A la découverte de 15 langues extraordinaires de l’humanité
Savez-vous que le puinave, le galibi, le dâw et le wai wai, parlés en Amérique du Sud, conjuguent au passé non seulement les verbes, mais aussi les noms ? Que le tarian (Amazonie), possède sept impératifs ? Et qu’en tchouktche (Sibérie), la manière de s’exprimer des femmes diffère nettement de celle des hommes ? Comment mieux dire que les langues ne se contentent pas de transmettre des informations, mais constituent des créations culturelles de l’humanité ? Et que toutes sont ex-tra-or-di-nai-res, et pas uniquement les plus connues d’entre elles ?
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Vous n’êtes pas encore convaincu ? Alors voyez ces autres exemples.
- La langue qui dispose du plus grand nombre de consonnes est le ! xoon, pratiqué en Namibie et au Botswana : elle en compte environ… 120 ! A l’inverse, le piraha (Amazonie), n’en possède que 7.
- Le rapanui, en usage sur l’île de Pâques, est proche du malgache, pratiqué à… 15 000 kilomètres de là ! L’une et l’autre appartiennent à la grande famille des langues austronésiennes.
- L’une des langues les plus mystérieuses du monde est le sentinelais. Et pour cause : le peuple qui la parle vit sur l’île de North Sentinel, située entre la Birmanie et l’Indonésie. Or, il est si agressif qu’il massacre régulièrement les imprudents venus à sa rencontre. Ses 50 à 200 habitants forment l’une des dernières ethnies sans contact avec le monde extérieur.
- Le mandarin, le japonais, le turc, le basque et l’estonien ne distinguent pas le masculin du féminin.
- Le linguiste Georges Dumézil est devenu ami avec le dernier locuteur de l’oubych, une langue du Caucase nord-occidental, disparue avec lui en 1992. Il en a même fait le cosignataire de deux de ses ouvrages.
- Les chefs indiens Sitting Bull et Geronimo ne s’appelaient évidemment pas ainsi. Leurs véritables patronymes étaient respectivement Thathanka Iyothanka (en iakota, l’une des langues sioux) et Go Khla Yeh (en apache). Où l’on voit que nommer les personnes constitue aussi une manière de contrôler les récits.
- Les Tupinambas, qui vivent au Brésil, n’ont pas de mot pour désigner la nature car ils considèrent en faire partie.
- A l’inverse du français, où le masculin s’impose, les groupes mixtes sont désignés par le féminin en kurde, en biloua (îles Salomon) et en cèmuhî (Nouvelle-Calédonie). Selon les sociologues, cela ne rend pas ces sociétés particulièrement féministes.
- Les langues pourvues d’un seul verbe "être", comme le français, sont rares. Certaines, comme les langues chinoises et thaïes, n’en ont pas. D’autres encore, comme le castillan, en possèdent deux.
- Les langues réputées les plus complexes sur le plan grammatical appartiennent à la famille ahaspascane, située en Amérique du Nord. La plupart de leurs locuteurs étaient encore récemment des chasseurs-cueilleurs.
- Il existe des systèmes de comptage en base 10 (l’anglais, le castillan), en base 20 (le basque, le gaahmg du Soudan), en base 5 (le sinaugoro, de Papouasie) et en base 2 (l’isaka, Papouasie). Le sumérien, lui, avait adopté la base 60, que le français a partiellement conservée pour les minutes et les secondes.
- Certaines langues comme le chamorro (îles Marianne) ne distinguent pas le passé du présent. D’autres, comme l’estonien, confondent le présent et le futur.
- Les langues bantoues comptent jusqu’à 20 genres différents.
- Le longgu (îles Salomon) utilise des formules différentes pour évoquer une possession que l’on peut céder ("ma voiture") et une possession inaliénable ("mon père").
- En quechua (Bolivie, Colombie, Equateur, Pérou), en turc, dans les langues fino-ougriennes et dans certaines langues d’Amazonie, la phrase "le chien l’a mordu" n’est pas exprimée de la même manière si l’on a vu la personne se faire mordre, si l’on a appris cette information par un tiers ou si on l’a déduite en examinant la blessure.
