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Euthanasie: Nietzsche ou Jésus!

Coup de théâtre: les sénateurs ont rejeté l’instauration de toute forme d’aide à mourir lors des débats sur la fin de vie, mercredi 21 janvier. Dominée par la droite de M. Retailleau, la chambre haute a écarté cette réforme “sociétale” majeure.


À la surprise générale, dans la nuit du 21 au 22 janvier, le Sénat a rejeté le principe du droit au suicide assisté et à l’euthanasie. Il l’a remplacé par « le droit » de toute personne « au meilleur soulagement possible de la douleur et de la souffrance ». Ce droit est garanti jusqu’au décès de la personne, « sans qu’aucune intervention volontaire ait pour intention de provoquer la mort ou d’aider à mourir. » Le Sénat réaffirme ainsi le droit aux soins palliatifs, « même lorsque ces moyens sont susceptibles d’altérer la conscience ou de raccourcir la vie, dès lors qu’ils ont pour finalité exclusive le soulagement de la souffrance. » (article 2).

Il s’est donc trouvé une majorité de sénateurs pour rejeter le texte adopté précédemment en commission, et qui prévoyait de permettre la mort volontaire dans les derniers jours de la vie, comme un prolongement des soins palliatifs ou de la sédation. Pour les uns, plutôt à gauche, ce texte n’allait pas assez loin dans la reconnaissance du droit à la mort, tandis que pour les autres il était inacceptable, car « mettant le pied dans la porte » en brisant l’interdit de tuer.

Pied dans la porte

La stratégie du « pied dans la porte », refusée par le Sénat, est bien une réalité. Elle est assumée, depuis des décennies par les promoteurs de l’euthanasie de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), et elle est aussi vérifiée dans les pays qui l’ont légalisée. Tous ont élargi les conditions d’accès à la mort « volontaire », pour porter sur les personnes atteintes de souffrances psychiques et sur les mineurs. Plusieurs de ces pays, corrélativement, ont réduit leurs investissements dans les soins palliatifs. Aujourd’hui, 5% des décès au Canada sont provoqués par injection létale, et la proportion augmente chaque année.

Dans l’impossibilité de trouver un compromis entre la vie et la mort, le Sénat s’est « replié » sur le terrain consensuel des soins palliatifs. Des soins dont la France manque cruellement. Seulement 50% des besoins sont satisfaits actuellement, avec 7500 lits, et ces besoins vont croître avec le vieillissement de la population. L’Etat n’alloue que 1,6 milliard d’euros par an à ce besoin essentiel ; et l’augmentation prévue d’un milliard dans les 10 prochaines années est loin de suffire.

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Le Sénat a aussi reconnu la liberté des établissements, notamment confessionnels, de ne pas pratiquer l’euthanasie et le suicide. Il a également supprimé le « délit d’entrave » qui condamnait à deux ans de prison et 30000 euros d’amende toute personne essayant de prévenir ou d’empêcher l’euthanasie ou le suicide d’un tiers, même d’un proche.

Le Sénat se prononcera sur l’ensemble du texte le 28 janvier. S’il l’adopte ainsi modifié, il enverra son texte à l’Assemblée qui devra alors travailler à partir de lui. S’il le rejette en revanche, l’Assemblée se ressaisira alors de son propre texte adopté en mai dernier. Ce texte était terrible : il permettait l’euthanasie et le suicide sur décision d’un seul médecin, à la demande orale d’un patient, en trois jours, sans que les proches soient informés et puissent agir en justice. Le tout pouvant être pratiqué sur une personne dont la maladie n’est pas même en phase terminale. Quant au contrôle, il ne devait être exercé qu’après la mort, celle-ci pouvant être infligée par le même médecin qui a décidé de la mort. Tant les conditions d’accès à la mort, que la procédure d’exécution de la décision et son contrôle ont été conçus pour faciliter la mort. Les portes de la mort seraient grandes ouvertes, pour garantir une prétendue « liberté ».

Agonie politique

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que l’objectif principal des promoteurs de l’euthanasie n’est pas tant de soulager la souffrance que de changer notre rapport à la mort, et donc à la vie. Il s’agit de faire de la mort une liberté, d’étendre la puissance individuelle sur sa propre existence. C’est ce pouvoir de l’homme sur lui-même – en particulier par le suicide – qui serait l’expression suprême de sa dignité. Pour Odette Thibault, fondatrice de l’ADMD, le suicide « est le seul moyen de mourir… vivant », c’est « la suprême autonomie, celle qui définit l’être humain… avant qu’on ne la perde tout à fait. » De même, pour Henri Caillavet, ancien président de l’ADMD et sénateur, « le suicide conscient est l’acte unique authentique de la liberté de l’homme ». Pendant les débats cette semaine, le sénateur communiste Pierre Ouzoulias a lui aussi proclamé : « La mort volontaire, c’était l’expression du libre arbitre absolu avec une phrase: ‘‘Dieu ne prévaudra!’’».

De cette conception de l’homme, il résulte que perdre son autonomie est une déchéance. Pour Pour Odette Thibault, « Prolonger cette déchéance est, à mon avis, une des plus graves atteintes qu’on puisse porter à la dignité humaine ».

Est-ce cette conception de la « dignité » que nous voulons voir triompher en France ? Une conception nietzschéenne ? Ou est-ce la dignité qui transparaît dans le soin affectueux porté aux malades, jusqu’à leurs morts, par les soins palliatifs, dans la grande tradition de la charité chrétienne ? En fait, avec l’euthanasie, nous avons le choix entre Nietzsche ou Jésus.

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