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Guerre en Iran : le numéro d’équilibriste de Jean-Luc Mélenchon

C’est l’eurodéputée insoumise par qui la polémique vient. Rima Hassan cultive désormais son opposition zélée à l’opération israélo-américaine "Furie épique" en Iran. Sur ses réseaux sociaux, l’élue fustige tantôt un article de presse paru dans Le Parisien, recueillant la parole d’Iraniens en exil se réjouissant de l’intervention militaire extérieure ; "une sélection de témoignages à des fins de propagande guerrière", juge-t-elle. Tantôt elle arbore un drapeau américain en flammes, la nouvelle "bannière" de son compte X. Mais la figure radicale du combat palestinien à Bruxelles ne se trompe pas de combat, ni de prisme. "C’est Israël qui a voulu cette guerre", écrit Rima Hassan. Parfois, la nouvelle insoumise va même au-delà des positions de son mouvement... Au jour du déclenchement de l’opération, elle affirme que l’Iran a "le droit de se défendre" - et qu’Israël a "le droit de la fermer". "Un porte-parole de la République islamique tiendrait ces propos, souffle Ayda Hadizadeh, députée du Parti socialiste et native de Téhéran. Si elle n’est pas payée par le régime, elle devrait penser à prendre un billet", ironise-t-elle.

Jean-Luc Mélenchon a, lui, déclenché suffisamment de polémiques pour s’attirer un faux procès. Au diapason du reste de la gauche, le triple candidat à la présidentielle n’a pas versé une larme à la mort du dictateur Ali Khamenei. "Je pense aux milliers de victimes qu’il a faites, à la lutte implacable qu’il a menée contre le peuple iranien", a-t-il déclaré dimanche 1er mars en meeting à Perpignan. Aux mauvaises langues qui dépeignent LFI en alliée objective des mollahs, le patriarche aime rappeler qu’il n’a jamais été de cette gauche intellectuelle béate à l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeini en 1979. Un pied de nez dont Serge July, l’ancien directeur de Libération, était la cible il y a quelques jours.

Le leader insoumis, pour qui "la mort d’Ali Khamenei ne justifie pas les moyens qui l’ont provoquée", confirme sa doctrine internationale et sa grille de lecture héritée de la guerre froide, hostile à "l’empire" états-unien, ainsi qu’à Israël. A l’instar de ses anciens partenaires à gauche, mais plus fermement encore, il condamne l’opération sur le sol iranien. Une dernière entrave au droit international, après le kidnapping du président vénézuelien Nicolas Maduro par Donald Trump, qui illustrerait ainsi "l’entrée dans une ère d’affrontement des suprémacistes"... "La première ligne [NDLR : du communiqué de l’Elysée] doit être "nous condamnons l’attaque contre l’Iran" (...) tout simplement parce que commencer par dire ça c’est rappeler quelle est la règle sur laquelle nous nous adossons (...) : le droit international", a affirmé Jean-Luc Mélenchon. "Que La France insoumise fasse valoir que le droit international n’a pas été respecté, personne ne peut le lui reprocher", assure Bertrand Badie, politiste spécialiste des relations internationales et professeur émérite à Sciences Po.

En 2012, suite aux menaces israéliennes de frappes sur l’Iran, l’insoumis adoptait pourtant une tout autre posture. "Ce n’est pas acceptable, mais, d’un autre côté, il faut aussi entendre quelque chose : ce qu’a dit M. Ahminejab (Mahmoud Ahmadinejad, l’ancien président) n’est pas acceptable. C’est la première fois qu’on voit un pays dire : 'Si on a une bombe, on ira taper sur Israël'. Ça, personne ne peut accepter une chose pareille". Un Mélenchon après l’autre. Une situation similaire a officiellement motivé l’attaque conjointe des Etats-Unis et d’Israël, quelques mois après des manifestations du peuple iranien, réprimées dans le sang.

Jean-Luc Mélenchon estime surtout que "les Iraniens sont assez grands pour savoir quoi faire de leur régime". "Cela fait trente ans que les Iraniens tentent de changer ce régime. A chaque fois la répression se faisait de plus en plus sanglante. Depuis les massacres de janvier, de plus en plus d’entre eux imploraient pour une intervention extérieure. Ce serait inhumain que de prétendre le contraire", soupire Ayda Hadizadeh. Pendant ce temps, le reste de la gauche oscille entre l’espoir de voir chuter le régime et l'angoisse de l’escalade militaire.

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