Faute de place, je terminerai avec cette citation tirée de l’ouvrage aussi érudit qu’hilarant (oui !) de Jean-Pierre Minaudier "Poésie du gérondif" (1), dont sont issus les exemples ci-dessus : "Toute grammaire a sa logique propre, souvent inattendue, et aussi ses incohérences ; ses métaphores, ses rapprochements parfois surprenants de formes et de sons, ses courts-circuits, ses pesanteurs, ses fulgurances, bref, sa poétique, même lorsque nul Goethe, nul Supervielle, nul Góngora ne l’a retravaillée." C’est pourquoi toutes les langues portent des regards différents sur le monde et constituent des merveilles qu’il importe de préserver, au même titre qu’une église romane ou une toile d’un maître de la Renaissance. Fussent-elles parlées par quelques dizaines d’individus perdus au plus profond d’une forêt tropicale ou d’une vallée française, elles restent et demeurent d’un intérêt supérieur pour la vie de l’esprit et le respect de l’humanité.
(1) Poésie du gérondif, par Jean-Pierre Minaudier. Editions Le tripode
DU COTE DE LA LANGUE FRANCAISE
L’obligation d’utiliser le français, un handicap pour les entreprises au Québec ?
Adoptée en 2022, la "loi 96" impose le français comme langue de travail et de commerce dans toutes les sociétés de plus de 25 salariés du Québec. Une contrainte qui complexifie la vie des entreprises, mais aussi le prix à payer pour préserver une langue minoritaire dans un pays très majoritairement anglophone.
Langue française : "Il faut mettre l’arrogance de côté"
Telle est la conviction du directeur de la Cité internationale de la langue française de Villers-Cotterêts. Dans un entretien au journal libanais L’Orient-Le jour, Paul Rondin explique qu’il croit en la force du français face à l’anglais, mais que, pour séduire, notre pays doit défendre toutes les langues minoritaires. "Si elle pèche par arrogance, comme la France l’a souvent fait, on perdra tout."
Ces lieux qui ont fait la France
En se rendant à Verdun, François-Guillaume Lorrain a ressenti une très vive émotion qui lui a permis de mieux comprendre la guerre de 1914-1918. Car c’est un fait : les lieux "parlent" et permettent de mieux appréhender l’Histoire. Partant de ce principe, il présente aujourd’hui une édition augmentée de "Ces lieux qui ont fait la France", où l’on chemine de Bouvines à Domrémy en passant par Montoire, mais aussi par des sites très peu connus comme Vaux-en-Beaujolais ou Charleval, le tout servi par une plume agréable. On regrettera simplement l’absence d’exemples illustrant l’écrasement de notre diversité culturelle interne.
Ces lieux qui ont fait la France, par François-Guillaume Lorrain. Editions Tempus
En 1981, Daniel Balavoine chante devant François Mitterrand. En 2000, France Gall enregistre un nouveau disque sans Michel Berger. En 2024, Aya Nakamura est choisie pour la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris. De Charles Trenet à Alain Souchon en passant par Téléphone et Jacques Brel, Didier Varrod retrace selon ce principe 60 ans de chanson française à travers un choix, nécessairement subjectif, mais convaincant, de 21 d’entre elles.
La chanson française, un peu, beaucoup, passionnément, par Didier Varrod. Editions Le Robert.
Cinq siècles de politique linguistique française
Ce fut un petit événement. A la fin de l’année dernière, l’Académie française accueillait un colloque consacré à toutes les langues de France - et pas seulement au français. Un signe d’ouverture inédit qui permit d’entendre des discours parfois critiques sur la politique menée par l’Etat dans ce domaine. Les actes de ce colloque sont aujourd’hui publiés dans cet ouvrage qui comprend aussi les communications sur l’ordonnance de Villers-Cotterêts données une semaine auparavant dans l’ancien château de François Ier.
Quelles politiques pour nos langues ? De l’ordonnance de Villers-Cotterêts à la loi Toubon. Direction : Roseline Claerr, Linda Marchetti et Paul de Sinety. Editions Honoré Champion.
DU COTE DES AUTRES LANGUES DE FRANCE
Le platt lorrain serait la deuxième langue parlée au Brésil
Au Brésil, quelque trois millions de personnes parleraient le platt, appelé également francique mosellan. Il y aurait été introduit au XIXe siècle, lorsque Marie-Léopoldine de Habsbourg-Lorraine, devenue impératrice du Brésil, décida d’y attirer plusieurs centaines de milliers de migrants germaniques issus de la Sarre ou de la Moselle. Cette langue y bénéficie d’un statut plus favorable à celui dont elle jouit en France.
