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EtNISI, la startup qui recycle les coquilles de moules de la Braderie de Lille en carrelage

La célèbre braderie de Lille se tiendra ces samedi 14 et dimanche 15 septembre. Comme chaque année, la capitale des Flandres accueille le plus grand marché aux puces d'Europe. Près de 100 kilomètres d'étals, quelque 2,5 millions de visiteurs attendus... et des tas de moules. Littéralement. 

Car qui dit braderie dit moules-frites : chaque année, près de 500 tonnes de moules sont dégustées en 48 h à peine par les brocanteurs, commerçants, touristes et visiteurs, accompagnées de frites croustillantes, dans une ambiance festive et chaleureuse. Moules à la marinière, à la crème ou à l'ail, elles se dégustent partout en ville. Une fois consommées, leurs coquilles vides sont versées à même le sol, formant çà et là des tas qui grossissent au fur et à mesure de la braderie, amusant les passants et nourrissant la légende urbaine du concours du plus gros tas de moules entre restaurateurs. Les puristes diront que ces montagnes de coquilles font partie intégrante de la braderie de Lille. Pas de braderie sans moules, min tchiot ! (mon petit). 

Pierre Mauroy, alors Premier ministre, n'a pas renoncé à ses habitudes de maire de Lille et déjeune d'un plat de moules frites le 6 septembre 1981 

 

Avec le temps, la tradition a évolué. Fini les amoncellements sauvages à chaque coin de rue, parfois incontrôlables, tantôt pestilentiels, quand ils n'étaient pas dangereux. De nos jours, les tas sont encadrés, sécurisés, et les équipes de nettoyages font le nécessaire pour rendre rapidement la chaussée praticable une fois l'événement terminé. 

Recycler les tas de moules de la braderie de Lille pour leur offrir une seconde vie 

Mais que deviennent ces tas de moules une fois la braderie terminée ? Sont-ils détruits, enfouis, incinérés ? Aucune de ces options, la bonne réponse se trouve du côté de leur recyclage opéré dans les Hauts-de-France. La start-up EtNISI a en effet développé un procédé innovant d'économie circulaire : elle récupère les déchets solides destinés à l'enfouissement et à l'incinération et les transforme en objets du quotidien, comme du carrelage, des bougeoirs, des vasques de salle de bain ou du mobilier pour l'extérieur. Ou encore de l'aménagement d'espaces, comme le Couvent de la Visitation à Roubaix. Et bingo, les moules de notre chère braderie lilloise s'avèrent être un matériau idéal à cela.  

Le fondateur d'EtNISI, Espérance Fenzy, est ingénieur généraliste de formation. Sa préoccupation pour la revalorisation des déchets commence alors qu'il est étudiant à l'école des hautes études d'ingénieurs - Junia (HEI) et se poursuit au début de sa carrière dans le BTP. Pendant 13 ans, il occupe des postes de conducteur de travaux et chef de projet en bâtiment,  spécialisé dans les sites pollués et les friches. Il est un temps intrapreneur chez l'entreprise de construction Rabot Dutilleul, et consolide son expertise dans le domaine des bétons hautes performances (caractérisés par une haute résistance à la compression et des propriétés exceptionnelles à l'état frais). Tout ceci confère au jeune homme une appétence pour le travail de la matière, ainsi qu'un goût prononcé pour l'entrepreneuriat. Espérance Fenzy prend aussi conscience de la quantité de déchets générés par le secteur du bâtiment, qui représentent les trois quarts de ce qui rentre en décharge. Révolté par le fait qu'on se débarrasse d'autant de matériaux totalement viables, et persuadé que beaucoup de déchets peuvent être considérés comme une ressource si l'on prend la peine de changer de paradigme, il ambitionne de les revaloriser : c'est ainsi qu'est née EtNISI. 

 

Coquilles de moules : comment redonner vie à nos déchets ? 

Le recyclage de moules passe par plusieurs étapes. Pour parvenir à ce process pérenne, consommer le moins d'énergie possible, et proposer du mobilier solide et composé à plus de 80 % de matériaux recyclés, l'entreprise est passée par 15 mois de recherche et développement.  

Tout d'abord, l'hygiénisation. La moule est purgée de toutes ses bactéries, l'objectif étant de la rendre inerte et qu'elle ne représente aucun risque sanitaire potentiel. Puis vient l'étape du broyage. La poudre obtenue est de nouveau nettoyée. Enfin, la phase d'assemblage. La matière obtenue est associée à d'autres composants pour obtenir une matière solide, notamment une bille de calcaire que l'on trouve dans la métropole lilloise.  

Le résultat : des objets du quotidien obtenus à partir d'une matière propre, selon les mots de son créateur. Côté clientèle, soit EtNISI fabrique des produits en fonction des géométries (dimensionnements) demandées par des entreprises industrielles. Soit le directeur artistique de l'entreprise, Emmanuel Denis, dessine des produits en fonction des besoins et des attentes du marché et des usages.  

Petite curiosité, la matière obtenue à partir des moules que l'on retrouve lors de la braderie de Lille, de la race de moules Blue Mussel (moule commune) a un aspect gris bleuté unique, grâce à un pigment bactériologique provenant de la coquille et propre à cette race de moules. " On récupère des moules de Bouchot sur un autre gisement en baie de Somme, la couleur obtenue n'est pas la même ", compare Espérance Fenzy, pour qui l'authenticité de la matière compte. 

 

Accompagner le changement de l'industrie 

" Bas carbone, beau et chargé de sens " : Depuis sa création en 2017, l'entreprise EtNISI n'a pas dérogé du mantra de son fondateur et privilégie la production en petite série avec une vision artistique. Fort de son expérience, l'entrepreneur affirme : " un déchet est avant tout un matériau qui a une histoire, et donc quelque chose à raconter ". Aucun doute qu'il continuera de suivre sa vision, d'y voir avant tout des ressources pour créer de nouveaux objets, et de favoriser la dynamique du recyclage de déchets. 

Cet article a été publié initialement sur Big Média EtNISI, la startup qui recycle les coquilles de moules de la Braderie de Lille en carrelage

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