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Une nouvelle génération de chanteurs contestataires émerge aux Etats-Unis

Il y a 80 ans, l'icône folk Woody Guthrie, égérie de Bob Dylan, écrivait sur sa guitare "This Machine Kills Fascists" ("Cette machine tue les fascistes").

Aujourd'hui, les héritiers de cette tradition de la "protest song" étrillent Donald Trump. Dans le viseur, pêle-mêle : sa répression de l'immigration, son ministère de la Défense rebaptisé ministère de la Guerre, l'intervention au Venezuela, la destruction du programme d'assurance santé, la pauvreté aux États-Unis.

Cette semaine, plusieurs chanteurs folk et engagés ont dénoncé en musique la mort d'Alex Pretti, infirmier de 37 ans, tué samedi par des membres de la police aux frontières (CBP), et de Renee Good, mère de famille du même âge, abattue le 7 janvier par la police de l'immigration (ICE).

Un collectif appelé "Singing Resistance" ("La résistance en chantant") a pris possession des rues et des églises de Minneapolis, pour chanter l'amour et la fraternité mais aussi appeler à "abolir l'ICE".

D'autres privilégient la voie la plus efficace pour toucher les jeunes générations : Instagram et TikTok.

"Genuine American Hero" ("Authentique héros américain"), titre folk porté par la guitare du peu connu Joseph Terrell sur Renee Good, est ainsi devenu un hymne anti-ICE, générant des millions de vues en ligne.

"Il nous protège et nous arrache de nos maisons et de nos bureaux, oui c'est un authentique héros américain", ironise le musicien au sujet du policier qui a tué Renee Good en "lui tirant au visage".

"Je l'ai écrite parce que je bouillais de colère contre l'ICE", a expliqué Joseph Terrell sur Instagram, stupéfait du succès de son titre. "Je suis content que ça vous touche alors que nous essayons de donner du sens à ce moment".
"Rejoins l'ICE"
Le musicien folk Jesse Welles touche un public bien plus large. Depuis un an, ce guitariste et chanteur de 33 ans aux cheveux ébouriffés s'est imposé comme un troubadour de la contestation, collaborant avec l'icône Joan Baez, remplissant des salles de concert et accédant à la notoriété sur les réseaux sociaux.

Les vidéos de ses chansons ont cumulé plus de 200 millions de vues rien que sur TikTok. Il a été nominé pour quatre Grammy cette année, dont celui du meilleur album folk.

"Rejoins l'ICE, mon garçon, c'est pas mal. Rejoins l'ICE, suis mon conseil. Si tu manques de contrôle et d'autorité, viens avec moi traquer les minorités", chante-t-il.

Alors que la colère populaire et l'indignation grondent au Minnesota et ailleurs, Bruce Springsteen, connu pour son engagement politique et son opposition à Donald Trump, a publié mercredi "Streets of Minneapolis" ("Les rues de Minneapolis").

"J'ai écrit cette chanson samedi, je l'ai enregistrée hier (mardi) et je vous la livre aujourd'hui (mercredi) en réponse à la terreur qui s'abat sur Minneapolis", a écrit Springsteen sur son site.

"Elle est dédiée aux habitants de la ville, à nos voisins immigrés innocents, et à la mémoire d'Alex Pretti et de Renee Good. Restons libres", a-t-il ajouté, fustigeant "l'armée privée du roi Trump" dans sa chanson.

Le chanteur country Bryan Andrews a de son côté récolté des millions de vues sur TikTok pour ses prises de position contre le mouvement MAGA ("Rendre sa grandeur à l'Amérique", slogan des trumpistes), les raids de l'ICE et les morts de Minneapolis.

La musique country et son héritage conservateur semble en revanche moins encline à embrasser les appels à la contestation.

Surtout après que la star Zach Bryan, figure du genre aux Etats-Unis, soit devenue en octobre l'improbable cible du gouvernement américain pour avoir chanté "Bad News" ("Mauvaises nouvelles").

"L'ICE va venir défoncer ta porte", assurait-il en musique. De quoi agacer l'administration Trump.

"Cette chanson est complètement irrespectueuse, non seulement envers les forces de l'ordre mais aussi envers ce pays", avait réagi la ministre américaine à la Sécurité intérieure Kristi Noem, aujourd'hui fragilisée par le situation au Minnesota mais encore soutenue par Donald Trump.

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