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Pouvoir d’achat, insécurité, immigration… Cette stratégie payante que le PS et LR s’entêtent à ne pas comprendre

La France serait à gauche. La preuve, pépient les ouailles du feu Nouveau Front populaire (NFP), "nous sommes arrivés en tête des législatives anticipées, et une majorité de Français se dit favorable à l’instauration d’un impôt sur les plus hauts patrimoines et à l’abrogation de la réforme des retraites", résument-elles, convaincues que ces arguments valent bien la nomination de l'une d'elles à Matignon. Jusqu’ici, le fact-checker leur donne raison. Avec 182 députés NFP, contre 168 Ensemble et 143 RN-Ciotti, c’est bien la coalition de gauche qui a obtenu le plus de sièges après la dissolution de la chambre basse.

Du reste, en dépit de l’état de nos finances publiques et du coût qu’une telle marche arrière engendrerait - 13 milliards d’euros par an d’après la Cour des comptes - 65 % des Français continuent de réclamer l’abrogation des 64 ans, et 56 % se disent même favorables à un retour à 60 ans, selon une étude Ifop. La part grimpe à plus de trois quarts lorsqu’ils sont interrogés sur la proposition de taxer à 2 % les plus hauts patrimoines. Si un projet de loi de finances flanqué d’une taxe Zucman était soumis aux Français par référendum - comme l’a proposé François Bayrou au printemps dernier - ses chances d’être adopté auraient été, sans nul doute, bien plus élevées qu’en suivant la procédure classique. À l’inverse, la réforme des retraites - pour laquelle 70 % des électeurs réclament un référendum - aurait probablement été rejetée par une majorité d’électeurs.

Est-ce néanmoins suffisant pour en conclure que les Français veulent voir Olivier Faure ou Marine Tondelier signer un bail à Matignon ? L’abrogation de la réforme des retraites, ou la création d’un nouvel impôt sur les plus riches ne rencontrerait probablement pas de vives oppositions certes - si ce n’est celles des milliardaires qui sans grand bruit, mettraient un coup de frein à leurs investissements dans l'Hexagone - mais la satisfaction serait de courte durée.

Le rêve d’un Etat qui protégerait de tout

Outre le fait que ces mesures pourraient à terme leur coûter très cher, les Français risquent de voir leur frustration prendre de l'embonpoint. "Aujourd’hui, une majorité d’électeurs convergent sur des thématiques portées par la droite et éludées par la gauche, comme la sécurité et l’immigration", pointe Frédéric Dabi, directeur général de l'institut de sondage l'Ifop. Plus de 85 % déclarent avoir le sentiment que la délinquance a augmenté et 73 % des Français trouvent "que notre pays compte déjà beaucoup d’étrangers et accueillir des immigrés supplémentaires n’est pas souhaitable".

Que les Français épousent des propositions et de droite et de gauche n’est pas paradoxal. Il n’y a en soit rien de schizophrène à réclamer et le renforcement de justice sociale et davantage de sécurité. Ces doléances en disent en revanche long sur ce qu’attendent les Français de l’Etat : de la protection, à tous les niveaux et tout le temps. Un Etat-nounou qui s’assurerait autant les fins de mois que la bonne tenue de ses administrés dans l’espace public. Un palliatif aux défaillances de la responsabilité individuelle, voilà ce qu’attendent les Français et… ce que leur fait miroiter le Rassemblement national.

La retraite à 62 ans ou 60 ans - au gré des jours et des porte-paroles ; davantage de pouvoir d’achat - reste encore à déterminer par quel levier ; l’instauration d’un impôt sur la fortune financière, et "en même temps", moins de laxisme judiciaire, plus de sécurité, et un contrôle strict de l’immigration. Quelle autre formation politique en France, peut prétendre couvrir avec autant d’amplitude les préoccupations des électeurs ? "La stratégie d’associer aux promesses de fermeté celles d’une plus grande protection économique, s’inspire du welfare chauvinism, né dans d’autres partis d’extrême droite européens qui ont fait leur miel sur l’idée qu’un État-providence fort est souhaitable, à condition que ses bénéfices soient réservés aux nationaux", décrypte Bruno Cautrès, politologue au Cevipof.

Des partis politiques crampés sur leurs idéaux

Voilà pour l’essentiel comment un parti co-fondé par les Waffen-SS Pierre Bousquet et Léon Gaultier, a fini par devenir la première formation politique de France. N’en déplaise au NFP qui revendique la victoire aux législatives, c’est bien le RN qui a recueilli le plus de voix - 10,6 millions contre 7 millions pour la coalition à bâbord. "La gauche française gagnerait à s’inspirer des travaillistes (britanniques, ndlr) qui osent s’aventurer sur des terrains où ils ne sont pas très à l’aise, comme le contrôle des flux migratoires ; le problème est que contrairement aux partis politiques anglais qui s’adaptent davantage aux circonstances, les partis français restent crampés sur leurs idéaux", analyse Marc Le Chevallier, chercheur franco-britannique au UCL Policy Lab à Londres. Les partis peut-être, mais les électeurs, non.

Tandis que 89 % des sympathisants LR et 92 % de Renaissance se disent favorables à la taxe Zucman (selon un sondage commandé par le PS), 70 % des électeurs proches de LFI déclarent avoir le sentiment que la délinquance a augmenté (selon une enquête de l’Ifop). De même, la proposition de la droite d’instaurer une immigration choisie recueille l’assentiment de six sympathisants socialistes sur dix, et de plus d’un insoumis sur deux. "On observe un vrai décalage entre, d’un côté, une opinion publique devenue plus pragmatique, et de l’autre, des partis enfermés dans leurs postures", confirme Frédéric Dabi, spécialiste en sociologie politique et en analyse des comportements électoraux.

En 2013 déjà, Jérôme Fouquet et Marie Gariazzo démontraient dans Les électorats en fusion l'existence d'une convergence entre la droite et l’extrême droite sur les thèmes de l’insécurité, de l’identité et de l’immigration. "Aujourd’hui, explique Frédéric Dabi, ces idées sont devenues majoritaires à gauche, où les sympathisants disent ne plus se sentir en sécurité nulle part et que l’immigration coûte plus cher qu’elle ne rapporte. Leurs opinions ont évolué au gré du contexte socio économique et sécuritaire." Il faut donc croire qu’à rebours de leurs représentants, les Français ont eux, bien compris qu’il n’y avait que les imbéciles qui ne changeaient pas d’avis.

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