Qui sera le prochain maire de New York ? Avant la primaire démocrate, les candidats se déchirent
Depuis sa défaite face aux républicains de Donald Trump lors des dernières élections, le camp démocrate se déchire. Même dans ses bastions les plus solides, le parti de Kamala Harris semble plus fragile que jamais.
Ce mardi 24 juin, les électeurs démocrates de la ville de New York sont appelés aux urnes pour choisir le candidat qui les représentera lors des élections municipales du mois de novembre prochain. Pour l’instant, aucune des options sur la table ne semble vraiment satisfaisante.
Un favori qui ne convainc pas les jeunes
Sur la ligne de départ : 11 candidats dont plusieurs pontes locaux du parti, mais aussi quelques personnalités farfelues comme l’artiste Paperboy Prince. Deux prétendants se distinguent à quelques heures du scrutin. Le grand favori s’appelle Andrew Cuomo. Fils d’un ancien gouverneur de l’Etat de New York, un temps marié à la fille de Bobby Kennedy, il a lui-même été à la tête de l’exécutif local pendant plus de dix ans.
A l’été 2021, il avait dû quitter ses fonctions sous la pression de Joe Biden et Nancy Pelosi, après le dépôt d’une douzaine de plaintes pour harcèlement sexuel. Lui niera toujours ces accusations. Dans les enquêtes d’opinion, il est aujourd’hui crédité d’environ 38 % d’intentions de vote mais fait toujours figure de repoussoir pour une partie de l’électorat, notamment auprès des jeunes électeurs new-yorkais.
Ces derniers se sont ralliés derrière un candidat, qui est aujourd’hui l’adversaire le plus crédible d’Andrew Cuomo. Zohran Mamdani est élu à la Chambre des représentants de l’Etat de New York et il arbore fièrement l’étiquette socialiste. Réputé proche d’Alexandria Ocasio-Cortez et de Letitia James, la populaire procureure générale de New York qui avait attaqué la famille Trump pour fraude fiscale en 2023, il bénéficie d’une réelle dynamique derrière lui. Crédité d’à peine 5 % des voix il y a quelques mois encore, les derniers sondages lui en donnent désormais plus de 30 %. Fait plus déstabilisant encore, sa cote de popularité s’est envolée sur la plateforme de prédictions Polymarket : 24 heures avant le début du scrutin, il obtient la faveur d’une majorité de parieurs pour la toute première fois.
Zohran Mamdani, trop clivant ?
Mais Zohran Mamdani traîne plusieurs boulets. S’il est élu en novembre prochain, il deviendra le premier maire musulman de New York et ses prises de position sur le conflit israélo-palestinien, très critiques à l’égard de Tel-Aviv, lui ont attiré les foudres de ses opposants. A quelques jours du scrutin, son incapacité à condamner les appels à la "mondialisation de l’intifada" lors d’une interview dans un podcast conservateur, a choqué de nombreux électeurs juifs new-yorkais. Sèchement recadré par ses adversaires, le jeune élu ougandais naturalisé Américain en 2018 a préféré minimiser l’affaire en parlant de "critiques insincères" et de calculs politiques. Il n’a par ailleurs que 33 ans, ce qui peut, certes, représenter un atout pour fédérer une base de jeunes bénévoles surmobilisés dans ses meetings et sur les réseaux sociaux… Pas vraiment pour obtenir le soutien des électeurs plus âgés et plus éloignés de sa base progressiste.
Désabusés après leur défaite retentissante en novembre dernier, bon nombre de démocrates modérés appellent aujourd’hui à un recentrage du parti vers la droite, quitte à minimiser les questions d’identité et de guerre culturelle qui ont accaparé une grande partie des débats lors de la dernière présidentielle. C’est pourtant sur ce terreau que la candidature de Zohran Mamdani a été fondée. Le voilà déchiré entre deux feux : le besoin d’élargir sa base vers les électeurs déchus sans trahir ses soutiens de la première heure.
Le jeune élu semble avoir trouvé la parade à ces nombreuses critiques en faisant largement campagne sur la question du logement. A New York, comme dans plusieurs autres métropoles américaines, de nombreux ménages sont obligés de se retirer vers la périphérie à cause d’un coût de la vie trop élevé. Parmi eux, de nombreux seniors, notamment des retraités afro-américains que le jeune loup peine à séduire. Seul le résultat de la primaire, attendu dans quelques heures pourra dire s’il s’agissait d’un pari gagnant.
