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"Tout pourrait s'arrêter là" : le procès en appel de Marine Le Pen vu de l'étranger

Une audience "sous pression", une leader de l'opposition qui pourrait "jouer sa carrière"... Alors que s'ouvre ce mardi 13 janvier le procès en appel de la cheffe de file du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, dans l'affaire des assistants parlementaires d'eurodéputés du parti accusés de détournement de fonds publics européens, la presse étrangère y voit un événement déterminant pour l'avenir politique de la candidate, longtemps perçue comme l'une des grandes favorites pour la prochaine présidentielle.

"Elle en a vu d'autres mais, cette fois, tout pourrait s'arrêter là", avertit depuis la Belgique La Libre, tandis que Le Soir assure que Marine Le Pen voit aujourd'hui son "destin suspendu à la justice". "Comment vit-elle cette épreuve ?", se demande Blick, qui explique que l'érosion de son image, avec cette affaire, se traduit aussi dans les chiffres : alors que 42 % des Français se disent aujourd'hui en accord avec les idées du RN, ils sont 49 % à juger Jordan Bardella apte à exercer la fonction présidentielle, contre 18 % pour Marine Le Pen, selon un sondage du magazine L'Hémicycle.

Des "faits graves et étayés"

Il faut dire que "les faits reprochés sont aussi graves qu’étayés", rappelle un autre média suisse, 24 Heures : le FN, ancêtre du RN, est accusé d’avoir utilisé plus de 4 millions d’euros du Parlement européen entre 2004 et 2016, pour rémunérer des personnes travaillant en réalité pour le parti. Marine Le Pen, elle, aurait été l'un des rouages essentiels, en s'inscrivant "avec autorité et détermination dans [ce] fonctionnement instauré par son père depuis 2004", a estimé le tribunal de première instance.

Outre le défi de prouver son innocence, exacerbé car "Le Pen a instrumentalisé [sa] condamnation afin de passer pour la victime d’une 'justice politique'", comme l'écrit le Weser-Kurier, la dirigeante devra, en cas de condamnation, envisager sa succession, un "changement (...) sans précédent pour ce parti qui a toujours été une affaire de famille et n'a jamais cherché de figure de proue en dehors de la dynastie Le Pen", note The Times. "Et bien que la popularité de Jordan Bardella soit élevée, beaucoup pensent qu'il pourrait s'effondrer une fois la campagne lancée, contrairement à Marine Le Pen, femme d'expérience et aguerrie", poursuit le quotidien britannique.

Bardella, un homme politique "habile"

Au contraire, Politico se montre plus optimiste vis-à-vis de l'avenir politique de son poulain. "Si elle parvient à surmonter les obstacles colossaux qui se dressent sur son chemin, elle aura encore à affronter la réalité : l’électorat français lui préfère Bardella. Le plan B du parti commence à ressembler à un plan A", écrit le journal. "Avec ses costumes noirs impeccables et sa coiffure parfaite, le chef du RN se présente comme un homme politique habile, toujours prêt à dégainer une formule percutante. Ces derniers temps, il multiplie les tentatives de séduction auprès des chefs d'entreprise et des investisseurs, qui ont longtemps dénigré le RN, le jugeant de gauche et trop interventionniste en matière économique", abonde le Financial Times, qui ajoute que Jordan Bardella bénéficie aussi "d'un fort soutien auprès des jeunes électeurs, séduits par sa présence active sur TikTok".

Dans tous les cas, "la décision de la Cour d’appel aura des conséquences dramatiques sur la vie politique française et européenne, à quinze mois d’une des élections les plus importantes de l’Union européenne", écrit encore Politico. Le Soir, lui, s'inquiète de son impact sur l'image de la justice en France, déjà fragilisée par les attaques du RN qui avait dénoncé un "verdict politique" après le premier jugement, Jordan Bardella parlant même expressément de "juges rouges". "Pendant cinq semaines, on peut souhaiter 'bonne nuit' aux magistrats de la cour d’appel de Paris", ironise le média belge, qui souligne que "le travail de ces juges ne s’annonce pas des plus sereins", et qui rappelle que la présidente du tribunal correctionnel de Paris, Bénédicte de Perthuis, avait été la cible de menaces de mort.

De possibles ingérences ?

A l'étranger, la condamnation de Marine Le Pen a également suscité l'indignation de personnalités politiques de la droite populiste internationale, Donald Trump l'ayant par exemple qualifiée de "chasse aux sorcières", orchestrée par la "gauche européenne", rappelle The Guardian.

Le magazine allemand Der Spiegel a rapporté récemment que des membres de l'administration Trump avaient tenu des discussions internes concernant d'éventuelles sanctions contre des procureurs et des juges français impliqués dans le procès et la condamnation de Marine Le Pen l'année précédente ; des allégations démenties par le département d'État américain mais aussi par le RN, qui s’efforce désormais "de garder une certaine distance" avec Donald Trump, observe Le Soir. Comme le résume The Times : "Ce n'est pas seulement en France que le procès suscitera l'intérêt".

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