Le "porte-avions spatial" chinois, arme du futur ou outil de propagande ?
Les images semblent droit sorties d'un film de la saga Star Wars ou d'un ancien épisode de Star Trek. La télévision d'Etat chinoise CCTV vient de diffuser une vidéo figurant en 3D le Luanniao, un gigantesque porte-avions capable d'évoluer aux limites de la haute atmosphère et dont la mise en service se ferait d'ici vingt à trente ans. Cette sorte d'aile volante pourrait notamment transporter 88 chasseurs Xuan Nu, des avions furtifs que l'on voit jaillir de ses entrailles dans la vidéo, et pourrait tirer des missiles hypersoniques. Les caractéristiques de ce "porte-avions spatial", le premier du genre, donnent le vertige : 242 mètres de long, 684 mètres de large, et un poids au décollage de 120 000 tonnes. Selon l'expert en défense Peter Layton, de l'Australia’s Griffith Asia Institute, interrogé par The Telegraph, un tel appareil surclasserait toute concurrence "en évoluant en grande partie à l’abri des conditions météorologiques et de la plupart des systèmes de défense". Il permettrait en outre à Pékin de se positionner directement au-dessus de ses cibles pour lancer des frappes. Un message qui ne doit pas laisser Taïwan insensible.
De nombreux écueils à surmonter
Mais est-il pour autant réalisable ? Des experts pointent les nombreux écueils devant être surmontés, tels que l'alimentation électrique, le refroidissement, la protection des débris spatiaux, et tout particulièrement la propulsion. Selon Peter Layton, un tel appareil requerra "d'énormes quantités de combustible" ainsi qu'un moyen de propulsion qui reste à définir. La Chine planche depuis plus d'une décennie sur une fusée réutilisable, du genre de celles mises au point par SpaceX, mais sans résultat concret jusqu'à présent.
Le projet du Luanniao s'inscrit dans dans un programme militaire chinois plus vaste, nommé Nantianmen ("Porte céleste du Sud"), qui inclut tout un arsenal aérien futuriste, dont le vol hypersonique, la furtivité, la coordination autonome d’essaims de drones, l’IA, les armes à énergie dirigée et les opérations espace-atmosphère. Son application la plus concrète est le Baidi, un avion de chasse qui serait susceptible d’opérer aux limites de l’espace et dont une maquette a été présentée au Salon international de l’aéronautique et de l’espace de Chine en 2024.
"Piège psychologique"
L'annonce du projet vise surtout à marquer les esprits, chinois, dans un premier temps, mais également américains. Donald Trump n'a-t-il pas annoncé dès son retour au pouvoir en janvier 2025 un programme tout aussi utopique ? Inspiré du "bouclier de fer" israélien, le "Dome d'or" serait un bouclier anti-missiles visant à protéger le territoire américain de toutes les menaces venues du ciel. A propos des projets chinois, le journaliste spécialisé Brandon J. Weichert parlait en septembre dans The National Interest d'une "campagne de propagande" destinée à rendre les pays occidentaux fébriles.
"Les Etats-Unis ne doivent pas sous-estimer la menace high-tech que représente la Chine, écrivait-il. Mais ils ne doivent pas non plus tomber dans le piège psychologique tendu par la Chine, qui vise à les faire tomber de la même manière que l'Initiative de défense stratégique (IDS) du président Ronald Reagan a fait tomber l'Union soviétique, en forçant la superpuissance à négliger le progrès économique et à risquer l'implosion dans la poursuite d'une prouesse technologique de pointe qui n'aura finalement qu'une valeur militaire marginale." En dévoilant ces images, Pékin actionne donc un levier non négligeable : jouer sur la vanité du dirigeant américain, Donald Trump, pour l'obliger à renchérir. Et tomber dans le piège.