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Plan d'épargne retraite : notre guide pour faire les bons choix

En cette fin d’année, le plan d’épargne retraite (PER) fait carton plein dans les établissements financiers. La raison ? Une carotte fiscale. Ce que vous y versez est en effet déductible du revenu imposable (jusqu’à certains plafonds), ce qui réduit de facto votre impôt sur le revenu. Mais cet appât ne doit pas vous aveugler car le PER est un placement tunnel, destiné aux actifs et uniquement déblocable à la retraite (sauf gros coups durs ou achat de votre résidence principale). S’y engager demande de la réflexion. C’est aussi un produit à deux têtes, mis en place dans nombre d’entreprises, mais que vous pouvez aussi souscrire à titre individuel. Enfin, les supports financiers pour investir vos deniers sont multiples, tout comme les enseignes commercialisant ce produit. Comment faire le tri ? Autant de questions à vous poser avant de souscrire. Voici nos réponses.

Combien verser dans un PER ?

La réponse dépend d’abord du capital visé une fois à la retraite. Par exemple, si vous visez 75 000 euros à 65 ans, avec vingt ans d’épargne devant vous et 4 % de rendement annuel, il vous faudra mettre de côté 206 euros chaque mois. Quelques simulations sous diverses hypothèses seront ici très utiles pour déterminer le juste montant à épargner.

Dans un PER, rien ne vous oblige à réaliser des versements réguliers (mensuels ou trimestriels). Cette discipline d’épargne est toutefois prônée par les professionnels. Le plus efficace consiste à automatiser des virements réguliers avec un montant minimum, que vous pourrez compléter en fin d’année si votre capacité d’épargne le permet.

À quel âge vous lancer ? Imaginer pouvoir le faire avant 35 ans est assez illusoire, même si les contrats du marché sont accessibles dès 18 ans avec des niveaux de versements programmés bas, autour de 50 euros minimum par mois après un dépôt initial de quelques centaines d’euros en général. La raison ? Votre argent y est bloqué jusqu’à la retraite (sauf cas spécifiques). Avant de miser sur un PER, mieux vaut donc disposer d’un matelas de sécurité financier suffisant et rapidement disponible, constitué de livrets d’épargne et, si besoin, d’une assurance-vie placée sur un fonds en euros.

Le cœur de cible du PER, ce sont davantage les 45-50 ans, estiment les professionnels. Quinze à vingt ans avant la retraite en somme, quand l’intéressé commence à avoir une idée plus précise du montant de sa future pension versée par les régimes obligatoires, et donc de son besoin de revenus complémentaires. C’est surtout à cet âge qu’il est généralement le plus lourdement imposé. Le régime fiscal est le véritable moteur de ce produit, puisque tout euro versé dans un PER vient réduire votre impôt sur le revenu (avec pour contrepartie une fiscalisation à la sortie). Si votre tranche marginale d’imposition est de 30 % et si vous versez 3 000 euros dans un PER, votre impôt sur le revenu baissera de 900 euros. Si elle est de 41 %, votre gain sera de 1 230 euros. Inversement, si vous êtes non imposable ou dans la tranche à 11 %, l’avantage sera nul ou moindre (330 euros de baisse). Sous cet angle, le PER est clairement destiné aux ménages imposables à 30 % ou plus. En-deçà, cela ne vaut pas vraiment la peine, étant donné le blocage des fonds.

Attention, cet avantage fiscal est encadré. Pour un salarié, le montant des versements déductibles est plafonné à 10 % du montant net de l’ensemble des revenus d’activité au titre de l’année précédente (le tout avec un minimum de 4 637 euros et un maximum de 35 194 euros pour les revenus 2 024). Pour connaître votre "plafond disponible" (terme de l’administration fiscale), reportez-vous à la dernière page de votre avis d’imposition (à défaut, demandez-le à l’administration fiscale). Astuce : il est aussi possible de profiter des plafonds non consommés les trois années précédentes pour accroître son enveloppe de défiscalisation. Morale de l’histoire, on ne versera pas dans son PER au-delà de ces plafonds, sous peine de n’y trouver aucun avantage fiscal. Mieux vaut dans ce cas privilégier la souplesse d’autres produits, notamment de l’assurance-vie.

Quel type de PER privilégier ?

Sous couvert d’un produit unique, ouvert à tous les actifs, le PER est en réalité multifacettes. Il se décline sur le marché des particuliers, sous l’étiquette de PER individuel, dit PERIN, mais également dans les entreprises, via le PER collectif, dit PERCOL, et le PER obligatoire, dit PEROB. À défaut de dispositif mis en place par l’employeur ou si ce dernier est de piètre qualité, optez pour le PER individuel. Le même conseil vaut pour les travailleurs non-salariés, les professions libérales et les chefs d’entreprise sans salarié.

