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Frappes en Iran : après les fuites, Donald Trump veut limiter le partage d’informations classifiées

Tout a commencé mardi, lorsque CNN a révélé un rapport classé secret-défense, qui contredit les propos de Donald Trump sur l’Iran. Alors que le président américain se targue d’avoir anéanti le programme nucléaire iranien, un document rédigé par la DIA, une branche chargée du renseignement au Pentagone, met à mal la version officielle. Les frappes américaines n’auraient pas détruit "les parties centrales" du programme nucléaire, peut-on lire notamment. Celles-ci auraient retardé de quelques mois seulement le programme nucléaire iranien, sans pour autant l’éliminer, poursuit le rapport.

Ces déclarations ont d’abord fait bondir le président américain, qui s’en est pris aux démocrates et aux journalistes, accusant les premiers d’être à l’origine des fuites, et les seconds d’être "de mauvaises personnes, avec des intentions malveillantes". Mais elles l’ont surtout conduit à revoir sa politique en matière de renseignements. Pour éviter toute fuite, Donald Trump a annoncé qu’il restreindrait désormais largement le partage d’informations classifiées. Sur NBC News, la Maison-Blanche a ainsi déclaré qu’elle "publierait moins d’informations sur Capnet", le système utilisé pour partager des documents classifiés avec le Congrès.

"Cette administration veut s’assurer que les renseignements classifiés ne tombent pas entre des mains irresponsables et que les personnes qui ont le privilège de consulter ces informations classifiées top secrètes en font un usage responsable", a déclaré Karoline Leavitt, la porte-parole de la Maison-Blanche, à la presse jeudi. Le président républicain de la Chambre des représentants des États-Unis, Mike Johnson, s’est lui dit déterminé à "faire toute la lumière sur cette affaire" afin de trouver qui était à l’origine de cette fuite.

Fureur du camp démocrate

Du côté des démocrates, l’annonce a déclenché l’ire de nombreux représentants, à commencer par le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, qui a appelé mercredi la Maison-Blanche à "annuler immédiatement" sa décision de limiter le partage d’informations confidentielles, rapporte le Washington Post. Les démocrates étaient déjà vent debout contre le président américain, qui n’a pas demandé l’aval du Congrès dans les 48 heures précédant son intervention en Iran, alors qu’une loi de 1973 l’y oblige en théorie. "Les sénateurs ont le droit d’être informés, et l’administration a l’obligation légale d’informer précisément le Congrès de ce qui se passe actuellement à l’étranger", a déclaré Chuck Schumer devant le Sénat.

Les démocrates ont également regretté de n’avoir pas eu un compte-rendu plus rapide sur les effets de ces frappes, alors que celles-ci ont été conduites il y a maintenant cinq jours. Quatre membres de l’administration Trump - Pete Hegseth, Marco Rubio, John Ratcliffe, Dan Caine - ont tenu hier une réunion auprès du Sénat à ce sujet, et une réunion similaire doit se tenir ce vendredi devant la Chambre des représentants. A l’issue du briefing d’hier, de nombreux sénateurs démocrates ont déploré n’avoir "pas eu les réponses qu’ils attendaient concernant l’ampleur des frappes".

Chris Murphy a même attaqué directement Donald Trump, affirmant que le président américain avait délibérément "menti au public" lorsqu’il a déclaré que le programme nucléaire iranien avait été "entièrement détruit". Le sénateur démocrate Richard Blumenthal a quant à lui déclaré que la question de l’ampleur des dégâts infligés à l’Iran et de leur efficacité dans le temps devait encore être élucidée. Quant à savoir si de l’uranium enrichi aurait été déplacé du site de Fordo en amont des frappes - comme l’ont suggéré certains experts -, Pete Hegseth n’a pas fourni de réponse claire. Il a simplement déclaré "n’être pas au courant" que "quoi que ce soit ne soit pas à sa place".

Contrôle accru de l’information

La décision de restreindre l’accès aux informations confidentielles s’inscrit dans la lignée de la stratégie de Donald Trump de contrôler au maximum la circulation des informations, alors que celui-ci a entrepris de sévères coupes dans les subventions aux médias publics dès son arrivée à la Maison-Blanche. Il s’en était en outre déjà pris à sa cheffe des renseignements Tulsi Gabbard, pour avoir déclaré, en mars dernier, "que l’Iran n’était pas en train de développer l’arme nucléaire". "Je me fiche de ce qu’elle dit", avait alors rétorqué Donald Trump. "Elle a tort". Cette dernière a depuis été exclue de nombreuses réunions, et n’a entre autres pas été conviée aux briefings menés jeudi et vendredi par l’administration Trump, pour rendre compte de l’impact des frappes américaines en Iran devant le Congrès.

A sa place, c’est le directeur de la CIA, John Ratcliffe, fidèle du président, qui a été mandaté par Donald Trump pour répondre aux questions relevant du renseignement. Plus tôt dans l’année, avant d’être reléguée au second plan, Tulsi Gabbard avait d’ailleurs été contrainte de limoger deux hauts responsables des services de renseignements, qui contredisaient l’affirmation de Trump selon laquelle le gang Tren de Aragua opérait sous la direction du gouvernement vénézuélien. Dès son entrée en fonction, le président américain avait aussi demandé à son conseiller à la sécurité nationale Mike Waltz de procéder au licenciement de 160 membres du conseil national de sécurité, considérés pas suffisamment alignés avec l’agenda du président entrant.

Les Sénateurs américains doivent se prononcer cette semaine sur une résolution visant à empêcher l’usage de la force militaire par Donald Trump dans le futur, sans autorisation du Congrès. Jeudi, une proposition pour destituer le président à la suite de l’intervention américaine en Iran a été rejetée par la Chambre des représentants.

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