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Les juges et les urnes

Au premier jour du procès en appel de l’affaire des assistants au Parlement européen, Mme Le Pen a donné l’impression de mettre un peu d’eau dans son vin, et a affirmé qu’elle n’avait pas « le sentiment d’avoir commis le moindre délit. » Trois juges vont pouvoir décider, à eux seuls, si les Français auront ou non le droit de glisser un bulletin Marine Le Pen dans l’urne en 2027. Depuis quand une élection présidentielle se joue-t-elle dans un prétoire plutôt que dans les urnes?


Marine Le Pen sera-t-elle interdite d’élection présidentielle ? C’est la Cour d’Appel qui en décidera. Et c’est grave. Trois magistrats auront une influence décisive sur l’élection présidentielle – donc sur l’avenir du pays.

Ils peuvent – et devraient – ramener l’inéligibilité de cinq à deux ans, ce qui leur permettrait de sauver la face de l’institution sans être accusés de se substituer aux électeurs. Mais il n’est pas sûr qu’ils auront cette sagesse.

Marine Le Pen risque d’être écartée d’une élection dont elle est la favorite pour un délit que la plupart des partis ont commis, en employant leurs assistants à d’autres tâches que celles du Parlement européen stricto sensu – ce qui devrait d’ailleurs être autorisé, cela s’appelle faire de la politique.

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D’accord, c’est un délit. Mais François Bayrou, poursuivi pour les mêmes pratiques a été relaxé car selon les juges il n’avait pas l’intention de commettre un délit. Justement, Marine Le Pen reconnaît désormais avoir fait une faute mais affirme qu’elle n’en avait pas conscience. Comme Bayrou. Elle pourrait donc être relaxée comme lui, à moins que les juges estiment qu’en tant que Le Pen elle doit avoir un traitement spécial.

Les juges ne font qu’appliquer la loi, observent beaucoup d’éditorialistes. Mais appliquer, c’est interpréter. Cependant, ce sont bien les politiques qui ont renoncé à leur pouvoir en faisant voter une peine d’inéligibilité quasi-automatique pour les délits d’atteinte à la probité. Par pure démagogie ! C’est tellement gratifiant de flatter l’opinion sur le thème: ce sont des voleurs, mais nous nous sommes honnêtes, nous sommes blanc comme neige… D’ailleurs, en 2017, Marine Le Pen n’a pas voté contre la mal-nommée loi de confiance dans la vie politique, elle s’est abstenue, creusant inconsciemment sa tombe politique.

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Les juges (ou certains juges, mais souvent ceux qui incarnent l’institution) n’avaient pas attendu cette loi pour jouer les justiciers. On dirait depuis longtemps qu’ils n’ont plus comme mission de sanctionner les fauteurs de troubles ou trancher les conflits mais de purifier la démocratie. En pleine campagne électorale, ils n’avaient pas hésité à poursuivre François Fillon pour un délit à l’époque très courant à l’Assemblée nationale. Résultat, on ne saura jamais qui les Français auraient choisi sans ce coup de pression en 2017.

L’inéligibilité est contraire au principe cardinal de la démocratie. C’est aux Français de choisir leurs dirigeants et de décider les entorses qu’ils tolèrent ou non. Ils ont souvent réélu des maires ex-condamnés ayant purgé leur peine. Cela signifie qu’ils ne veulent pas de gens qui s’enrichissent à leurs dépens, certes, mais qu’ils savent que les Monsieur Propre, dans la vie, ça n’existe pas. Et surtout, qu’ils ne veulent pas être gouvernés par des juges qu’ils n’ont pas élus.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

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