Durée du travail : la France souffre d’un déficit
Dans une étude publiée le 15 décembre, l’institut économique Rexecode dresse un constat inquiétant sur la durée du travail en France et en Europe. Les chiffres confirment une réalité bien connue : la France fait partie des pays où l’on travaille le moins, tant en durée totale par salarié qu’en volume total rapporté à la population. Un écart qui pèse directement sur la croissance, l’emploi et les finances publiques.
Rexecode commence par rappeler qu’il y a plusieurs manières de mesurer le temps de travail. Selon l’indicateur retenu, le diagnostic peut changer radicalement.
Premier point, que tout le monde connaît : la durée légale du travail est en France de 35 heures hebdomadaires. Cette norme rigide est spécifique à notre pays et complique les comparaisons internationales, la plupart des économies avancées laissant la négociation collective ou le contrat individuel en décider.
Après la durée légale, la durée effective du travail et la durée « habituelle »
Vient ensuite la durée effective du travail, c’est-à-dire le nombre d’heures réellement travaillées. Elle prend en compte les périodes d’absence (congés ordinaires, maladie, maternité ou paternité, etc.). Elle diffère de la durée hebdomadaire dite « habituelle », estimée à 38,8 heures en 2024, c’est-à-dire une semaine sans jours fériés, sans jours de congé mais incluant les heures supplémentaires régulières. Selon Rexecode, la durée annuelle effective du travail des salariés à temps complet s’établit autour de 1 664 heures en 2024 (heures supplémentaires incluses), contre 1 784 heures pour la moyenne européenne – un écart de 120 heures par an – ce qui place la France à la 25ème place sur 27. La différence est de 52 heures avec l’Espagne, de 121 heures avec l’Allemagne et de 193 heures avec l’Italie, sous réserve du plafond de 48 heures par semaine dans l’UE.
Autre mesure : la quantité de travail
Rexecode insiste plus particulièrement sur un autre indicateur : la quantité de travail, qui combine le nombre d’heures travaillées et le nombre d’habitants en âge de travailler (de 15 à 64 ans). Là aussi, la France décroche.
Certes, ce n’est pas en France que le taux d’emploi est le plus faible (69 % en 2024, contre une moyenne de 70,8 % au sein de l’UE). C’est la quantité de travail rapportée à la population, la 3ème plus basse des pays de l’UE, qui la plombe.
Les 15-64 ans travaillent en moyenne 1 105 heures sur un an, soit 84 heures de moins que la moyenne des pays européens (85 heures de moins qu’en Suède et 107 heures de moins qu’en Allemagne). Et cela, qu’il s’agisse de salariés à temps complet (59 heures de travail en moins par rapport à la moyenne européenne, 62 heures de moins qu’en Allemagne) comme de salariés à temps partiel (13 heures de travail en moins par rapport à la moyenne européenne, 120 heures de moins qu’en Allemagne).
L’étude ne le précise pas, mais le taux d’emploi des 15-64 ans est structurellement plus faible aux deux extrêmes de la vie active. Comme Contrepoints le faisait remarquer dans un précédent article, chez les jeunes, ce taux est de 10 à 12 points inférieur à celui qui est observé en Allemagne ou au Royaume-Uni, notamment en raison d’un moindre recours à l’apprentissage. Chez les 60-64 ans, il reste très bas, à environ 45 %, soit 20 points de moins qu’en Allemagne et 10 points de moins qu’au Royaume-Uni et aux États-Unis. Une insertion professionnelle plus précoce, un recours accru à l’apprentissage, des formations mieux alignées sur les besoins des entreprises, un cadre favorable à l’emploi des seniors, sont des conditions indispensables pour augmenter la quantité de travail.
Sortir du faux débat sur la durée légale
La tentation de modifier à la marge la durée légale du travail revient régulièrement dans le débat public, comme si quelques heures supplémentaires inscrites dans la loi pouvaient corriger des déséquilibres structurels. Proposer de relever le seuil annuel, comme l’ont fait les sénateurs en novembre dernier (une durée de 1 619 heures au lieu de 1 607 heures, soit trois minutes par jour), relève d’une supposition erronée : celle d’un lien mécanique entre durée légale et durée effective. Or, les salariés à temps complet travaillent déjà bien au-delà des 1 607 heures légales, avec une durée effective moyenne proche de 1 670 heures du fait des heures supplémentaires.
Comme le rappelle Rexecode, l’enjeu réside non seulement dans l’assouplissement de la réglementation et des normes sociales afin d’augmenter la durée effective de travail des salariés à temps complet, mais aussi dans l’amélioration durable du taux d’emploi (y compris via le temps partiel, auquel le recours est moins fréquent que dans les autres pays). En pratique, cela impliquerait de supprimer les 35 heures, le SMIC ou encore les contrats aidés, d’alléger le code du travail, et plus largement d’abandonner notre modèle économique redistributif à la fiscalité confiscatoire.
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