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IA : la "bulle" qui met les investisseurs en ébullition

Le 19 novembre, Nvidia publiait des résultats records. La société technologique américaine spécialisée dans les puces électroniques, valeur emblématique de l’intelligence artificielle (IA), a rassuré les marchés financiers en dévoilant des chiffres supérieurs aux attentes des analystes. Au troisième trimestre, son chiffre d’affaires est en progression de 62 % sur un an et son résultat net atteint 32 milliards de dollars.

Cette annonce a permis à la société de voir son cours se rapprocher des 200 dollars dans les heures qui ont suivi l’annonce, mais le soufflé est vite retombé. "Les bons résultats de Nvidia n’ont pas réussi à enrayer les prises de profits sur le Nasdaq et à apaiser certaines craintes autour de l’IA", estiment les équipes de gestion d’Edmond de Rothschild Asset Management. En effet, depuis quelques semaines, les esprits s’agitent pour savoir si le secteur n’est pas entré dans une bulle.

Un afflux d’argent

En cause, les montagnes de dépenses d’investissement réalisées par les grands acteurs de la tech, essentiellement dans des centres de données de grande capacité. Cette année, les Meta, Alphabet, Amazon et Microsoft ont investi plus de 300 milliards de dollars dans l’IA et cette boulimie devrait encore s’accentuer l’an prochain. Même le patron de Google, Sundar Pichai, a reconnu, dans un entretien à la BBC, une forme d’irrationalité. "Nous avons connu jadis des bulles liées à des excès d’investissements dans les infrastructures, notamment à l’époque de l’essor des chemins de fer mais aussi, plus récemment, avec la fibre optique", rappelle Matthieu Lavillunière, responsable de la recherche actions chez le gestionnaire d’actifs Silex. Mais, à la différence de ces bulles passées, les investissements actuels dans les data centers ne produisent pas de capacités excédentaires, poursuit le spécialiste.

"Malgré cet élan impressionnant, l’investissement dans l’IA représente encore moins de 1 % du PIB américain", a commenté Jacob Manoukian, responsable de la stratégie d’investissement aux États-Unis de J.P. Morgan Private Bank à l’occasion de la publication des perspectives 2026 de l’établissement. Selon ce dernier, les montants alloués pourraient donc encore doubler.

Des bilans solides

Une autre différence majeure avec les périodes précédentes de bulles - comme la bulle Internet des années 2000 - réside dans la bonne santé des acteurs. Les anticipations de bénéfice par action ne cessent de croître pour les 7 Magnifiques - Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft, Nvidia et Tesla -, dont les bilans sont solides et les trésoreries profondes. "Ces valeurs ont vu leurs profits multipliés par deux en trois ans, en grande partie grâce à l’IA, souligne Matthieu Lavillunière. Et les acteurs dominants aujourd’hui sont ceux qui ont le plus investi par le passé."

La comparaison avec les années 2000 s’arrête rapidement aussi au regard des valorisations. "A l’exception de Palantir, qui se paie 130 fois les résultats anticipés à 24 mois, les valorisations du secteur technologique, bien qu’élevées, ne présentent pas autant d’exubérance que lors de la bulle Internet ou de la bulle japonaise de 1990, considère Enguerrand Artaz, stratégiste à La Financière de l’Échiquier. A titre de comparaison, Microsoft se traite aujourd’hui à 30 fois les bénéfices attendus à un an, alors que ce ratio dépassait les 60 en 1999." En revanche, le poids de la tech dans les indices n’a jamais été lourd et concentré sur une poignée d’entreprises.

Autre hic : si les débouchés de l’intelligence artificielle sont potentiellement gigantesques, ses impacts sont, pour le moment, largement circonscrits. Pour franchir un cap, l’IA doit se diffuser et les usages se développer. Le marché est estimé à 150 milliards de dollars cette année mais il pourrait atteindre 4 700 milliards de dollars en 2028.

Si, dans l’immédiat, les fournisseurs d’équipement, grands gagnants actuels de l’IA, souffrent un peu, ils gardent des atouts pour l’an prochain. "La période d’euphorie étant passée, nous pourrions connaître une possible consolidation d’ici la fin de l’année. Mais si elle devait prendre des proportions significatives, il y aurait très vite des acquéreurs pour ces acteurs", pointe Matthieu Lavillunière.

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