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La France a un budget formidable !

On dirait que la France est enfin sur le point d’adopter un budget 2026. On se demande d’ailleurs pourquoi ce processus annuel bien connu des services de l’État et des parlementaires a pris autant de temps. Car finalement, c’était simple, il suffisait de faire comme d’habitude : dire avec conviction que cette fois, promis juré, on allait baisser les dépenses sans augmenter les impôts… et faire tout le contraire – non sans se justifier pieusement ensuite au nom de la justice fiscale, de la solidarité, du compromis, de la stabilité, et que sais-je.

La ministre de l’Action et des Comptes publics Amélie de Montchalin ne déclarait-elle pas il y a quelques mois :

« Certains points peuvent être affirmés sans détour : la surtaxe d’impôt sur les sociétés n’existera plus en 2026. (…) Ce gouvernement n’a nulle intention de recourir à une baguette magique fiscale pour combler des écarts dont la cause est la hausse de la dépense. »

La théorie est toujours très belle. Oui, la cause de notre déficit public récurrent et délirant réside dans le versant dépenses du budget ; oui, la baguette magique fiscale, c’est-à-dire les hausses d’impôt et la taxation des riches, ne résoudra rien car outre qu’elle assèche le volume des capitaux privés disponibles pour l’investissement, elle sera aussi une incitation à dépenser plus, à s’endetter plus et à recourir à nouveau à plus de pression fiscale, ainsi qu’on le constate chez nous de budget en budget. Sérieusement, qui pourrait croire que nous sommes arrivés à un déficit public de 5,8 % du PIB en 2024 (5,4 % en 2025) et à une dette publique qui frôle les 3 400 milliards d’euros à la fin du troisième trimestre 2025 en réduisant les dépenses ?

Dans la pratique, on se rappellera que la surtaxe dont il est question, intitulée « contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises », avait été introduite par François Bayrou dans le PLF 2025 et ne devait s’appliquer qu’une année. Eh bien, Mesdames et Messieurs, elle est reconduite en 2026 – et on la voit bien s’incruster fermement dans le paysage fiscal français. Tel est le prix, parmi d’autres petites « bricoles » concernant le pacte Dutreil ou la CVAE, que le plus-que-parfait Sébastien Lecornu, actuel locataire de Matignon, a dû mettre sur la table pour soutenir les nouvelles exigences du Parti socialiste sur le repas à 1 € pour tous les étudiants, sur la hausse de la prime d’activité et sur l’indexation du barème de l’impôt sur le revenu.

On m’objectera qu’en cette année 2026, comme en 2025, la situation est particulière. L’Assemblée nationale est morcelée, aucune majorité claire ne se dégage, il est donc nécessaire de faire des compromis, et ce serait tout à l’honneur de Sébastien Lecornu que d’avoir réussi à trouver une voie budgétaire praticable dans de telles conditions. Il y a du vrai dans ces remarques et je n’oublie pas qu’en dehors du bloc macroniste, la gauche nous a mené en bateau pendant des semaines avec son absurde taxe Zucman tandis que le Rassemblement national était trop heureux de voter avec La France insoumise le renforcement de l’exit tax, l’augmentation de la fiscalité sur les multinationales et le doublement de la taxe sur les GAFAM.

Ce serait cependant une erreur que de glisser sous le tapis des circonstances particulières les effets structurels de notre dérapage budgétaire. Déjà en 2017, au tout début de la présidence d’Emmanuel Macron, le duo bercynois formé de Bruno Le Maire et de Gérald Darmanin nous servait le juste refrain de l’indispensable baisse des dépenses publiques dans leur PLF 2018 :

« Pour réduire la dette, nous devons réduire notre dépense publique qui est aujourd’hui la plus élevée en Europe. C’est un triste record. Si la dépense publique était la réponse à tout, nous devrions donc avoir le chômage le plus bas et le taux de croissance le plus élevé en Europe. Nous en sommes loin : notre croissance est sous la moyenne européenne, le chômage avoisine les 10 %. »

Sans améliorations notables, bien au contraire, nous en avons la preuve depuis plus de huit ans. Et au fait, où en est le taux de chômage français aujourd’hui ? On en parle peu, le grand spectacle de l’actualité internationale sponsorisé par Donald Trump ayant tout emporté sur son passage. Il n’en est pas moins préoccupant. À 7,7 % de la population active au troisième trimestre 2025, il constitue l’un des moins bons résultats dans l’Union européenne.

Quand j’évoquais plus haut le prix que le Premier ministre avait dû mettre sur la table pour faire adopter le budget, il est bien évident que seuls les contribuables seront concernés. Non seulement M. Lecornu ne paiera rien, même pas son revirement sur l’article 49.3 de la Constitution qu’il avait promis de ne pas utiliser, mais il a manifestement toutes les chances de rester ainsi à son poste de Premier ministre sous les vivats de la macronie en extase pour superviser le pilotage de ce budget conquis de haute lutte.

Et n’ayons pas peur de le dire, un budget vraiment formidable : des dépenses en plus, des impôts en plus et un déficit public hyper « volontariste » de 5 % qui repose sur de mystérieuses économies non documentées et qui pourrait plus vraisemblablement atteindre 5,4 % selon certains experts. Mais foin de ces calculs odieusement millimétrés. Comme l’a immédiatement déclaré le président de la République en Conseil des ministres lundi dernier, l’important à retenir de cette « équation budgétaire », c’est qu’elle garantit la « stabilité » et « permet au pays d’avancer ». Quelle maîtrise remarquable de la langue de bois !

Ladite équation budgétaire va-t-elle permettre au pays de devenir un espace de croissance, de prospérité et d’innovation ? Va-t-elle permettre d’alléger le fardeau de la dette publique que les Français actifs traînent péniblement depuis tant d’années ? Va-t-elle libérer les énergies, ainsi que M. Macron prétendait le faire quand il a été élu ? Il est fortement permis d’en douter, et c’est grave.

Dans le contexte international tendu que nous connaissons aujourd’hui, où les Trump, les Xi et les Poutine tentent d’imposer la force sur la justice et l’impérialisme territorial sur le libre commerce, comment être un acteur crédible, comment peser, comment contribuer si l’on est perclus de dettes et d’impôts, si l’on se noie dans des empilements de réglementations décourageantes, si l’on refuse les accords de libre-échange (au prétexte fallacieux de sauver nos agriculteurs), si trop de nos entreprises font faillite, si le chômage caracole et si nos jeunes peinent à se projeter vers l’avenir ?

C’est simple : pas de parole forte de la France sans redressement de la France. Il y a urgence. Les prédateurs et leurs légions de petits courtisans écervelés n’ont peur de rien, eux.

Illustration de couverture : le PM Sébastien Lecornu annonce ses nouvelles mesures pour le PLF 2026, 16 janvier 2026, photo AFP.

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