Inversement, si votre entreprise a ouvert un PERCOL, il est intéressant de vous y intéresser. Vous pourrez y loger votre intéressement ou votre participation plutôt que les percevoir directement, ce qui vous exemptera d’impôt sur le revenu sur ces sommes. Ce n’est pas tout : les intérêts générés par cette épargne seront exonérés à la sortie, hors taxes sociales. Votre employeur peut aussi "abonder" vos versements effectués dans le PERCOL, participation et intéressement compris, et ce jusqu’à 300 % (dans la limite de 16 % du plafond annuel de la Sécurité sociale). "C’est une prime à l’épargne sans équivalent, analyse Emmanuelle Lafargue, directrice commerciale entreprises chez Eres, société spécialisée sur l’épargne retraite. Le PERCOL est le meilleur outil dans ce cas de figure, puisque les versements du salarié peuvent être déductibles du revenu imposable et permettent d’obtenir l’abondement de l’employeur." Ce qui s’appelle gagner sur tous les tableaux, d’autant que l’abondement de l’employeur est exonéré d’impôt sur le revenu, de cotisations salariales et seulement soumis à la CSG- CRDS (9,7 %).

Pour les tenants d’un PEROB, souvent des cadres, la question du choix ne se pose pas : la cotisation mensuelle y est obligatoire. La participation de l’employeur (pour au moins 50 % des versements) rend toutefois ce produit efficace pour se constituer un capital retraite, même si, la sortie se fera forcément sous forme de rente viagère (sauf si cette dernière est inférieure à 100 euros par mois).

Au-delà de ces montants, sous réserve que vous ayez encore des plafonds de déduction fiscale disponibles et une capacité d’épargne suffisante, privilégiez un PER individuel. Les raisons ? "Sauf exception, les PERIN sont des contrats d’assurance-vie. Ils profitent donc de la fiscalité successorale intéressante de l’assurance-vie en cas de décès avant 70 ans et permettent de désigner un ou plusieurs bénéficiaires de son choix", souligne Christophe Olivier, directeur général de la société de courtage My Pension. Le choix des placements est aussi plus vaste puisqu’on trouve dans la plupart des PERIN des centaines d’unités de compte et un fonds en euros pour sécuriser le capital. "Sous réserve d’une bonne allocation d’actifs, il est donc possible de dégager plus de performances avec un PERIN sur la durée", estime qui parle ? Encore faudra-t-il opter pour une gestion dite "libre" de ses avoirs, sachant que le PER prévoit par défaut une gestion "à horizon" (voir ci-dessous).

Quelle gestion choisir ?

Si l’attrait fiscal à l’entrée explique l’engouement pour le PER, il ne faut pas en oublier son contenu financier pour autant. Par défaut, votre épargne est orientée sur une gestion pilotée "à horizon". Le principe est le suivant : selon le temps restant à courir jusqu’au départ en retraite (prévisionnel au moment de l’ouverture du PER, modifiable par la suite), l’épargne est répartie entre plusieurs supports financiers. Plus la date butoir approche, plus le capital est mis à l’abri d’une éventuelle baisse des marchés financiers via des supports adaptés. Le législateur est allé plus loin, fixant même les parts minimales d’épargne devant être sécurisées selon trois profils de risque ("prudent", "équilibré" ou "dynamique"). Illustration : si vous êtes à 8 ans de la retraite et si vous êtes "prudent", votre allocation doit contenir au minimum 60 % d’actifs à faible risque. Ce taux descend à 20 % pour un épargnant "équilibré" et à… 0 pour un profil "dynamique".

Ce cadre est-il efficace ? Les premiers résultats sont très mitigés. Concernant les PERCOL, sur cinq ans (2019-2024), le profil à horizon "prudent" ressort seulement à 1,2 % net par an en moyenne, selon l’AFG (Association française de gestion). C’est à peine mieux pour le profil "équilibré" avec une performance annualisée de 2,5 %. Seul le profil "dynamique", avec 3,8 % par an sur 2019-2024, fait amende honorable, confirmant qu’en matière de gestion pilotée (ou profilée), seule l’audace paie sur la durée.

Ces données sont toutefois à prendre avec des pincettes tant la composition des profils est variable sur le marché. Surtout, pour un même PER, le nombre de performances peut être très étendu puisqu’il existe un résultat pour chaque horizon de temps (à 20 ans de la retraite, à 19, à 18…)

Le cabinet spécialisé Good Value for Money, qui a passé au crible la gestion à horizon d’une cinquantaine de PER individuels, pointe de son côté des performances très élastiques. Illustration : pour un adhérent de 45 ans, visant un départ à 65 ans, les résultats d’une gestion équilibrée ont couru de seulement 1,35 % net de moyenne en 2023 et 2024 à… 11,70 %. "Au regard de la forte dispersion des performances obtenues, l’épargnant a tout intérêt à apporter une grande vigilance à son contrat", analyse Cyril Chartier-Kastler, directeur du cabinet.

