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Shutdown : pourquoi la "grande victoire" de Donald Trump pourrait finir par se retourner contre lui

Donald Trump a savouré sa victoire sur Fox News : selon lui, le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, "pensait pouvoir briser les républicains, et ce sont les républicains qui l’ont brisé". "Nous ne céderons jamais au chantage", a renchéri le président américain en signant mercredi 12 novembre la loi mettant fin à la plus longue paralysie budgétaire des Etats-Unis, qui a bouleversé plusieurs pans de l’économie du pays. Deux jours plus tôt, il se félicitait déjà auprès de ses troupes : "C’est une très grande victoire", proclamait-il avec la fin en vue d’un shutdown de 43 jours, dont il a profité pour éreinter l’opposition démocrate et vanter une nouvelle fois sa politique économique.

Sur le papier, la droite de Donald Trump semble avoir obtenu ce qu’elle voulait. Fatigués du blocage qui paralysait le pays, huit sénateurs démocrates ont fini par voter avec les républicains lundi, approuvant une loi prolongeant le budget précédent jusqu’à fin janvier. Mercredi soir à la Chambre des représentants, six démocrates ont joint leur vote à ceux de la majorité présidentielle. Mais derrière les cris de victoire du locataire de la Maison-Blanche, la réalité est plus nuancée : la majorité des démocrates reste opposée à un accord jugé insuffisant. Pire, les sondeurs républicains rappellent que les subventions pour le programme d’assurance santé "Obamacare", sur lesquelles les républicains ont refusé tout compromis jusqu’au dernier jour du shutdown, sont populaires chez des millions d’électeurs de Donald Trump.

L’enjeu électoral de l’Obamacare

Les démocrates n’ont pas obtenu les mesures pour lesquelles ils se battaient, eux qui avaient refusé jusqu’ici de voter le budget (provoquant donc le shutdown) sans concession des Républicains. Ils exigeaient en particulier la prolongation des subventions de santé de l’Affordable Care Act (ACA), aussi appelé Obamacare, qui expirent à la fin de l’année. Les élus ayant voté la fin du shutdown malgré l’absence de geste républicain sur la question se sont donc attiré les foudres de nombreux membres de leur propre parti, qui leur ont reproché d’offrir une victoire au camp adverse. Mais l’inflexibilité de ce dernier pourrait bien, justement, le fragiliser, en lui coûtant des voix lors des élections de mi-mandat de 2026.

"Les démocrates perdent la bataille du shutdown - Donald Trump et les républicains risquent de perdre la guerre", titre ainsi le Washington Post. Celui-ci rappelle qu’en juillet, une note interne coécrite par Tony Fabrizio, principal conseiller de la campagne de Donald Trump, avertissait en effet que les candidats républicains au Congrès pourraient souffrir de la fin de l’ACA, et que refuser de prolonger les subventions de l’Obamacare serait un risque politique majeur. Instaurées pendant la pandémie, ces aides permettent à des millions d’Américains de payer leur assurance santé. D’après un sondage de KFF (un cercle de réflexion spécialisé sur les questions de santé), 74 % des citoyens soutiennent leur prolongation, et, en cas d’arrêt, "Trump ou les républicains du Congrès" seraient jugés responsables par la majorité d’entre eux.

Pour l’instant, le texte voté par le Congrès laisse cette question cruciale en suspens après le 31 décembre. Cité par le Washington Post, Patrick Sebastian, stratège républicain en Caroline du Nord, reconnaît que l’arrêt brutal des subventions ACA constituerait un défi politique et prédit que les républicains feront de leur mieux pour "assurer une transition en douceur pour le système de santé". Mais Donald Trump, lui, ne cache pas son intention de supprimer ce dispositif qu’il qualifie de "désastre" et de "cauchemar".

Donald Trump face à la baisse de sa popularité

En plus d’être un risque électoral pour les républicains, la conclusion de ce shutdown pourrait être un outil de campagne pour les démocrates. Pour le New York Times, "en résistant pendant des semaines alors que les républicains refusaient de prolonger les crédits d’impôt santé et que Trump allait en justice pour priver les Américains à faible revenu des aides alimentaires SNAP, les démocrates ont également affiné leur principal message pour 2026 : les républicains, qui contrôlent l’ensemble du gouvernement, n’ont rien fait pour répondre aux préoccupations des électeurs concernant le coût de la vie".

Par ailleurs, les sondages montrent que les Américains tiennent davantage Donald Trump et les républicains pour responsables de la paralysie budgétaire que les démocrates : 45 % blâment le président et son parti, contre 33 % pour les démocrates, selon le Washington Post. D’autres sondages corroborent ces chiffres.

À la Maison-Blanche, les proches du président interrogés par le journal américain minimisent les risques et se disent confiants : cette baisse de popularité serait passagère, liée à la lassitude des électeurs et aux élections locales défavorables. Mais la séquence laisse entrevoir un revers plus profond pour un parti qui s’affiche victorieux, tout en s’exposant à un dossier explosif — la santé — que ses propres électeurs ne veulent plus voir remis en cause. Comme le résume le collaborateur républicain Patrick Sebastian, "dès qu’on donne quelque chose à quelqu’un et qu’on le lui reprend totalement, c’est politiquement difficile". Une leçon que Donald Trump pourrait bientôt apprendre de force.

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