ensemble sont à la dérive. Les rapports successifs de la Cour des comptes et plus récemment du Conseil d’orientation des retraites (COR) ont pointé le caractère structurel du déficit des régimes de retraites. Un trou de quelque 6,6 milliards chaque année jusqu’en 2030, puis un creusement implacable dans la décennie qui suit. Il y aura toujours quelques voix pour affirmer que 6 milliards et quelques poussières, ce n’est finalement pas grand-chose au regard des 169 milliards d’euros de déficits publics enregistrés l’an passé. Mais les retraites absorbent à elles seules le quart de la dépense publique et les marges de manœuvre budgétaires sont maigres pour financer le réarmement et sauver l’hôpital ou l’école. Alors même que le service de la dette - ce que le Trésor français doit à ses créanciers - a explosé. Il devrait frôler les 80 milliards en 2026, 12 milliards de plus que cette année !

Et maintenant ? La pression est maximale sur les épaules de François Bayrou qui a décidé d'une réunion de la dernière chance ce mardi matin pour trouver une voie de passage. Car le temps presse aussi pour lui. Le locataire de Matignon doit présenter à la mi-juillet ses premières pistes pour trouver 40 milliards d’euros d’économies dans le projet de budget pour 2026. La sous-indexation des pensions pendant au moins deux années consécutives était l'un des rares points sur lesquels les partenaires sociaux s’étaient accordés. Une mesure explosive, à l’origine, justement, de la chute du gouvernement Barnier à l’automne dernier. Comme si l’histoire balbutiait.

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