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Shutdown : ce colossal don polémique accepté par Donald Trump pour payer les soldats

Musées fermés, fonctionnaires au repos forcé, services gouvernementaux au ralenti, mais militaires… bientôt payés ? Comme de nombreux autres agents fédéraux américains, les soldats de l’US Army pâtissent du shutdown. Alors que la situation au Congrès paralyse les institutions du pays depuis plus de trois semaines, aucune autorisation n’a en effet été délivrée cette fois par le Parlement américain pour permettre malgré tout le paiement des troupes, comme ce fut le cas lors des récents blocages budgétaires de ce type. Pendant ce temps, les désaccords entre républicains et démocrates s’enlisent, rendant toute perspective de sortie de crise difficile à anticiper.

Les militaires devront-ils donc attendre encore plusieurs jours, voire plusieurs semaines, pour avoir la garantie de recevoir bientôt leurs salaires ? Jeudi 23 octobre, Donald Trump a répondu à cette interrogation avec une annonce énigmatique. Le président américain a expliqué qu’un "ami", un "grand patriote", avait fait don de 130 millions de dollars pour payer les soldats. Pas question pour ce mécène de voir son identité être révélée. "Il préfère que son nom ne soit pas mentionné, ce qui est assez inhabituel dans le monde d’où je viens", a détaillé Donald Trump vendredi, lors du vol l’emmenant en Malaisie pour le début de sa tournée asiatique. "En politique, on a envie que son nom soit mentionné."

Un milliardaire pro-Trump derrière le don

Le mystère aura fait long feu : samedi, le New York Times a dévoilé le nom du donateur en question. D’après le quotidien américain, il s’agirait du milliardaire Timothy Mellon, un homme d’affaires issu d’une famille de riches magnats. Son grand-père, secrétaire américain au Trésor dans les années 20, avait fait fortune dans le secteur bancaire. Aujourd’hui octogénaire, Timothy Mellon vit dans une complète discrétion dans un ranch du Wyoming.

Mais il n’est pas inactif pour autant dans la sphère politique : en 2024, il a financé pour plusieurs dizaines de millions de dollars la campagne présidentielle de Donald Trump et d’autres républicains. Il fut également un des soutiens financiers de l’actuel ministre de la Santé, Robert Kennedy Jr., et de son ONG antivax Children’s Health Defense, relais de théories farfelues en matière sanitaire. En 2023, le Texas Tribune avait par ailleurs découvert qu’il avait participé au projet de financement d’un mur souhaité par le gouverneur républicain de l’État entre son territoire et le Mexique.

Avec ce don conséquent de 130 millions de dollars, ce partisan du président américain ne permettrait en réalité que d’offrir environ 100 dollars à chacun des 1,3 million de soldats du pays. Un geste avant tout symbolique, mais aux conséquences politiques importantes. En effet, l’opposition démocrate, mais aussi une myriade d’experts juristes, remettent en cause la légalité d’une telle opération. "Je suis de ceux qui pensent qu’il n’y a aucune justification légale valable pour déplacer l’argent de cette manière", a confirmé au Guardian Phil Wallach, chercheur principal à l’American Enterprise Institute et spécialiste de la question de la séparation des pouvoirs aux États-Unis.

Démarche potentiellement problématique

D’après le Pentagone, le don a été accepté dans les règles, en vertu de "l’autorité générale d’acceptation des dons" faits à l’armée, a précisé l’institution dans un communiqué. Mais les spécialistes alertent sur le fait qu’un tel versement pourrait contrevenir à l’Antideficiency Act – la loi anti-déficience. Ce texte fédéral "interdit aux agences fédérales d’engager ou de dépenser des fonds fédéraux à l’avance ou au-delà d’une affectation budgétaire, et d’accepter des services bénévoles", indique la page du site du gouvernement consacrée à ses dispositions.

Ainsi, les opposants à ce don, vivement salué par Donald Trump, craignent qu’il ne crée un précédent en remettant en cause les compétences du Congrès en matière budgétaire. Tandis que le versement des salaires des soldats n’a pas été approuvé, les quelques deniers qui leur seraient apportés pourraient donc en quelque sorte contrevenir aux décisions parlementaires. Autre effet pervers également évoqué : la possibilité de voir le shutdown se prolonger si ce versement se matérialisait dans les faits, tant l’opposition pourrait se sentir trahie par un tel procédé, outrepassant son rôle de contrepouvoir.

Pire encore, Christopher Mirasola, un autre professeur de droit, enseignant à l’université de Houston (Texas), estime que ce don pourrait être utilisé par Donald Trump pour faciliter les opérations menées par la Garde nationale dans plusieurs grandes villes du pays, comme Chicago ou Washington. "Si ma théorie selon laquelle les crédits budgétaires constituent la limite la plus importante à ces déploiements militaires nationaux est vraie, alors des mesures comme celle-ci, visant à écarter le Congrès du processus d’affectation des crédits budgétaires, constituent en réalité une atteinte à l’un des amendements les plus importants concernant l’autorité du président à utiliser l’armée aux États-Unis", justifie l’universitaire, toujours auprès du Guardian.

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