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Crise à LR : entre Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez, le pire est à venir

L’esprit de Noël ne l’a pas touché. Décembre 2024, Laurent Wauquiez est en colère. Le patron des députés LR peste contre ce "syndicat des ministres LR sortants", accroché à ses maroquins en dépit de la chute de Michel Barnier. Ces élus, obsédés par leurs "petits postes", l’insupportent. Comprenez-le ! Depuis septembre 2024, il n’a pas obtenu ce qu’il convoitait. Alors, il se pose en héraut d’une droite indépendante et désintéressée. Et réserve un traitement de faveur à Annie Genevard, en poste à l’Agriculture. "Elle est détestée dans le groupe", lâche-t-il à François Bayrou lors d’un entretien. La défiance est partagée. "Laurent se met en porte à faux vis-à-vis de nous", regrette à l’époque l’élue du Doubs, alliée de Bruno Retailleau.

Tout a changé. La direction des Républicains a mis à l’écart dimanche 12 octobre Annie Genevard et cinq ministres LR, coupables d’avoir cédé aux sirènes de Sébastien Lecornu malgré la décision du bureau politique du parti de ne pas participer au gouvernement. Bruno Retailleau rompt avec celle qu’il avait placée à la tête de la commission nationale d’investiture (CNI) de LR. Il est permis de penser que Laurent Wauquiez a esquissé un sourire en voyant le nom d’Annie Genevard sur le communiqué de l’Elysée. Sa nomination entame l’autorité de son rival vendéen, incapable de retenir les ambitieux. "La politique a ceci de merveilleux que les ennemis irréductibles d’hier peuvent devenir les associés de demain", glissait au printemps la ministre de l’Agriculture au sujet du duel Retailleau-Wauquiez. Elle ne croyait pas si bien dire.

Ligne intransigeante

Il a suffi d’une petite semaine pour que la droite soit rattrapée par le démon de la division. Pour que le capital politique qu’elle accumule depuis un an menace de s’évaporer. C’est l’histoire d’une guerre des chefs sans fin, d’un conflit entre le parti et ses députés. D’une formation convalescente incapable de produire de la légitimité. Saupoudrez le tout d’erreurs stratégiques de Bruno Retailleau, et voilà le cocktail de la crise parfaite.

A l’origine était un tweet. Le message publié sur X par Bruno Retailleau au soir de la nomination de Bruno Le Maire, prélude à la démission de Sébastien Lecornu, a provoqué une réaction en chaînes. Ce soir-là, un complice du ministre le prévient : "Ne surréagis pas sous l’effet de la colère." En vain. Cet épisode a fait basculer le Vendéen. Bruno Retailleau s’est depuis enfermé dans une ligne intransigeante envers la Macronie. La fin de la participation est décrétée samedi 11 octobre au terme d’un bureau politique houleux.

Car Bruno Retailleau n’est pas un empereur en son royaume. La quasi-totalité des députés LR sont favorables à un maintien de la droite aux affaires. Ces élus ne comprennent pas le changement de pied soudain de Bruno Retailleau, hier partisan de la participation. La crainte de la dissolution étreint ces parlementaires, souvent issus de terres où le RN est fort. La survie du socle commun est à leurs yeux un moyen de l’éviter. Quitte à abandonner la réforme des retraites, ligne rouge absolue pour Bruno Retailleau. "Cette trouille de la dissolution est folle, raille un parlementaire. Lors du bureau politique, j’ai compris l’octroi des pleins pouvoirs à Pétain en 1940." Ambiance.

"C’était aux députés de décider"

Un conflit de légitimité a explosé entre Bruno Retailleau et ses députés. "C’était à nous de décider de la participation de la droite au gouvernement", tranche le député des Hauts-de-Seine Jean-Didier Berger, à l’unisson de plusieurs collègues. Le parti assure l'inverse. Il a lancé une consultation des adhérents LR à ce sujet, comme on fait appel à un tiers de confiance. L’incompréhension est mutuelle. Autour du Vendéen, on maudit ces élus prêts à brader l’ADN de leur droite pour éviter de nouvelles élections. Eux s’estiment incompris par un ancien sénateur, dont la garde rapprochée n’est composée d’aucun député. Ils l’accusent de jouer avec les différences instances du parti pour mieux asseoir ses décisions. A un complice, Laurent Wauquiez lâche un jour : "Bruno n’en a rien à faire des députés."

Le député de Haute-Loire joue une partition ambiguë. En apparence, il montre patte blanche. Laurent Wauquiez s’est opposé vendredi 10 octobre lors d’une réunion de groupe à toute participation de la droite au gouvernement, ligne qu’il martelait lors de la campagne pour la présidence du parti. Grand seigneur, il a débranché un communiqué des députés LR voulant rappeler leur soutien à la présence de la droite aux affaires. "Ce n’était pas une démarche raisonnable", assure un proche. En parallèle, le député cajole ses troupes et accompagne leur colère contre Bruno Retailleau. A mots couverts, il s’interroge sur sa "méthode" et prône un meilleur respect des députés. "À partir de mardi, les choses se décident à l Assemblée nationale. Nulle part ailleurs", glissait-il samedi soir à ses troupes.

L’équation insoluble de Retailleau

Jamais un mot de trop - il ne faudrait pas apparaître mauvais joueur ou facteur de chaos - mais la stratégie est limpide : déstabiliser Bruno Retailleau. Cet anti-macroniste historique se fait d’ailleurs discret dans les médias, à l’heure où la défiance envers le chef de l’Etat n’a jamais été aussi forte. Un cadre LR sourit : "Dieu sait que je ne l'aime pas, mais l’animal politique est bluffant." Attentionné, aussi. Les députés LR ciblent ces hiérarques courant les plateaux pour donner leur avis sur la vie parlementaire ? Laurent Wauquiez appelle l’un d’eux. "Tu n’es pas la cible. Othman Nasrou et François-Xavier Bellamy sont visés." Deux intimes de Bruno Retailleau.

Retailleau-Wauquiez. Chacun joue un jeu dangereux. L’ancien ministre de l’Intérieur risque de se mettre à dos un pan du parti avec ses actes d’autorité interne, traduction de sa ligne d’intransigeance. L’équation est insoluble. Ne rien faire, c’est admettre sa faiblesse. Punir, c’est risquer de s’affaiblir encore plus. "S’il était à 23 % dans les sondages pour 2027, personne ne moufterait, note un dirigeant LR. Mais ce n’est pas le cas."

L’habileté de Laurent Wauquiez est à double tranchant. En cajolant ses troupes favorables à la participation à l’exécutif, l’ex-patron de LR risque de semer le trouble sur son identité politique. Deviendrait-il un accompagnateur du macronisme finissant ? Est-il prêt à avaler les mêmes couleuvres que ses ouailles, comme la mise en pause de la réforme des retraites ? Que pensera la ministre Annie Genevard après la déclaration de politique générale si Sébastien Lecornu la concède - elle qui confiait il y a quelques mois : "On a payé le prix du sang pour ce texte, je trouverais cela incroyable qu’on accepte de le suspendre." Or la survie du gouvernement passe par là. Laurent Wauquiez devra sortir de l’ambiguïté. Choisir d’être le meneur officieux d’une fronde anti-Retailleau ou réaffirmer avec vigueur un discours sans concession avec le macronisme. La division est partout à droite. L’heure des choix approche.

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