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En Europe, la tentation grandissante d'expulser des Afghans

En 2025, les Afghans étaient encore - de loin - la nationalité la plus représentée parmi les demandes d'asile dans l'UE, devant les Vénézuéliens et les Syriens.

Mais après avoir accompagné des centaines de milliers d'entre eux durant la guerre qui a déchiré leur pays pendant des décennies, le Vieux continent met désormais un frein à l'accueil - nouvelle illustration du net tournant de sa ligne migratoire. Et commence à parler de comment les renvoyer en Afghanistan - au grand dam des ONG. "Aucun pays ne devrait renvoyer de force en Afghanistan des personnes qui pourraient y être exposées aux risques de persécutions ou de menaces pour leur vie", souligne ainsi Human Rights Watch.

"Il y a clairement eu un changement, nous le ressentons en Afghanistan", souligne Arafat Jamal, à la tête de l'agence locale de l'ONU pour les réfugiés. "C'est extrêmement inquiétant, car cela s'apparente à une politique guidée par l'émotion, pas la raison", affirme-t-il dans un entretien avec l'AFP.

Pionnière en la matière, l'Allemagne a déjà brisé ce tabou en procédant depuis 2024 à l'expulsion groupée d'une centaine d'Afghans, qui avaient tous été condamnés par la justice, via des vols charters facilités par le Qatar.

Plusieurs attaques perpétrées par des Afghans, dont une à la voiture-bélier à Munich (sud de l'Allemagne) en 2025 et une autre au couteau à Mannheim (sud-ouest) au printemps 2024, ont eu un retentissement médiatique très fort dans le pays.
"Défis"
L'Autriche a emboîté le pas à l'Allemagne.

Et nombre d'autres États membres de l'UE, dont la Belgique ou la Suède, cherchent désormais à suivre ces exemples, vivement plébiscités par les partisans d'une ligne migratoire plus ferme.

Dans une missive en octobre, plusieurs d'entre eux ont réclamé à Bruxelles "des solutions diplomatiques et pratiques" permettant de renvoyer en Afghanistan les personnes dont la demande d'asile aurait été refusée ou qui ont été condamnées par la justice.

"On est en train de voir avec la Commission européenne et une vingtaine d’États membres comment on peut trouver une solution à ce problème", affirme Freddy Roosemont, le directeur général de l'Office belge des étrangers, à l'AFP.

Parmi les rares pays sur la réserve? La France, qui préfère juger ces initiatives sur pièce avant de s'y associer.

Sollicitée mercredi, la Commission européenne a confirmé avoir déjà mené deux "missions techniques" en Afghanistan, l'une en février 2025 et l'autre en janvier, afin d'étudier la "potentielle organisation de renvois".

Mais cette opération "pose des défis", a admis un de ses porte-parole, Markus Lammert.

D'abord parce que l'Afghanistan est déjà confronté à une grave crise humanitaire. Depuis 2023, plus de cinq millions d'Afghans sont rentrés d'Iran et du Pakistan, le plus souvent de manière forcée. Selon les organisations internationales, la majorité d'entre eux vit dans une grande précarité, sans logement durable ni emploi.

D'après l'ONG Human Rights Watch, les autorités talibanes ont aussi accru "leur répression" au cours des derniers mois, l'ONG s'inquiétant du sort "des femmes, des filles" et des médias.
"Tâter le terrain"
Ensuite parce que ces initiatives impliquent de dialoguer avec les responsables talibans, au pouvoir depuis 2021, mais que l'Union européenne ne reconnaît pas officiellement.

Cela pose en retour une ribambelle de défis logistiques: comment, par exemple, délivrer des passeports à des personnes dont les ambassades en Europe ne sont pas reconnues par les autorités talibanes?

Les deux "missions exploratoires" européennes en Afghanistan ont porté sur ces questions très pratiques, selon une source directement impliquée dans ces discussions.

Les Européens "se renseignent sur les vols, sur la capacité d'accueil de l'aéroport de Kaboul, ils discutent avec les talibans de ce qu'il adviendrait des gens renvoyés", décrit cette source, s'exprimant sous couvert d'anonymat.

Avant d'alerter: "Ils tâtent le terrain, mais au fond ils veulent voir s'ils peuvent mettre en place un système d'expulsion massive" qui irait bien au-delà des centaines de personnes actuellement renvoyées.

Si un tel changement de cap venait à se concrétiser, il devrait, a minima, s'accompagner d'un renforcement significatif de l'aide apportée par les Européens à Kaboul, plaide Arafat Jamal, car "renvoyer des personnes en Afghanistan sans augmenter l'aide est incohérent et risque de créer un déséquilibre dangereux".

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