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"Prendre au sérieux les harcelés": foule à la marche pour Camélia qui s'est suicidée

Devant le lycée Honoré-de-Balzac où était scolarisée sa nièce, Salim Ayachi a imploré: "Parlez !"

Face à une foule compacte (2.200 personnes de source policière) il a enjoint les élèves à raconter le harcèlement, les parents à l'évoquer avec leurs enfants, et s'est adressé aux établissements scolaires: "Soyez transparents, quand des faits sont signalés, prenez vos responsabilités"...

La mère de Camélia, brandissant un portrait de sa fille unique, n'a pu prononcer que quelques remerciements.

La banderole de tête de la marche blanche, partie de la gare de Mitry-Claye, avait donné le ton: "Ensemble contre le harcèlement scolaire".

"Camélia, elle était dans mon groupe de sport. Elle avait la joie de vivre... Deux heures avant qu'elle aille s'ôter la vie, j'étais avec elle, en sport. Elle était comme d'habitude, gentille, on rigolait, on chantait", a témoigné auprès de l'AFP Amina (prénom d'emprunt), 17 ans, accrochée au bras d'une amie la soutenant.

Depuis elle a su que la famille de la lycéenne avait décrit, dans des courriers en décembre et janvier, le harcèlement qu'elle avait confié à ses proches. Puis que Camélia avait eu une entrevue avec le proviseur l'après-midi du drame.

"Dans le lycée, on a dit qu'elle s'était fait harceler et d'autres (ont soutenu) que non, qu'elle avait agrandi les choses", rapporte-t-elle, désolée de constater qu'"ils ne l'ont pas crue". "Il aurait fallu prendre plus au sérieux sa parole. Celle de tous ceux qui sont harcelés."

"Pour pousser une enfant à partir comme ça, il y a certainement des mots malheureux, mal compris, maladroits, qui ont été dits", a glissé un autre membre de la famille, Aziz, 52 ans, rencontré par l'AFP en marge de la marche et qui n'a pas souhaité donner son nom de famille, tout en s'en remettant à l'enquête.

Dans un communiqué mardi, le procureur de la République de Meaux Jean-Baptiste Bladier avait appelé "solennellement à la plus grande prudence" dans la mise en cause médiatique de personnes, "notamment le proviseur", en retrait de l'établissement.
La réputation des filles visée
Salim Ayachi a rapporté que Camélia avait subi quotidiennement insultes, brimades, humiliations, de la part de plusieurs élèves, mais qu'elle n'était "pas l'enfant harcelée que l'on imagine": elle se montrait "sociable, joyeuse", avait "des amis, une famille soudée", savait "défendre ses opinions"...

Il a assuré que la mère de Camélia avait "appelé à l'aide" et "reçu en retour le silence".

En marge de la marche, des élèves évoquaient ce harcèlement qui, très souvent, passe par des rumeurs sur la réputation des filles.

Telle Laura (prénom d'emprunt), 16 ans, élève d'un autre lycée, qui confie que "c'est archigrave ce qui se passe mais on n'en parle pas" et qu'il faut "prendre au sérieux les harcelés": "On vise toujours le corps des filles et leur mentalité, la plupart du temps c'est par rapport aux relations avec les garçons".

Du même lycée que Camélia, Julie (prénom d'emprunt), 16 ans, dit avoir connu "des amies qui se sont fait harceler" et assure que "peu de gens ont agi, elles ont dû se débrouiller seules" ou faire intervenir leurs frères.

Miriam, 51 ans, qui a souhaité garder l'anonymat, a fait une heure de route pour participer à la marche, avec sa fille qui a vécu un harcèlement violent. "On lui disait d'arrêter de dramatiser, alors qu'elle s'était fait taper par dix filles dans l'établissement, elle a dû faire ensuite un an d'école à la maison."

Sa fille de 20 ans ajoute: "Les victimes, on dit que c'est nous les problèmes".

La présidente dans le département de la FCPE (première fédération de parents d'élèves de l'école publique), Bélinda Borsali, pointe le manque de moyens pour faire appliquer le programme Phare (de lutte contre le harcèlement), "bien construit". Elle conclut par les mots de sa banderole: "Un mot peut blesser. Un mot peut sauver".

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