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Emirats arabes unis, Qatar, Arabie saoudite… Et soudain, les pétromonarchies du Golfe découvrent la guerre

De lourdes explosions entendues au-dessus de Doha, la capitale du Qatar, un hôtel de Manama au Bahreïn qui a subi une attaque, des personnes blessées par des débris d'un drone abattu par les défenses aériennes de Dubaï aux Emirats arabes unis… Les pays du Golfe, zones habituellement sécurisées dans une région instable, ne sont pas épargnés par les attaques aériennes de représailles lancées par l'Iran, en pleine guerre menée par les États-Unis et Israël contre Téhéran.

À Dubaï, de nombreux habitants, en grande majorité des ressortissants étrangers attirés par la réputation de sécurité de la ville, étaient désemparés. Contrairement à Israël, Dubaï ne dispose d'aucun réseau d'abris ni de système d'alerte précis, laissant la population livrée à elle-même. Aucune sirène d'alerte n'a retenti dans cette ville lors des collisions entre les missiles et les intercepteurs. Le secteur aérien est également perturbé. L'aéroport international de Dubaï a subi des dommages lors des attaques iraniennes, tandis que les aéroports d'Abou Dhabi et du Koweït ont également été touchés. Les principaux aéroports de transit, notamment Dubaï, Abou Dhabi et Doha, étaient fermés ou fortement restreints ce dimanche et une grande partie de l'espace aérien de la région reste fermée.

L'Iran a donc mis à exécution sa menace de frapper les Etats du Golfe persique en cas d'attaque. Dès samedi, de nombreuses explosions ont été entendues dans le ciel du Qatar, des Émirats arabes unis, du Bahreïn et du Koweït, qui hébergent des bases militaires américaines. La Jordanie a également dit avoir intercepté des missiles. Le ministère saoudien des Affaires étrangères a quant à lui confirmé l'attaque iranienne sur la capitale du pays, Riyad.

Plusieurs bases américaines

La crainte de telles représailles était l'une des raisons pour lesquelles les dirigeants du Golfe avaient exhorté les États-Unis à ne pas attaquer. "Tous les territoires occupés et les bases américaines criminelles de la région ont été frappés par les explosions puissantes des missiles iraniens. L'opération continuera sans répit jusqu'à ce que l'ennemi soit défait de façon décisive", ont commenté les Gardiens de la révolution islamique, qui avaient déjà prévenu ces pays ces derniers mois qu’ils s’exposaient à des représailles.

Les Etats du Golfe se trouvent dans une situation particulièrement délicate. Même s'ils ne sont pas directement impliqués dans le conflit, leur situation géographique, la présence de bases ou de soldats américains sur leurs territoires et leurs relations étroites avec Washington font d'eux une cible facile pour Téhéran. Bahreïn abrite ainsi la Cinquième flotte américaine ; le Qatar, le quartier général régional de son commandement central. Ces dernières semaines, des dizaines d'avions de combat américains ont atterri sur la base aérienne d'al-Dhafra à Abou Dhabi et sur la base aérienne Prince Sultan, au sud-est de Riyad, rappelle The Economist. En outre, les six membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) sont tous des alliés proches des Etats-Unis.

Téhéran considère que si les pays du Golfe sont exposés, ils feront pression sur les Etats-Unis afin qu'ils revoient à la baisse ou cessent leurs objectifs. Pour l'Iran, l’objectif semble donc d'amplifier l'inquiétude internationale, ce qui pourrait exercer une pression en faveur d'une désescalade. "La logique de l'Iran est de répartir les coûts afin d’empêcher Washington et Tel-Aviv de cantonner le conflit au seul territoire iranien", analyse auprès de l'Orient-Le Jour Andreas Krieg, spécialiste de la sécurité au Moyen-Orient au King’s College London. "C’est une stratégie de coercition par la régionalisation." Afin de discuter de la riposte aux attaques iraniennes, les ministres des Affaires étrangères des pays arabes du Golfe ont organisé ce dimanche une visioconférence, a indiqué un responsable du Golfe à Reuters.

Ces attaques ébranlent par ailleurs leur image de sécurité dans une région instable. Pendant des décennies, les Etats arabes du Golfe persique se sont en effet présentés comme un havre de paix dans une région sujette aux conflits, attirant des expatriés fortunés, des multinationales et des investissements. Mais, samedi, des explosifs iraniens ont fait éclater cette bulle lucrative. De nombreuses entreprises internationales opèrent dans les secteurs de la consommation, de la finance et de l'énergie du Golfe arabe, notamment aux Emirats arabes unis, devenus la plaque tournante commerciale de la région.

"Un conflit de cette ampleur risque fort de déstabiliser les entreprises internationales opérant dans le Golfe", estime Michael Ratney, ancien ambassadeur des Etats-Unis en Arabie saoudite sous l'administration Biden, auprès du Wall Street Journal. "Cela tient à la fois au risque d'inquiéter leurs employés expatriés, dont certains souhaiteront quitter le pays, et au fait que cela remet en question le sentiment fondamental de sécurité et de stabilité sur lequel ils ont fondé leur décision d'y opérer et d'y investir." "La guerre risque évidemment de faire fuir les investisseurs et les touristes, qui sont de plus en plus essentiels aux ambitions économiques des pays du Golfe", explique également Michael Ratney.

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