Israël-Iran : l'Etat hébreu admet qu'il était prêt à tuer l'ayatollah Khamenei pendant la guerre
Le gouvernement de Donald Trump a défendu jeudi le "succès plein" des frappes américaines en Iran, balayant une fois de plus un rapport américain classé secret-défense, dévoilé quelques jours plus tôt par CNN, qui mettait en doute ses affirmations selon lesquelles l’opération "Midnight Hammer" aurait totalement détruit les sites d’enrichissement et de conversion d’uranium iraniens. Si l’ayatollah Ali Khamenei a minimisé dans la journée l’impact des frappes de Washington, le ministre iranien des Affaires étrangères a reconnu quelques heures plus tard que les dégâts étaient bel et bien "importants".
L’état réel du programme nucléaire iranien reste difficile à vérifier puisque l’AIEA est désormais sans accès aux sites. Les puissances européennes appellent l’Iran à la reprise du dialogue et l’exhortent à ne pas sortir du traité de non-prolifération nucléaire, auquel le pays est partie depuis 1970.
Les infos à retenir
⇒ Israël était prêt à tuer le guide suprême iranien pendant la guerre
⇒ "Pas de plan pour renouer le dialogue" avec les Etats-Unis, selon Téhéran
⇒ L’Iran qualifie "d’importants" les dégâts sur les sites nucléaires
Israël était prêt à tuer le guide suprême iranien pendant la guerre, selon le ministre de la Défense
Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré à des médias israéliens qu'Israël était prêt à tuer le guide suprême iranien si l'occasion s'en était présentée durant sa guerre de 12 jours avec l'Iran. "S'il avait été dans notre ligne de mire, nous l'aurions éliminé", a déclaré Israël Katz jeudi soir à la radio publique israélienne Kan, à propos du guide suprême iranien, Ali Khamenei. Israël a tenté de l'atteindre mais l'occasion opérationnelle ne s'est pas présentée, a-t-il ajouté.
Le ministre a tenu des propos similaires sur deux chaînes de télévision israéliennes Channel 12 et Channel 13. Israël n'a pas été en mesure de localiser l'ayatollah Khamenei, a-t-il précisé : il "s'est enfoncé très profondément sous terre (...) ce qui fait qu'en fin de compte, ce n'était pas réaliste", a-t-il dit à la radio publique.
Pendant la guerre, Israël Katz avait affirmé qu'Ali Khamenei ne pouvait "pas continuer à exister". Il a toutefois précisé à Channel 13 qu'Israël ne poursuivait plus le projet de le tuer, car "il y a une différence entre avant et après le cessez-le-feu". Sur Kan, il a cependant conseillé au guide suprême de rester dans un bunker. "Il devrait s'inspirer de feu (Hassan) Nasrallah, qui est resté pendant longtemps dans un bunker. Je lui recommande de faire la même chose", a-t-il dit, en référence à l'ex-chef du Hezbollah libanais pro-iranien, assassiné dans une frappe israélienne à Beyrouth en septembre 2024.
Il a également affirmé qu'Israël conservait sa supériorité aérienne sur l'Iran et était prêt à frapper à nouveau pour parer aux menaces de son ennemi juré. "Nous ne laisserons pas l'Iran développer des armes nucléaires et menacer (Israël) avec des missiles à longue portée", a-t-il déclaré à la chaîne 12.
L'Iran promet samedi des funérailles nationales "historiques"
L'Iran tiendra samedi à Téhéran des funérailles nationales, qualifiées d'"historiques", pour les hauts gradés et scientifiques liés au nucléaire tués lors de la guerre de 12 jours déclenchée par Israël.
Les commémorations débuteront à 08h00 (06h30 heure française) dans le centre de la capitale iranienne, sur la célèbre place Enghelab (Révolution). "Une brève cérémonie y sera organisée, puis les cortèges des martyrs se rendront (...) place Azadi" (Liberté), distante de 11 kilomètres, a déclaré vendredi à la télévision d'Etat Mohsen Mahmoudi, un responsable religieux pour la province de Téhéran. "Demain (samedi) sera un jour historique pour l'Iran islamique et l'histoire de la révolution", a-t-il ajouté, arguant que "les funérailles de 60 martyrs" de tout horizon seront organisées.