Vers une troisième voie
Le principal obstacle à ces deux candidatures clivantes se situe peut-être ailleurs. En 2019, les électeurs de la Big Apple ont accepté de changer le mode de scrutin en vigueur à New York, au profit d’un système qui favorise le consensus. Désormais, les élus locaux sont élus au vote préférentiel, ce qui signifie que chaque citoyen peut inscrire jusqu’à 5 noms sur son bulletin, par ordre de préférence. Le dépouillement se déroule alors en cycles successifs : à chaque tour, le candidat ayant été placé le moins de fois au premier rang est éliminé et les voix de ses soutiens sont reportées sur leur second choix. Le dépouillement se poursuit tour par tour, jusqu’à ce qu’un candidat obtienne plus de 50 % des suffrages et soit déclaré vainqueur.
Dans ce type de scrutin, un électeur peut choisir de ne pas classer un candidat, ce qui handicape les candidatures polarisées. Un outsider peut alors s’imposer, à condition d’être le "second choix" commun à une partie plus large de l’électorat. Pour le moment, aucun des autres prétendants à l’investiture démocrate ne dépasse les 10 % d’intentions de vote, ce qui rend ce scénario mathématiquement improbable. Mais pas impossible.
En 2019, Eric Adams s’était ainsi imposé sur le fil face à Kathryn Garcia, la Commissaire chargé de l’hygiène publique, une proche du maire sortant Bill De Blasio (50,4 contre 49,6 %). Au premier tour de comptage des votes, il était arrivé en tête avec plus de 30 % ; son adversaire, elle, était arrivée troisième avec environ 20 % des suffrages, deux points derrière l’avocate Maya Wiley. Cette dernière avait échoué à se qualifier lors de l’avant-dernier tour.
Une chose est certaine, pour le vainqueur de la primaire, la campagne ne s’arrêtera pas là. Sur son chemin, il devra affronter Curtis Sliwa, le candidat investi par le parti républicain pour la deuxième élection municipale consécutive. A la fin des années 1970, ce militant conservateur a créé les "Guardian Angels", un groupe de patrouilleurs non armés, entraînés pour aider les forces de l’ordre à sécuriser le métro new-yorkais. Leur signe distinctif : un béret rouge, que le candidat arbore fièrement dans toutes ses apparitions publiques.
En campagne également, le maire sortant Eric Adams se représente, mais sans l’étiquette démocrate cette fois-ci. Depuis quelques mois, l’édile est accusé de corruption par la justice américaine, qui le soupçonne d’avoir reçu des pots-de-vin d’entreprises du bâtiment turques pour financer sa campagne de 2021. Mis au ban par de nombreuses figures de son parti, à commencer par Joe Biden et Alexandria Ocasio-Cortez, qui représente le Bronx au Congrès, il s’estime victime d’une machination visant à le faire tomber. Ces derniers mois, il s’est notamment rapproché du camp Trump. D’ailleurs, le président américain n’hésite pas à faire le parallèle entre les ennuis judiciaires d’Eric Adams et les siens. Peu de temps après avoir remporté l’élection de novembre dernier, il a volontiers laissé entendre qu’il accorderait la grâce à l’édile qu’il juge injustement poursuivi.
La perte de New York
A New York, le parti démocrate dispose d’une assise plus que confortable. Depuis 1945, la très grande majorité des maires élus étaient issus de ses rangs et lors des derniers scrutins, le candidat démocrate a remporté l’élection avec une avance très confortable. A l’inverse, aucun des trois derniers candidats républicains investis n’a obtenu plus de 30 % des suffrages. La candidature dissidente d’Eric Adams pourrait cependant diviser la base du parti de l’âne et donner l’avantage au camp présidentiel.
Pire encore, la primaire pourrait elle aussi provoquer de nouvelles candidatures dissidentes. Andrew Cuomo a fait part de son envie "d’élargir sa base électorale au-delà du camp démocrate", et ce faisant, a déjà créé son propre parti baptisé "Fight and Deliver" (en français : "Se battre et tenir ses promesses"). Qu’importe s’il perd la primaire, l’ancien gouverneur a déjà assuré qu’il se porterait candidat sans la bannière démocrate.
Pour le moment, Zohran Mamdani n’a pas créé sa propre formation, mais il dispose de l’appui des socialistes américains, bien implantés à New York. Il pourrait ainsi décider de capitaliser sur l’augmentation exponentielle de sa popularité au cours des derniers mois et concourir en son nom propre. Quoi que les New-yorkais décident, il faudra du temps pour que le nom du candidat investi émerge. Il y a quatre ans, il avait fallu près d’un mois pour certifier les résultats de la primaire démocrate. Pendant que le parti se divise, dans l’ombre, le républicain Curtis Sliwa s’autorise à rêver du grand soir.