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Petite politique et grand trou budgétaire

Nous y sommes enfin : « la France a un budget ! ». Faut-il vraiment se réjouir de ce grand trou budgétaire auquel aboutit la « petite politique » qui régit la France depuis si longtemps et qui pourrait bien fausser les prochaines échéances électorales ?

C’est entendu : quatre mois de manœuvres de couloirs et d’éléments de langage répétés en boucle ont permis un « compromis » conclu « en responsabilité » au nom de « la stabilité » : ne valait-il pas mieux « un mauvais budget que pas de budget du tout ? » etc.

Autant de formules aussi magiques que fragiles et contradictoires : « compromis » vraiment, un budget marqué au fer rose des exigences socialistes, aussi dépensières que taxatrices ? Compromis vraiment, malgré l’engagement formel du Premier ministre d’y renoncer, la salve de 49-3 que nous venons de voir (il est vrai acceptée en catimini par les mêmes socialistes mais aussi par Les Républicains à l’insu de leur plein gré) ? Dès lors, où est passée « la responsabilité » parlementaire dont la renaissance nous était promise depuis les législatives de 2024 ? Et qu’est devenue celle d’un gouvernement qui entérine un déficit public de 5% du PIB – qui de l’avis général au vu des précédents se révèlera supérieur – et une nouvelle envolée de la dette ? Sans que la préparation de l’avenir ne la justifie, puisque cette dérive est d’abord celle des dépenses courantes, sociales avant tout.

 « Perseverare diabolicum »

« Stabilité » certes : celle des mauvais choix, des mauvaises habitudes et des mauvais budgets.

Et celle de la mauvaise rhétorique : on espérait autre chose d’un Premier ministre réputé « lucide, parlant vrai et pragmatique », que les ruses habituelles des gouvernants dépensiers. Affirmer à coup de posts, de communiqués et de discours que « les impôts n’augmentent pas pour les ménages » relève, ni plus ni moins, de la langue de bois et de la désinformation : hausse de la CSG sur les produits d’épargne, sous-revalorisation des tranches d’imposition, surtaxation des holdings familiaux, taxe sur les mutuelles, alourdissement de la fiscalité sur les grandes entreprises aggraveront directement ou indirectement les prélèvements sur les ménages. D’ores et déjà les salaires nets des prochains mois sont annoncés en baisse. De sorte que la tentation est grande de renverser la rengaine à la mode : il valait mieux une absence de budget que ce budget socialiste.

« Petite politique »

« Petite politique » comme disait Nietzsche et grand trou budgétaire caractérisent donc ce budget ingrat dont personne ne s’empresse d’ailleurs de revendiquer la paternité. Mais que voulez-vous, s’excuse LR, « le contexte international » imposait d’en passer par là.

On retrouve ici l’alibi utilisé jusqu’à la corde par les macronistes depuis l’élection de 2022, voire depuis la Covid, permettant d’évacuer tout débat de fond et masquant un parfait sophisme : celui du faux dilemme. Car le choix que le gouvernement est parvenu à imposer – avec encore une fois la complicité des députés PS et LR – entre stabilité et censure ne recoupe nullement celui entre stabilité et chaos. Entre les deux, une solution alternative existe : elle s’appelle élection. C’est à elle de trancher cette question de la stabilité politique (c’est-à dire d’une vraie majorité) indissociable en démocratie de la légitimité des urnes. Et le plus tôt sera le mieux, justement parce que le contexte international se détériore à vue et qu’il interdit à la France de perdre un temps de plus en plus précieux.

C’était tout le sens de la proposition de David Lisnard, lors de la crise gouvernementale de l’automne dernier, d’une démission programmée du Président de la République. Elle aurait permis de poser les débats de fond et de renouer avec la « grande politique » : celle des visions, des valeurs et des grands choix collectifs dont le même David Lisnard a fait l’exposé lors de son récent discours de vœux.

2027, un débat faussé d’avance ?

A défaut d’élections anticipées (qui restent d’ailleurs aussi souhaitables que possibles), 2027 devra être ce moment de grande politique. À moins que le « contexte international » invoqué sans relâche ne fausse une fois de plus une échéance décisive qui risquerait en effet de mettre fin à la « stabilité » des positions acquises. N’est-ce pas l’arrière-pensée de certains, et pas seulement en Macronie ?

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