La loi impose au gestionnaire d’informer avant l’ouverture du PER, puis chaque année, son titulaire des performances de chaque actif présent dans la grille, sans oublier d’indiquer le montant des frais appliqués. Un point à étudier de près pour juger de la qualité globale de son PER. Reste que rien n’oblige le tenant d’un PER à opter pour cette gestion à horizon. Il peut par demande expresse recourir à une gestion libre de ses avoirs. Mieux vaut toutefois pour cela disposer d’un PER suffisamment fourni pour réussir une bonne allocation d’actifs et à être accompagné par un conseiller compétent.

Où souscrire son PER ?

Cette question est hors sujet dans le cadre de l’entreprise. En effet, le salarié n’a pas la main sur le PER proposé, qui est du ressort de l’employeur et des partenaires sociaux.

Sur le marché des PER individuels, il a en revanche l’embarras du choix. Tous les établissements financiers commercialisent aujourd’hui un, voire deux ou trois PER différents. Les banques et les assureurs au premier chef, mais aussi les courtiers en ligne ou ayant pignon sur rue, les groupes de prévoyance, les conseillers en gestion de patrimoine indépendants et les associations d’épargnants. Résultat, on dénombre une bonne centaine de plans différents, tous enrobés d’un discours marketing bien huilé.

À quelle porte frapper ? Cette question, les particuliers sont trop peu nombreux à se la poser. Le plus souvent, ils se contentent de s’adresser à leur distributeur habituel. Erreur : vous avez tout intérêt à "acheter" votre PER plutôt qu’à investir dans celui que l’on vous "vend". Vous y gagnerez sans doute en performance à l’arrivée.

Au préalable, sachez que le PER individuel étant un contrat d’assurance (sauf cas exceptionnel), la préservation des fonds en revient à l’assureur gestionnaire, pas au distributeur qui n’est qu’un intermédiaire. En clair, si l’enseigne chez qui vous avez souscrit votre enveloppe mettait la clé sous la porte, votre épargne n’en serait pas affectée, l’assureur restant aux commandes. Seule la défaillance de ce dernier peut mettre en péril votre capital et, même dans ce cas, un fonds de garantie serait actionné.

Il faut ensuite définir votre besoin et votre tolérance aux risques. Êtes-vous plutôt en quête de sécurité et de simplicité ? Prêt à diversifier en partie votre capital, avec modération et sans complications ? Ou capable de prendre des risques ?

Cette réflexion sur vous-même est indispensable pour vous orienter vers le bon PER. Et, par ricochet, vers le distributeur adapté. Car tous ne visent pas le même type de clientèles et n’offrent pas les mêmes conseils et services. Schématiquement, les épargnants néophytes et assez prudents auront tout intérêt à se tourner vers les contrats des mutuelles d’assurances, à l’offre financière plus contenue, avec un niveau de services efficace et des frais limités. Inversement, si vous êtes averti, visez les offres en ligne, dont le panel de solutions financières est très large. Ou faites appel à un conseiller patrimonial indépendant, capable de vous épauler moyennant des frais supplémentaires.

En tout état de cause, ne souscrivez pas le PER de votre banque les yeux fermés, prenez le temps de réaliser des comparaisons et appuyez-vous sur des analyses étayées.

Comment reconnaître un bon PER

Le premier critère à examiner concerne l’offre financière. Qu’a rapporté le fonds en euros garanti ces dernières années (3 à 4 % nets pour les meilleurs en 2024) ? De quoi est composée l’offre financière complémentaire ? Un peu de diversification est nécessaire si vous optez pour la gestion libre. Pour la gestion à horizon, faites un point sur les performances délivrées ces trois dernières années. À défaut d’infos claires, passez votre chemin.

Le deuxième critère concerne les frais. Sur les versements, 2 % est un maximum à supporter. N’oubliez pas non plus que ces derniers sont négociables. Quant aux frais de gestion, pesant sur la durée, la moyenne se situe autour de 0,85 % sur les gestions à horizon, mais certains PER affichent un ratio de 0,60 %. Gare au surcoût des gestions dites sous mandat et autres options de prévoyance ! Vérifiez aussi que le PER visé est conforme à votre capacité d’épargne, avec des seuils de versement adéquats.

Enfin, essayez d’obtenir des éléments clairs sur les services associés au PER, par exemple la faculté ou non de suivre votre contrat en ligne, de pouvoir effectuer des opérations (versement, arbitrage) avec des délais courts, etc.

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