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Malentendus et quiproquos

Terroriste ou résistant ? Antisémite ou antisioniste ? Nous employons tous les mêmes mots mais ils n’ont pas toujours le même sens. Nous n’avons pas le même récit, les mêmes héros, les mêmes valeurs. Le séparatisme est aussi dans la langue.


Il y a beaucoup de malentendus chez nous autres Occidentaux. Nous péchons trop souvent par occidentalo-morphisme. Nous prêtons aux populations du tiers-monde des sentiments, des idéaux, des aspirations qui sont ceux du monde libre mais qui ne font pas rêver grand monde de l’autre côté de la planète. Les islamistes succèdent aux dictateurs après les printemps arabes. L’URSS tombe et les masses russes nostalgiques d’une l’époque où l’empire écrasait, annexait, soumettait ses voisins élisent un petit caporal du KGB aux pratiques mafieuses. Ailleurs, la liberté qui devait sauver le monde effraye ou indiffère, et nous allons de déceptions en désillusions.

Revenus des échecs répétés à exporter la démocratie, conscients que l’idéalisme néo-conservateur est une utopie dangereuse, c’est à présent chez nous que nous sommes déçus. Après avoir laissé entrer des millions de musulmans à qui nous avons donné des papiers et offert le monde libre, nous constatons, amers et inquiets, qu’une partie d’entre eux crache dessus. Dans les années 1980, les vieilles femmes arabes intégralement voilées de blanc que l’on croisait à la Goutte d’or nous semblaient être une espèce en voie de disparition. Le vent de notre liberté envolait les voiles des jeunes générations de maghrébines échevelées et délurées. À présent, le quartier serait hanté par des fantômes de femmes dans l’uniforme de l’ennemi si on laissait faire.

Des Français arabes avec cuir et banane faisaient du rock’n’roll. Les Costards chantaient : « Pour me remplir les poches, je m’envoie des vieilles pleines d’artiche, et plus elles sont moches, et plus je deviens riche. » Carte de séjour reprenait « Douce France, cher pays de mon enfance. »

Aujourd’hui, c’est Nique la France à tous les étages. Quelque chose a changé. Entre la France et ces néo-Français, il y a comme un malentendu.

Il y a aussi quelques quiproquos dans le débat public. Nous utilisons les mêmes mots que nos adversaires politiques mais ils n’ont pas toujours le même sens.

Nous nous insurgeons lorsque l’islamo-gauchiste appelle « résistant » un membre du Hamas.

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Pour nous, un résistant, c’est un Français qui est parti à Londres continuer le combat quand la France chantait Maréchal nous voilà.

Un résistant, c’est aussi celui qui fait sauter les rails d’une voie de chemin de fer pour stopper un train qui emporte des soldats, des tableaux de maîtres vers l’Allemagne, ou même, quand il reste de la dynamite, un convoi de familles juives en partance pour l’extermination.

Un résistant, c’est même celui qui s’est planqué dans le maquis pour échapper au STO et en est redescendu après la bataille pour tondre celles qui s’étaient données au vainqueur.

Mais dans notre langue, jamais le résistant ne prend en otages des civils, ne viole des femmes ou ne tue des enfants, et inversement.

Dans le monde islamique, la résistance c’est autre chose. N’est-ce pas par le viol, le meurtre et le rapt de civils, depuis l’Hégire, la conquête ottomane, les barbaresques, le FLN algérien, les mouvements de libération de la Palestine, et aujourd’hui le djihadisme, que l’Islam résiste à l’existence offensante d’autres religions, d’autres peuples, d’autres pensées, d’autres mœurs, d’autres façons d’être femme et à toutes les façons d’être homosexuel ?

Aussi, lorsque l’islamo-gauchiste tient à reconnaître au Hamas aujourd’hui comme à l’OLP hier, qui n’avait pas attendu les Frères musulmans pour poser des bombes réglées sur l’heure de la sortie devant les écoles ou pour attaquer des athlètes dans un village olympique ; lorsque le LFiste voit des résistants chez ceux qui se planquent derrière leurs femmes et leurs enfants pour lancer des roquettes sur des villages israéliens, même si nous avons du mal à lui donner raison, nous devons reconnaître qu’il a ses raisons. Et manifestement, il n’est pas question pour lui d’accepter que l’on réduise le terme « résistant » à sa seule acception occidentale et judéo-chrétienne.

Sur l’antisémitisme et l’antisionisme, là encore, il y a malentendu. Nous disons à l’islamo-gauchiste, au bord de l’intelligence avec l’ennemi, que l’antisionisme est le nouveau nom de l’antisémitisme et il s’en indigne. Il défend son droit d’être antisioniste sans être antisémite, enfin celui chez qui le gauchisme est la conviction et l’islamisme l’opportunité car les choses sont moins claires chez celui pour qui c’est l’inverse. Il faut le comprendre. Le sioniste est le Juif souverain, celui qui relève la tête, hisse un drapeau, chante un hymne, défend ses frontières, prend les armes et rend les coups. Le juif qui, s’il voulait contrarier un gauchiste ne s’y prendrait pas autrement.

En revanche, il n’a rien contre le juif sans frontières, donc sans défense. Celui d’avant, qui rasait les murs dans les ghettos, à la merci des pogroms. Il n’a aucun problème avec le capitaine Dreyfus ou avec Anne Frank. En poussant un peu on pourrait dire que pour l’islamo-gauchiste, un bon juif est un juif persécuté ou un juif mort.

Et puis il a de très bons amis juifs parmi lesquels il compte Daniel Schneiderman ou Rony Brauman, alors l’accuser d’antisémitisme, on n’est pas loin du complot juif, enfin sioniste.

Il aime les juifs apatrides, dhimmis, dilués ou dispersés parmi les nations, pas souverains. Stefan Zweig et Marc Chagall, oui. Ariel Sharon et Benyamin Netanyahu, non.

Il n’est donc pas antisémite, il est antisioniste, dans le cadre de la définition : l’antisionisme, c’est le droit des peuples à disposer de leurs juifs.

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