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Une menace pour la démocratie : l’anonymat sur Internet

Il y a 50 ans, seuls les journalistes, les politiciens et syndicalistes connus et quelques plumes célèbres du monde de la culture pouvaient alors s’exprimer dans les médias. Ceux-ci comportaient la presse écrite, la radio et la télévision publique. La parole publique était donc réservée à un nombre très limité de personnes. Toute personne peut aujourd’hui s’exprimer sur internet. Voilà incontestablement un progrès majeur de la démocratie, une avancée à base technologique de la liberté d’expression. Où se situe alors le problème ? Pourquoi la violence verbale la plus ordurière, les images les plus sordides, le harcèlement, la propagation de la haine et des mensonges sont-ils possibles ? La réponse est toute simple et chacun la connaît : l’anonymat.

Il est tout à fait légitime dans une démocratie de s’exprimer en utilisant un pseudonyme afin de dissocier la vie privée de l’expression publique. L’auteur de ces lignes en utilise un. Mais l’anonymat, l’impossibilité de retrouver la personne qui injurie, ment, incite à la haine et à la violence, devrait être interdit et technologiquement impossible. D’ailleurs, l’idée selon laquelle l’interdiction de l’anonymat serait une menace pour la démocratie et la liberté d’expression est évidemment une absurdité. Plus exactement, ceux qui défendent cette idée avancent masqués. Ce sont des porte-paroles des réseaux sociaux (Facebook, Intagram, X, TikTok et compagnie). Ces réseaux avaient pour projet initial de faciliter la communication en permettant à chacun de diffuser de l’information. Or, ils ont beaucoup dérivé vers le complotisme, la délinquance et la manipulation géopolitique. En étant accessibles à des diffuseurs anonymes, ils sont aujourd’hui une vraie menace pour la démocratie.

Au demeurant, il est tout à fait impossible de prétendre que l’interdiction de l’anonymat est incompatible avec la démocratie puisqu’il était pratiquement impossible de publier anonymement avant l’émergence de l’informatique grand public. L’éditeur d’un livre, la direction d’un journal, le responsable d’une chaîne de radio ou de télévision exigeaient l’identité de l’intervenant s’il utilisait un pseudonyme. Y avait-il une démocratie en France, aux États-Unis, au Royaume-Uni en 1970 ? Incontestablement. Seuls les libelles d’anarchistes ou de fascistes distribués homéopathiquement conservaient l’anonymat. Mais qui les lisait ? Presque personne.

La pression de la foule anonyme sur les élus

Le problème c’est que les élus tiennent compte des réseaux sociaux. Ils en arrivent à modeler leur parole en fonction de son audience sur ces réseaux. Le nombre de personnes abonnées au compte du politicien sur tel ou tel réseau est devenu un élément clé de sa popularité. Il s’ensuit une montée en flèche de la démagogie. Le populisme, recherche d’une adhésion de la foule par tout moyen, en découle.

Mais la foule, libérant ses pulsions agressives sur internet dans l’anonymat le plus complet, n’est pas le peuple s’exprimant dans les urnes après une campagne électorale où chaque tendance a pu s’exprimer.

Les réseaux sociaux permettent à la foule d’exister virtuellement, sans rencontre physique entre les individus qui la compose. Cette évolution majeure a une influence sur les prises de position des élus et sur les élections. Le lien entre le comportement irresponsable des députés français votant des mesures budgétaires démagogiques à l’automne 2025 et les réseaux sociaux est assez clairement établi. Nos députés s’imaginent qu’ils collent à l’opinion publique en tenant compte de l’expression rudimentaire qui apparaît sur ces réseaux. En réalité, ils sont victimes de phénomènes de foule et de ceux qui les instrumentalisent. Ils confondent le peuple et la foule.

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