"Face aux massacres en Iran, il faut agir" : l’appel d'intellectuels à Emmanuel Macron
Monsieur le président de la République,
Au moment où nous écrivons ces mots, se déroule en Iran un massacre à huis clos. Depuis quinze jours, des millions d’Iraniens manifestent partout dans le pays pour demander une chose simple : la fin totale de la République islamique. Ce régime corrompu, barbare et terroriste leur répond en les plongeant dans le noir et en les mitraillant à l’arme automatique. Les cadavres s’empilent devant les morgues qui ne peuvent plus les contenir. Les camions mortuaires quittent les prisons à l’aube car ordre a été donné d’exécuter les prisonniers pour faire de la place.
La politique de normalisation et d’apaisement avec l’une des pires barbaries de notre temps a conduit à la situation actuelle. La France et l’Union européenne ont le pouvoir de faire cesser ce bain de sang. La politique étrangère de la France ne saurait être une simple gestion d’intérêts ; elle doit être l’expression de nos valeurs. S’abriter derrière la complexité des équilibres régionaux pour justifier l’immobilisme est une faute morale et un contresens juridique. La France et l’Union européenne ont les moyens d’isoler ce régime. Par le droit international, elles en ont le pouvoir. Et elles en ont le devoir par leur propre histoire.
L’heure n’est plus aux condamnations de principe, mais à la mise en œuvre de la panoplie juridique et diplomatique dont la France et l’Union européenne disposent depuis longtemps et qu’elles ont systématiquement refusé de mettre en œuvre malgré les supplications des Iraniens de la diaspora et des parlementaires européens et français qui les ont soutenus.
Nous appelons donc solennellement le gouvernement français et l’Union européenne à engager, sans délai, trois actions décisives :
1. La qualification terroriste du Corps des gardiens de la révolution
Il est impératif que la France porte, au sein du Conseil de l’Union européenne, l’inscription du CGRI sur la liste des organisations terroristes (conformément àla position commune 2001/931/PESC). Cette qualification n’est pas une simple étiquette politique ; elle est la reconnaissance juridique d’une structure dont les méthodes – assassinats, tortures et répression de masse - répondent point par point aux critères de la criminalité de masse organisée, qualifiable en crime contre l’humanité, et non en simple violence d’Etat". Maintenir cette entité hors du champ terroriste est une fiction juridique que nous ne pouvons plus entretenir.
2. La rupture de la bienveillance diplomatique
La Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques offre aux Etats souverains les moyens d’exprimer leur réprobation face à l’indignité. La France doit procéder à la fermeture immédiate de l’ambassade de la République islamique d’Iran à Paris ainsi que de l’ensemble de ses représentations consulaires. En déclarant les agents de ce régime persona non grata et en expulsant leurs représentants, la France signifierait qu’elle ne reconnaît plus la légitimité d’un pouvoir qui assassine sa jeunesse.
3. L’asphyxie financière des responsables du massacre
Le droit financier offre des leviers de sanction d’une efficacité chirurgicale. Nous demandons le gel immédiat et exhaustif des avoirs détenus sur le territoire français par les membres du CGRI et les hauts dignitaires du régime. L’Etat français doit traquer chaque actif, chaque investissement, chaque compte bancaire qui, directement ou indirectement, alimente la machine de répression. Que le patrimoine des oppresseurs soit mis sous séquestre au nom de la justice que les victimes ne peuvent pas obtenir chez elles.
Monsieur le président,
L’inaction est un choix. Ce que la France fait aujourd’hui sera inscrit dans l’Histoire et jugé pendant des générations.
Ce n’est pas un simple événement auquel nous assistons, mais à un tournant historique. Et il ne s’agit pas uniquement de l’Iran. Il s’agit de la crédibilité du système international des droits de l’Homme et de ceux qui prétendent le défendre.
L’Histoire posera une question simple : qu’avons-nous fait pour empêcher l’un des plus grands massacres de civils du XXIe siècle ?
