Avec son nouveau budget, le gouvernement britannique espère défier la courbe de Laffer
Pour l’effet de surprise, c’est raté. Peu avant de monter à la tribune du Parlement le 26 novembre, Rachel Reeves a découvert que le budget qu’elle s’apprêtait à dévoiler avait fuité. Sa copie évoque tristement les débats qui agitent aussi la France : un an après avoir alourdi les impôts de 40 milliards de livres, la chancelière de l’Echiquier a annoncé une nouvelle hausse de 26 milliards d’ici 2029-2030.
Pour assainir les comptes, l’ancienne économiste de la Banque d’Angleterre a donc encore opté pour une augmentation des recettes, au détriment d’une rationalisation des dépenses. Pire, elle propose même de nouvelles aides énergétiques et un coup de pouce au salaire minimum. En contrepartie, le budget prévoit un gel des seuils de l’impôt sur le revenu. Les dividendes, l’épargne, ou encore l’immobilier de haute valeur sont aussi dans le viseur. Résultat : les recettes fiscales pourraient atteindre un niveau inédit, à 38 % du PIB d’ici 2030-2031.
Le hic : "Ces nouveaux impôts ont un effet de distorsion qui affaiblit l’attractivité du pays et limite donc la croissance potentielle, déplore Raphaël Gallardo, chef économiste de Carmignac. In fine, ce budget fait passer le Royaume-Uni au-delà de l’optimum de la courbe de Laffer". Ce modèle en forme de U, qui continue à susciter des débats, est souvent résumé par l’aphorisme "trop d’impôt tue l’impôt". Il a été formulé par l’économiste américain Arthur Laffer sur un coin de table en 1974. En clair, il énonce qu’une augmentation de la fiscalité conduit, à terme, à une baisse des recettes, les individus surtaxés étant découragés de travailler davantage ou incités à l’évasion fiscale.
"Vous faites fausse-route"
Arthur Laffer, 85 ans, a lui-même pris le micro sur la chaîne britannique LBC pour s’émouvoir du projet britannique. "Je pense que vous faites fausse-route : il faut abaisser les impôts les plus élevés, réduire les dépenses et déréguler", a-t-il martelé. D’autant que la mécanique qu’il a théorisée semble déjà à l’œuvre. En 2023, le Royaume-Uni a réduit l’abattement de l’impôt sur les plus-values. Or les recettes de cette taxe ont chuté de 18 % pour l’exercice 2023-2024, relève la fondation Ifrap. Plus généralement, le bureau national des statistiques a pointé, fin novembre, "une augmentation continue et progressive" du nombre de contribuables quittant le pays. Même le magnat industriel Lakshmi Mittal envisagerait de quitter Londres pour Dubaï.
Le gouvernement Starmer, en assénant ce nouveau coup de massue fiscal, prend le risque d’aggraver la tendance et de dissuader l’investissement. Le tout sans vraiment résoudre les fragilités structurelles de l’économie, à l’heure où les prévisions de croissance et de productivité à moyen terme viennent d’être révisées à la baisse.