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Le leadership français dans les airs doit aussi se jouer dans l’espace, par Jean-Francois Copé

Dans le ciel du Moyen-Orient, une leçon de puissance se joue sous nos yeux. Face à l’Iran, la supériorité aérienne israélo-américaine n’est pas seulement un avantage opérationnel. Elle rappelle qu’en temps de crise, la maîtrise des airs et de l’espace devient un marqueur essentiel de souveraineté. C’est cette même démonstration de force industrielle et stratégique que la France a incarné au Salon du Bourget 2025. Avec près de 250 commandes pour Airbus mais aussi 220 Rafales et 79 Falcon à fin 2024, chaque appareil devient un véritable outil de soft power.

Avec plus de 1 000 entreprises, 300 000 emplois et 25 000 recrutements prévus en 2025, l’industrie aéronautique française est intégrée verticalement, novatrice et enracinée dans nos territoires. Ce n’est pas un hasard si elle pèse plus de 77,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires grâce à des géants comme Airbus, Dassault, Safran, Thales.

Sans compter les PME et start-up qui gravitent autour, garantissant à la France une indépendance technologique à chaque maillon de la chaîne, de la conception à l’export. Mais derrière cette réussite se joue la question essentielle de notre souveraineté. La vraie supériorité, c’est avant tout la capacité à produire et vendre des avions à travers le monde.

Tenir tête à l’offensive américaine

Un levier puissant qui forge notre leadership bien avant toute crise et conditionne notre capacité à agir en cas de menace. La France est aujourd’hui l’un des rares pays à couvrir pleinement le spectre aérien civil comme militaire. Avec 220 Rafales et 79 Falcon commandés à fin 2024, nous continuons d’exporter un savoir-faire synonyme de fiabilité.

Cependant cet équilibre reste fragile et ne tiendra que par des décisions justes portées de manière constante et cohérente par nos gouvernements successifs.

En renfort de notre industrie aéronautique, il est désormais crucial de franchir un nouveau cap dans le domaine spatial. Ne commettons pas la même erreur que dans l’automobile où la France a laissé d’autres puissances prendre le pas au risque de perdre notre influence. L’espace n’est plus synonyme de simples explorations scientifiques mais un théâtre de rivalités géopolitiques, économiques et militaires. Face aux actes d’espionnage, aux brouillages ciblés et aux attaques potentielles de nos satellites, c’est désormais dans l’espace que se joue une part essentielle de notre autonomie stratégique. L’accord inédit entre Eutelsat et le gouvernement pour garantir un accès prioritaire à sa constellation OneWeb illustre l’urgence de sécuriser notre maîtrise spatiale face aux acteurs publics et privés, à l’instar de l’américain Starlink, qui contrôle 60 % des satellites en orbite. Mais pour tenir tête à l’offensive américaine, chinoise ou russe, il faut aller plus loin.

Certains de nos industriels ont saisi l’urgence de la situation. Dassault Aviation, avec le soutien de la Direction générale de l’armement et du Cnes, amorce un tournant avec le projet Vortex, un démonstrateur d’avion spatial réutilisable habité, pensé pour garantir notre capacité d’action en orbite. Ce programme incarne le retour d’une ambition spatiale, capable de répondre aux besoins civils et militaires. Mais une initiative seule ne suffit pas. Il faut désormais structurer un véritable écosystème spatial français et européen. Cela suppose de réunir l’ensemble des acteurs industriels, chercheurs, armées autour d’une stratégie claire, offensive, et assumée. Les chiffres sont sans appel : la part de l’Europe dans le financement public de l’espace représente 11 % du total mondial (12 milliards d’euros), alors que les Etats-Unis représentent 64 % du total mondial (plus de 65 milliards d’euros). Autant dire que le Cnes, avec ses 3 milliards d’euros de budget, et l’Agence spatiale européenne, qui mobilise plus de 7 milliards par an, doivent renforcer leurs moyens. Car pendant que la Nasa subit une réduction budgétaire drastique de près de 25 % dès 2025, l’Europe a une carte à jouer pour affirmer sa souveraineté dans l’espace et ne pas rater, une fois de plus, un virage technologique décisif pour son avenir.

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