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Liberté académique : pourquoi les chercheurs ont raison de tirer la sonnette d’alarme

"Un changement majeur", "une situation effrayante, gravissime"… C’est une constante ces derniers temps : lorsque L’Express interroge des scientifiques, rares sont ceux qui terminent leur interview sans confier leurs inquiétudes concernant les attaques de plus en plus violentes contre la liberté académique (liberté de recherche, d’enseignement et d’expression pour les universitaires et chercheurs).

On la savait malmenée en Chine, en Turquie, en Iran ou en Hongrie et, globalement, dans tous les pays dont les régimes politiques s’accommodent mal des faits, de l’esprit de contradiction ou de la liberté en général. Désormais, la communauté scientifique constate avec effroi que la liberté académique n’est même plus à l’abri aux Etats-Unis, pourtant considérés - jusqu’à récemment du moins - comme le paradis des chercheurs.

Et c’est peut-être le seul bienfait de l’administration Trump en la matière : si autrefois ce sujet ne passionnait ni les foules, ni les médias, les attaques du président américain et de son ministre de la Santé antivax et complotiste, Robert Francis Kennedy Jr., ont au moins contribué à braquer les projecteurs sur lui.

L’Academic Freedom Index mesure la liberté académique dans 179 pays depuis plus de vingt ans. En 2006, environ 62 % de la population mondiale - 4 milliards de personnes à l’époque - vivait dans "des contextes de liberté académique bien protégée". Aujourd’hui ? Ce pourcentage s’est écroulé à 35 % (2,8 milliards de personnes). Près de la moitié des humains vivent sous des régimes autoritaires où les sciences sociales - les premières visées - ont disparu.

Un rapport français récemment publié par Mathias Vicherat, ex-directeur de Sciences Po et Stéphanie Balme, directrice du Centre de recherches internationales, confirme ce déclin. Il souligne que la France est, elle aussi, menacée. Pour éviter que notre pays suive cette tendance inquiétante, les auteurs proposent "65 propositions d’action".

Parmi elles, permettre aux chercheurs - notamment ceux qui travaillent sur des sujets sensibles - de bénéficier de la protection des sources, droit cher aux journalistes. Ou encore ériger la liberté académique comme principe juridique fondamental en l’inscrivant dans la Constitution. En résumé : construire une ligne de défense contre toute attaque ou instrumentalisation de ce bien commun, pierre angulaire de nos démocraties.

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