Terres rares : la Chine veut réglementer ses exportations, notamment à destination de l’armée américaine
C’est un projet à deux vitesses. Selon un article du quotidien économique The Wall Street Journal, la Chine prévoit de faciliter l’acheminement des terres rares vers les Etats-Unis en concevant un système qui exclura les entreprises ayant des liens avec l’armée américaine tout en accélérant les autorisations d’exportation pour les autres entreprises.
Ce système, appelé "système d’utilisateur final validé" (VEU), permettrait au chef d’Etat chinois Xi Jinping de tenir sa promesse faite au président américain Donald Trump de faciliter l’exportation de ces matériaux. Le tout, en veillant à ce qu’ils ne finissent pas entre les mains des fournisseurs militaires américains. Une préoccupation majeure pour la Chine, rappelle le quotidien américain, alors que ces matériaux sont essentiels pour la défense, mais aussi l’automobile ou l’électronique.
Des dommages pour les secteurs automobiles et aérospatiaux
Si la mesure venait à être appliquée à la lettre, elle pourrait toutefois compliquer l’importation de certains matériaux chinois pour les entreprises des secteurs de l’automobile et de l’aérospatial. Tous deux comptent des clients dans les secteurs civils et mais aussi dans la défense. Selon les sources du Wall Street Journal, le plan de Pékin est encore susceptible d’évoluer et son système de licences ne sera définitif qu’après sa mise en œuvre.
Principale source de préoccupation du côté de Washington : les aimants à base de terres rares dites lourdes. Ils sont largement utilisés dans les biens civils tels que les véhicules électriques et les avions de ligne, mais sont également nécessaires dans les avions de chasse, les sous-marins et les drones d’attaque. De façon assez pragmatique, le système de VEU que Pékin envisage de mettre en place est en réalité calqué sur les lois et procédures américaines, tout comme une grande partie de l’architecture de contrôle des exportations de Pékin. Il s’agirait ainsi pour Pékin de rendre la pareille à Washington, après des années de déséquilibre.
Mécanisme de réciprocité
Ainsi, selon le cadre de la version américaine du système VEU, en vigueur depuis 2007, certaines entreprises chinoises sont autorisées à acheter des biens sensibles dans le cadre d’une autorisation générale, au lieu de devoir justifier chaque achat par des licences individuelles. Selon le WSJ, cela faciliterait l’importation de biens contrôlés tels que des produits chimiques ou des équipements de fabrication de puces, mais obligerait les entreprises à se soumettre, entre autres, à des inspections de leurs installations par le gouvernement américain afin de vérifier leur conformité au programme. Néanmoins, aux Etats-Unis, il arrive que des entreprises chinoises autorisées à recevoir des achats dans le cadre du programme VEU se voient retirer cette autorisation, ce qui suscite l’inquiétude de Pékin.
Face à Donald Trump et ses droits de douane, souvent démesurés, Pékin a sorti la carte des restrictions sur les terres rares et particulièrement sur les aimants pour pouvoir peser dans les négociations avec Washington. Dimanche 9 novembre, la Chine avait confirmé suspendre une interdiction d’exportation vers les Etats-Unis de gallium, germanium et antimoine, des métaux rares cruciaux pour l’industrie moderne. Un signe d’apaisement entre Donald Trump et Xi Jinping. Mais avec le système VEU, Pékin semble vouloir maintenir un certain contrôle.