Les frappes israéliennes ont notamment tué d'importants commandants des forces armées, dont des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique, ainsi qu'une dizaine de scientifiques du programme nucléaire iranien. Le général Mohammad Bagheri, puissant responsable des forces armées iraniennes et tué au premier jour de la guerre, sera enterré avec sa femme et sa fille, a précisé Mohsen Mahmoudi.
"Pas de plan pour renouer le dialogue" avec les Etats-Unis, selon l’Iran
L’Iran a affirmé jeudi qu’aucun "plan" n’existait encore pour une reprise des négociations sur le nucléaire avec les Etats-Unis, contrairement à ce qu’avait annoncé Donald Trump après le cessez-le-feu qui a mis fin à 12 jours de guerre entre Téhéran et Israël. "Je voudrais dire clairement qu’aucun accord ou arrangement n’a été conclu en vue de commencer de nouvelles négociations", a déclaré le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, à la télévision d’Etat.
Le président américain avait évoqué mercredi une reprise prochaine des négociations. "Nous allons parler la semaine prochaine avec l’Iran, nous pourrions signer un accord", avait-il dit.
Téhéran, qui a réaffirmé ses "droits légitimes" à développer un programme nucléaire civil et dément vouloir se doter de l’arme atomique, s’était dit prêt à reprendre les discussions avec Washington sur un accord encadrant son programme nucléaire en échange de la levée des sanctions frappant son économie. Jeudi, Abbas Araghchi a également fait savoir qu’il n’avait "aucun problème" à discuter avec les Européens : "S’ils peuvent jouer un rôle constructif, nous n’y voyons pas d’objection", a-t-il souligné.
Le "pire scénario" serait que l’Iran sorte du traité de non-prolifération nucléaire, alerte Emmanuel Macron
Une sortie de l’Iran du traité de non-prolifération des armes nucléaires - qui scelle la coopération de ce pays avec l’AIEA depuis 1970 - serait "une dérive et un affaiblissement collectif", a déclaré le président français devant la presse à l’issue d’un sommet européen à Bruxelles.
Il a annoncé son intention de parler "dans les prochains jours" avec chacun des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, à commencer par Donald Trump avec lequel il s’est entretenu jeudi. "Notre souhait, c’est qu’il y ait une vraie convergence de vues parce que l’objectif […] c’est qu’il n’y ait pas de reprise d’activités proliférantes" de la part de Téhéran, a-t-il expliqué.
L’Iran qualifie "d’importants" les dégâts sur les sites nucléaires
Le ministre iranien des Affaires étrangères a qualifié jeudi "d’importants" les dégâts causés aux installations nucléaires de son pays par la guerre de 12 jours avec Israël, contredisant les propos tenus quelques heures plus tôt par Ali Khamenei, lequel avait déclaré que les frappes n’étaient "nullement importantes". Abbas Araghchi a affirmé que "la discussion pour exiger des dommages" figurait désormais en bonne place dans l’agenda du gouvernement.
Alors que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a demandé un accès aux sites iraniens pour mener sa propre évaluation des dommages, Abbas Araghchi a indiqué que son gouvernement était engagé par l’adoption d’une loi suspendant la coopération avec cette agence de l'ONU. "Il n’y a pas de doute sur l’application de cette loi" et "désormais notre relation et coopération avec l’Agence va prendre une autre forme", a-t-il dit à la télévision publique.
De son côté, Donald Trump a déclaré à plusieurs reprises que les frappes aériennes lancées par les Etats-Unis dimanche avaient totalement détruit les principales installations nucléaires iraniennes. Toutefois, selon un document secret-défense dévoilé mardi par CNN, les frappes auraient scellé les entrées de certaines installations sans détruire les bâtiments souterrains, retardant le programme iranien de seulement quelques mois.