World News

Davos : face aux coups de pression de Trump, Macron appelle à défendre le multilatéralisme

Depuis la tribune du Forum économique mondial, dont le rendez-vous annuel à Davos a débuté ce 20 janvier, Emmanuel Macron s’est alarmé de l’« évolution vers un monde sans règles », où les « ambitions impériales refont surface », soulignant la hausse du nombre de conflits à travers le monde ainsi que leur « hybridation ». Un monde où, a insisté le président français, « le droit international est bafoué et où la seule loi qui semble compter est celle du plus fort ». Une situation, a-t-il estimé « qui doit nous inquiéter », après avoir évoqué des instances internationales « affaiblies ou que les grandes économies ont simplement quitté ».

Un discours, où le chef de l’État français s’est attardé sur les États-Unis de Donald Trump, dénonçant leur « concurrence » selon lui « de plus en plus ardue » et qui exigeraient « des concessions maximales ». Des États-Unis qui, a-t-il abondé, « visent ouvertement à affaiblir et à subordonner l'Europe », et de fustiger une « accumulation sans fin de nouveaux droits de douane, qui sont fondamentalement inacceptables d’autant plus lorsqu’ils sont utilisés comme un moyen de pression contre la souveraineté territoriale ». Ce alors que Donald Trump a menacé, quelques heures plus tôt, d’imposer une nouvelle surtaxe de 200 % sur les vins et champagnes exportés par la France aux États-Unis à cause du refus de Paris de rejoindre son « Conseil de paix » pour Gaza.

« La réponse, c’est plus de coopération et construire de nouvelles approches », a martelé Emmanuel Macron, et de plaider pour « plus de souveraineté économique, plus d’autonomie stratégique, particulièrement pour l’Europe ». « Face à la brutalisation du monde », a-t-il insisté, « la France et l’Europe doivent défendre un multilatéralisme efficace, car il sert nos intérêts et ceux de tous ceux qui refusent de se soumettre à la loi du plus fort ».

Un plébiscite pour le multilatéralisme qui vient s'ajouter au message privé d'Emmanuel Macron, dévoilé par Donald Trump sur son réseau social et où le président français  proposait d’organiser à Paris une réunion du G7 avec notamment « les Russes » conviés « en marge ». Une rencontre qui aurait constitué une première, 12 ans après l’expulsion de la Russie du groupe - et les pressions exercées par les Occidentaux et alliés de Kiev pour la mettre au ban dans la plupart des instances internationales -, si ce n'est que Moscou a fait savoir qu'aucune invitation ne lui était parvenue.

Les États-Unis « n'ont que des cibles ou des vassaux »

Dans son discours à Davos, le locataire de l’Élysée a également mis en garde contre les écueils de deux voies s’offrant aux Européens : la « vassalisation » ainsi que la « politique de blocs », auxquelles conduirait le fait d’« accepter passivement la loi du plus fort » et la « marginalisation » doublée à l’« impuissance » vers lesquelles l’adoption de « postures purement morales » les entrainerait. « Accepter une approche coloniale n’a pas de sens », a insisté celui dont le pays n’entend pas rendre Mayotte aux Comores et poursuit son passage en force en Nouvelle-Calédonie.

Ces déclarations présidentielles surviennent en pleine escalade entre les deux rives de l’Atlantique, sur fond de velléités américaines sur le Groenland. Des vues que les locataires de la Maison Blanche nourrissent depuis près de 160 ans et le rachat de l’Alaska à la Russie. Dernier épisode en date, face aux affirmations répétées de Donald Trump que les États-Unis – première puissance militaire mondiale – mettraient la main sur ce territoire autonome danois par la force si nécessaire, Paris et plusieurs autres chancelleries européennes ont dépêché sur place une quarantaine de militaires. Une « farce », de l’aveu même de la presse allemande.

Si aujourd’hui Macron tire la sonnette d’alarme face aux États-Unis de Trump – resservant au passage ses concepts de « souveraineté européenne » et d’« autonomie stratégique » – et que les médias français ressassent des déclarations de Donald Trump qui illustreraient son « mépris » à l’égard de ses « alliés », le peu d’égards que les Américains ont vis-à-vis du reste du monde n’est en rien nouveau. Une tendance notamment étayée par les cas de prédation des entreprises américaines – avec le soutien du département de la Justice – sur le Vieux Continent, ou encore les multiples scandales d’espionnage à grande échelle ou directement à l'encontre de dirigeants européens.

« Cette nouvelle péripétie révèle que les États-Unis n'ont pas d'alliés, ils n'ont que des cibles ou des vassaux », confiait au quotidien Le Monde le président de la commission des lois à l'Assemblée nationale, Jean-Jacques Urvoas, à l’automne… 2013, dans la foulée des révélations d’Edward Snowden sur la surveillance de masse effectuée à travers le monde par les services américains.

Читайте на сайте