World News in French

Dans un village sénégalais, le surf pour inciter les filles à retourner à l'école

Vingt-trois filles de 7 à 17 ans et qui vivent près de l'océan - parmi lesquelles 17 n'étaient pas scolarisées - ont participé à cette première édition du programme "Surf Academy", d'octobre à janvier, et qui impose aux participantes de suivre des cours.

Originaires de la petite communauté de Xataxely, un village de pêcheurs aux rues étroites dans le quartier de Ngor dans la capitale sénégalaise, la plupart de ces jeunes filles avaient été déscolarisées à un jeune âge, ou n'avaient même jamais été à l'école.

Ce village est un des fiefs des Lébous, un peuple de pêcheurs qui entretient des liens étroits avec l'océan, vivant dans la région de Dakar. Ces filles ont toutes grandi face à la mythique "droite de Ngor", une vague prisée des surfeurs du monde entier.

Le programme Surf Academy est une initiative de l'organisme américain "Black Girls Surf", qui souhaite permettre à plus de femmes noires de pratiquer le surf, sport largement dominé par des hommes, souvent blancs.
Estime de soi
Codirigé par la première surfeuse professionnelle du Sénégal, Khadjou Sambe, ce programme de quatre mois incite non seulement les filles à reprendre leurs études, mais aussi à développer leur estime de soi.

Dans le cadre de ce programme, Seynabou Tall, a bénéficié gratuitement de leçons de surf, et de cours du soir cinq jours par semaine pour rattraper ses lacunes scolaires.

Les cours de surf se sont terminés fin janvier, mais le programme scolaire se poursuivra jusqu'en juillet.

Comme de nombreux Lébous, le père de Seynabou est un plongeur, qui pêche des poissons devenus de plus en plus rares à cause de la surpêche de chalutiers étrangers dans les eaux sénégalaises.

Après qu'elle ait quitté l'école, Seynabou était "restée à la maison" seulement, témoigne auprès de l'AFP sa mère, Marième Wade, 43 ans. Elle qui n'a pu aller qu'à l'école primaire a conseillé à sa fille de "continuer le surf", espérant que ça lui ouvrirait "peut-être des portes".

"Nous n'avons pas les moyens de payer ses études...", confie Marième depuis la cour familiale où de jeunes enfants jouent.

Selon l'Institut international de l'Unesco pour le renforcement des capacités en Afrique, le taux d'achèvement du cycle primaire au Sénégal n'était que de 60% pour les filles et de 55% pour les garçons en 2022.

La plupart des filles de l'académie débutent le surf: "je n'avais jamais surfé avant ce programme", raconte Seynabou.

Plus qu'un enseignement académique, l'académie offre un "programme de développement personnel", explique à l'AFP Rhonda Harper, fondatrice et directrice de "Black Girl Surf".

Soukeye Ndoye, 16 ans, qui entraîne à son tour des filles, se félicite "d'occuper une place importante qu'(elle) ne croyait pouvoir assumer un jour".

"Au début, je savais rien du surf... je tombais toujours et me blessais souvent. Mais maintenant, j'y vais seule et j'ai de bon appuis".

- "Ma passion"

Elle a aussi vaincu la réticence de ses parents, qui espèrent qu'elle pourra évoluer professionnellement dans ce sport. "Le surf a changé beaucoup de choses dans ma vie. Ça me permet d'oublier les problèmes familiaux... J'oublie tout dès que j'entre dans l'eau", lance Soukeye.

"Quand je suis dans l'eau, c'est comme si j'étais un dauphin. J'oublie tous les problèmes et je me concentre sur la mer...", renchérit Khady Mbemgue, 17 ans, qui est également coach et a déjà participé à plusieurs compétitions. Elle espère voyager à l'étranger et gagner un jour sa vie avec ce sport.

"Au début, mes parents disaient que le surf est un sport pour les hommes... Mais ils ont finalement compris que c'est ma passion", lance-t-elle.

Khadjou Sambe, 30 ans, qui a grandi à quelques mètres de l'océan, commencera bientôt l'entraînement avec l'espoir de participer aux Jeux Olympiques qui auront lieu à Los Angeles en 2028.

Enfant, ses parents lui interdisaient d'aller surfer, un sport qu'ils considéraient réservé aux hommes. Pour retrouver les vagues, Khadjou Sambe raconte qu'elle devait faire le mur, ou quitter la maison en habits de tous les jours pour qu'on ne devine pas qu'elle allait à la plage...

Mais la tendance change, note-t-elle.

Plusieurs filles qui ont suivi des cours avec Black Girls Surf ces dernières années rejoignent désormais les compétitions nationales.

Parmi les femmes de la communauté de Xataxely, le surf pourrait bien enfin devenir populaire.

Читайте на сайте