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Iran : pourquoi la France hésite à sanctionner les Gardiens de la révolution

La France est mise sous pression par ses partenaires européens pour qu’elle accepte enfin l’inscription du Corps des Gardiens de la révolution, le bras armé du régime théocratique en Iran, sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne. Les ministres des Affaires étrangères de l’UE doivent en débattre jeudi 29 janvier, alors que l’ampleur effrayante de la répression des manifestations en Iran ce mois-ci apparaît de plus en plus clairement.

Paris est isolé par le revirement de l’Italie, qui s’est déclarée favorable à la décision trois jours avant la réunion alors qu’elle faisait bloc avec la France et l’Espagne pour s’y opposer. Et Madrid, selon des diplomates européens, a fait savoir à ses partenaires qu’elle ne s’opposerait pas au consensus si la France devait s’y rallier. Selon les règles de l’UE, la décision doit être prise à l’unanimité des 27 Etats membres.

"Une telle décision serait un symbole majeur d’espoir pour le peuple iranien", plaide auprès de L’Express la députée européenne Hannah Neumann (Les Verts/Allemagne), qui préside la délégation du Parlement européen pour les relations avec le peuple iranien. "Les Gardiens de la révolution terrorisent leur propre peuple, ils terrorisent toute la région et ils terrorisent les Iraniens en Europe et ailleurs. Il n’y a pas de doute qu’il s’agit d’une organisation terroriste. On ne soutient pas la cause de l’opposition iranienne par des belles photos, mais par ce genre de décisions concrètes", explique l’eurodéputée.

Ce jeudi, les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept doivent se prononcer sur un train de sanctions visant 21 responsables politiques et sécuritaires iraniens ainsi que dix entreprises impliquées dans la fabrication de drones. L’écrasante majorité des Etats membres, ainsi que le Parlement européen, plaident pour y ajouter l’inscription sur la liste terroriste du Corps des Gardiens de la révolution, qui ont joué un rôle clé dans la répression qui aurait fait jusqu’à 30 000 morts.

Depuis plusieurs années, la France s’oppose à une telle décision, expliquant qu’elle aurait un impact négatif sur le dialogue diplomatique qu’elle doit mener avec Téhéran, par exemple à propos du nucléaire militaire ou de la libération des citoyens français détenus dans ce pays. Elle a longtemps fait valoir aussi qu’une décision de justice dans un Etat membre de l’UE était un préalable indispensable. Mais ce dernier argument ne tient plus depuis qu’un tribunal allemand a jugé, en 2023, qu’un attentat terroriste contre une synagogue à Bochum, dans la Ruhr, avait été commandité depuis Téhéran par le Corps des Gardiens.

"Il y a déjà des sanctions européennes visant certains responsables des Gardiens, dont les avoirs en Europe ont été gelés et qui sont interdits de venir sur le territoire", dit Hannah Neumann. "Mais la décision à prendre maintenant aura une portée bien supérieure, ajoute-t-elle. Dès qu’ils seront reconnus comme terroristes, ils seront officiellement identifiés comme une menace pour la sécurité européenne. Cela permettra d’utiliser beaucoup d’outils contre eux, par exemple contre tous ceux qui, même non intentionnellement, font des affaires avec eux, ou des banques qui leur versent de l’argent", explique-t-elle.

Le Parlement européen a voté à plusieurs reprises pour l’inscription des Gardiens sur la liste terroriste mais la décision finale revient au Conseil des ministres de l’UE. Reste à voir si la prudence diplomatique de Paris, qui pourrait aussi tenir à la crainte de représailles de la part de Téhéran, pourra résister longtemps à la pression de ses partenaires et à la dramatique dégradation de la situation en Iran depuis le début de l’année.

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