* Les signataires (par ordre alphabétique) :
- Saeid ABEDI
- Sina ABEDI
- Farzaneh ADIBNAZARI
- Engareh ALIREZAI
- Paul AMAR
- Shahab AMOPOUR
- Ariana ASKARI
- Aurélie ASSOULINE
- Banafsheh AZAR
- Bita AZIMI
- Philippe AZOUAOU
- Carmen BADER
- Banafsheh BAHRAMIAN
- Marc BARANI
- Firouzeh BAYANI
- Touradj BAYANI
- Hamidreza BAZYAR
- Marie-Yvonne BENJAMIN
- Sandrine BERESSI
- Aude BOISART
- Yves BOMATI
- Hélène BORNSTEIN
- Ali BOROUMAND
- Martina BOUCHE
- David-Hervé BOUTIN
- Antoine BRASSENS
- Natacha BRITSCH
- Pascal BRUCKNER
- Laure CAILLE
- Joel CARON
- Victor CIOCAN
- Philip COHEN
- Marie-Hélène COHEN-GUILLEMINET
- Didier DALIN
- Pascale DAVID
- Michèle DAYAN
- André DE BUSSY
- Hirbod DEHGHANI
- Hilda DEHGHANI-SCHMIT
- Ladan DIRICKX
- Julien ELBAZ
- Mozhgan ERFANI
- Alain EZAMI
- Jila EZAMI
- Cyrus FARAHMAND
- Lara FATIMI
- Michel FAYAD
- Jan-Marc FERLY
- Aurelie FILIPETTI
- Behnaz FOROOMADI
- Cécile FRICKER-LEHANNEUR
- Diane GALLIOT
- Farokh GAMARI
- Marcel GAUCHET
- Nader GHADIN
- Faissnet GHAMANY
- Mathias GOLSHANI
- François GRUSON
- Jean-Christophe GUERRINI
- Thierry GUILLEMINET
- Hélène HAFEZI
- Leila HARANDI
- Romain HARANG
- Maryam HASHEMI
- Alexis HELLOT
- Patrick HENRIET
- Mandana ILLAMI
- Jenia JIANPOUR
- Déborah JOURNO
- Sophie JUGE
- Rachel KAHN
- Asma KASSI LAHLOU
- Zohreh KHOOGAR
- Sara KIANPOUR
- Mélodie LABRO
- Alain LAHANA
- Chervin LAPORTE
- Marie-Pierre LAZARD
- Viktor LAZLO
- Martin LEGROS
- Valeh MAGNIN
- Parsa MAHMOODIFAR
- Marc MAIDENBERG
- Sophie MAKARIOU
- Julie MAMOU-MANI
- Ehsan MANOOCHEHRI
- Gabriel MARTINEZ-GROS
- Maxime MEGRET-MERGER
- Radu MIHAILEANU
- Mehnoush MODONPOUR
- Marzieh MOHEBBI
- Yosra MOJTAHEDI
- Mahyar MONSHIPOUR KERMANI
- Jean Aria MOUY
- Matthias MOUY
- Mojgan MOUY
- Richard MOUY
- Valérie MOVALLALI
- Elodie MULON
- Anousha NAZARI
- David NITLICH
- Fatemeh NOEPARAST
- Lilas PAKZAD
- Reza PARVIZI
- Maxime PEREZ
- Alexandra PERQUIN
- Delphine PESTRE
- Marie-Aimée PEYRON
- Aurélie PIRILLO
- Gilles PLATRET
- Abdollah RAFIIAN
- Raphael CHANTOISEAU
- Faraj Alexandre RIFAI
- Simone RODAN-BENZAQUEN
- Gérard SABATER
- Sahand SABER
- Shaparak SALEH
- Kian SERESHGI
- Navid SERESHGI
- Armand SHAHBAZI
- Mahnoush SHAHBAZI
- Shirine SOHEILI
- Annie SUGIER
- Pierre TERDJMAN
- Azadeh THIRIEZ-ARJANGI
- Michèle TISSEYRE
- Yasmine VALIPOUR
- Michèle VIANES
- Patrick VUITTENEZ
- Marie-Christine WASSILIEFF
- David-Xavier WEISS
- Caroline YADAN
- Sonya ZADIG
- Zohreh ZAHRAI
- Suzanne ZIAI
- Arlette ZILBERG
- Nathalie ZYSERMAN
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