Pour que vivent nos langues veut modifier l’article 2 de la Constitution
A l’occasion de sa constitution en association, ce 25 octobre, l’ancien collectif "Pour que vivent nos langues" a émis une revendication principale : la modification de l’article 2 de la Constitution, et, en particulier, de son alinéa "la langue de la République est le français", interprété en défaveur des autres langues de France depuis son introduction dans la Loi fondamentale, en 1992. L’association s’appuie pour cela sur un récent sondage IFOP, selon lequel 77 % des personnes interrogées se déclarent favorables à leur reconnaissance officielle.
Le Conseil d'Etat interdit l'emploi du catalan en première langue dans les conseils municipaux
Sans réelle surprise, les 5 communes catalanes qui avaient souhaité pouvoir délibérer en catalan (en plus du français) viennent de subir une nouvelle défaite judiciaire. Déboutées par les tribunaux administratifs de Montpellier et de Toulouse, elles avaient saisi le Conseil d'Etat. Celui-ci, connu pour sa tradition centralisatrice, a décidé le 20 octobre de rejeter cet appel.
Pays basque : un nouveau site internet pour l’euskara
L’association bayonnaise ON ! Piztu rassemble sur sa plateforme bilingue (basque-français) des conseils pratiques, des cours en ligne, des vidéos ludiques… Son objectif : faire de ce site une porte d’entrée vers l’euskara.
A quoi bon parler une langue régionale ?
Pour rendre hommage à des aïeux et sauvegarder la diversité culturelle de la France, sans doute. Mais aussi parce que, dans un monde globalisé, chacun ressent le besoin de résister à l’uniformité. "Cultiver un particularisme régional […,] ce serait résister à l’angoisse d’être tous hors-sol et interchangeables", explique André Bayrou, normalien et professeur agrégé de lettres classiques. Un texte qui s’inscrit dans la revue en ligne France Forum consacrée à un thème passionnant : "Faire France à l’heure des appartenances multiples".
Le mal du pays : symptômes et causes d’une appartenance régionale assumée, par André Bayrou. France Forum.
Ces bistrots où l’on vous accueille en flamand
On peut entendre le flamand occidental dans certains bars, comme le Bistrot Léon, situé à Oost-Cappel, mais il n’est pas le seul dans ce cas. Une publication sur les réseaux sociaux recense les cafés de Flandre française où on peut pratiquer cette langue.
Participez à ce concours littéraire en occitan
Gratuit et ouvert à toutes les régions de langue d’oc, le concours d’écriture Pierre Brayac, organisé par l’association Aqui l’òc, comporte quatre catégories : élémentaires, collégiens, lycéens et adultes. Inscriptions impératives d’ici au 8 novembre inclus.
Je suis auvergnat mais je me soigne
"Vivre en Auvergne ? Ce serait l’horreur !" Parce que les clichés ont la vie dure, Joseph Vebret publie Je suis auvergnat, mais je me soigne. Un ouvrage subtil et rédigé d’une belle plume consacré à une région finalement peu connue des autres Français, qui en ont souvent l’image déformée que renvoient d’elle les médias parisiens. Loin d’un banal guide touristique, il livre ici un sentiment d’appartenance, un exercice d’admiration, une épopée tourmentée qui raconte une terre qui, in fine, lui a permis de comprendre qui il était.
Je suis auvergnat mais je me soigne, par Joseph Vebret. Editions Héliopoles
DU COTE DES LANGUES DU MONDE
La langue des signes absente des concours du capes en 2026
Etudiants, enseignants et associations dénoncent "une mesure injuste et dangereuse pour l’inclusion des personnes sourdes et la pérennité de la filière".
A ECOUTER
Un autre regard sur les cultures des Pyrénées
Parce que les Pyrénées ne se résument pas à de superbes paysages et parce que les cultures régionales ne sont pas des "folklores", Anne-Sophie Estruch donne la parole dans son podcast "latitudes Pyrénées" à ceux qui y vivent. Un exemple ici avec le conteur David Bordes.
A REGARDER
Karim Duval : Le secret pour devenir manager grâce à l’IA
L’intelligence artificielle va-t-elle donner un coup d’accélérateur à votre carrière ou y mettre un terme ? L’humoriste Karim Duval, fin connaisseur du monde de l’entreprise, répond à cette question à sa manière : drôle, absurde et profonde à la fois.