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"Imaginez que Nice, Toulon, Marseille tombent" : au RN, l'espoir d'une vague sudiste

"Imaginez un instant un scénario dans lequel Nice, Toulon, Marseille tombent. Ce serait catastrophique." Le constat que dresse ce cadre des Républicains est à deux doigts de lui couper l’appétit. A deux semaines du premier tour des élections municipales, la droite a le moral dans les chaussettes. Surtout quand elle regarde vers le Sud. Là-bas, c’est le Rassemblement national qui a le vent en poupe. Marseille, Toulon, Nîmes, Nice, Menton, Carcassonne, Draguignan… La liste des villes dans lesquelles le parti d’extrême droite pourrait l’emporter est longue. Sans compter Perpignan et Fréjus - dont le maire David Rachline, mis à l'écart des instances du parti à la suite de soupçons de malversation candidate sans étiquette -, déjà tombées entre les mains du RN en 2020 et 2014.

Longtemps, pourtant, les frontistes se sont relativement désintéressés des élections municipales qui, hormis quelques exceptions, ne leur réussissaient pas. En mal d’implantation locale, le parti peinait à trouver des candidats crédibles, relégué aux marges de la sphère politique, et préférait se concentrer sur les scrutins européens et nationaux qui lui étaient plus favorables. Mais depuis 2022 et la déferlante d’élus RN à l’Assemblée nationale, les choses ont changé. Les troupes de Marine Le Pen ont commencé à s’implanter localement, à faire la tournée des cérémonies officielles, à nouer des relations avec les notables de leurs circonscriptions, à dialoguer avec les élus d’autres bords. Alors cette fois, la consigne a été donnée : il ne s’agit plus d’élections témoins, prière de se mobiliser.

Toulon, Nice, Marseille, Nîmes...

Ces derniers jours, Marine Le Pen et Jordan Bardella y ont mis du leur, multipliant dans le Sud les déplacements en soutien aux candidats. La députée du Pas-de-Calais s’est affichée aux côtés de son amie Laure Lavalette, candidate à Toulon, tandis que président du parti s’est rendu à Marseille, aux côtés de Franck Allisio - donné au coude-à-coude avec l’actuel maire Benoît Payan - avant de filer à Menton, où il a tenu un meeting avec Alexandra Masson, en tête dans les sondages. Il n’a cependant pas pris la peine de faire un détour par Nice, où Éric Ciotti, allié du parti d’extrême droite, mène campagne contre Christian Estrosi, qu’il devancerait de plus de dix points selon un récent sondage Elabe. Certains n’ont pas manqué de notifier cet oubli dans son itinéraire : "Les équipes de Jordan Bardella nous ont dit qu’il était certain que Ciotti allait perdre, donc qu’il ne se rendrait pas à Nice", chansonne un cadre de la droite.

"Gagner une ville de plus de 100 000 habitants, pour nous, c’est extrêmement exceptionnel", assure encore Julien Sanchez, ancien maire de Beaucaire qui a quitté son mandat pour rejoindre le Parlement européen avant de finalement prendre la tête de la liste RN à Nîmes. Il est aussi chargé de chapeauter les municipales. En tout, plus d’une quarantaine de parlementaires, fortement poussés par les hautes instances, ont pris la tête de liste dans différentes municipalités. Les députés parachutés, en particulier, ont été grandement incités à s’impliquer dans les campagnes locales, pour parfaire leur travail d’implantation destiné à crédibiliser le parti. "Nous en sommes conscients, les parlementaires ont plus de chance d’être élus, parce qu’ils sont identifiés comme sérieux et crédibles, continue Julien Sanchez. Si Laure Lavalette est donnée à ce résultat, c’est avant tout parce qu’elle est députée". Des visages connus et rassurants, qui permettent aussi de fournir au parti une vitrine présentable, à l’heure où des dizaines de candidats RN sont encore épinglées pour des propos racistes, antisémites ou complotistes, malgré les promesses répétées des dirigeants de faire le ménage dans leurs rangs.

Désertion de l'électorat LR de la droite traditionnelle

À un an de l’élection présidentielle, le parti d’extrême droite espère multiplier les laboratoires de gouvernance locale, et entend faire des municipales une chambre d’écho du climat politique national. Une potentielle vague frontiste dans ces différentes villes consacrerait aussi le Sud comme nouvelle terre de force. Une dynamique qui s’explique en partie par la désertion de l’électorat des Républicains des partis de droite traditionnelle depuis l’élection présidentielle de 2022, en faveur de Marine Le Pen ou d’Éric Zemmour. "La porosité avec l’électorat de droite ici est très importante, se gargarise Julien Sanchez. Plus LR s’effondre, plus on se renforce. Désormais, on obtient des victoires aux scrutins majoritaires, les gens sont habitués à nous avoir comme interlocuteurs et restent fidèles au vote RN."

L’enjeu est aussi celui du décloisonnement avec la droite et de l’élargissement de l’électorat frontiste. Le parti d’extrême droite espérait, avec le ralliement d’Éric Ciotti aux dernières élections législatives, qu’une partie de la droite bascule en faveur d’une alliance avec le Rassemblement national et consacre une fois pour toutes le monopole de ce dernier sur ces terres. Cela n’a pas été le cas au premier tour. Et si les électeurs de LR et du RN sont désormais largement favorables à des fusions de listes au second tour pour permettre de l’emporter (66 % des sympathisants LR et 67 % des sympathisants RN, selon le baromètre d’image du RN Vérian 2026 pour Le Monde et L’Hémicycle), l’état-major du parti, lui, reste dubitatif.

"Je pense que cela restera exceptionnel, car beaucoup ont peur de leur parti au niveau national et attendent un feu vert qui n’arrivera pas", regrette un cadre. Les lepénistes craignent également qu'un manque de mobilisation de leurs électeurs fasse mentir les sondages qui les donnent gagnants dans plusieurs villes. "On a déjà eu quelques expériences déceptives, alors ne crions pas victoire trop vite", tempère un élu. Sa crainte : que faire de ces élections un galop d'essai avant la présidentielle puisse se retourner contre eux.

De possibles retraits de listes

Un bureau exécutif du parti se tiendra dimanche à 23h30 pour déterminer au cas par cas les éventuelles fusions ou ralliements. Malgré ce qu’a largement assuré Jordan Bardella, le RN n’exclut pas de retirer certaines de ses listes, dans les cas de triangulaires où La France insoumise serait en position de gagner, par exemple. Des accords pourraient être passés avec les candidats de droite pour un retrait de listes RN en échange de soutiens pour les élections sénatoriales à venir. En cas de résultats décevants, l'état-major a d'ores et déjà préparé ses éléments de langage : "Dans tous les cas, on ne peut pas perdre. Si on ne gagne pas, on aura des conseillers municipaux qui seront des élus d’opposition et donc en général les maires de demain." Le Sud, le RN y revient par tous les chemins.

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