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Affaire Epstein : ces liens troubles entre le prédateur sexuel et les campus américains

Derrière les façades de brique rouge des universités américaines les plus prestigieuses, une question embarrassante refait surface : certaines recherches ont-elles été financées, directement ou indirectement, par l’argent de Jeffrey Epstein ? Mort en 2019 dans sa cellule alors qu’il était détenu pour trafic sexuel, le financier continue de hanter le monde académique. La publication récente de nouveaux documents par le ministère américain de la Justice ravive les interrogations sur l’étendue de ses liens avec plusieurs campus, note le quotidien américain le The New York Times (NYT).

Harvard, le MIT, Stanford, Bard College, Columbia… Au fil des années, Jeffrey Epstein a donné de l’argent – ou laissé miroiter des dons substantiels – à des chercheurs et à des institutions. Des universitaires dont les noms figurent aujourd’hui dans les dossiers affirment s’être tournés vers lui uniquement pour financer leurs travaux, y compris après sa condamnation en 2008 pour sollicitation de prostitution d’une mineure. Ils assurent n’avoir recherché qu’un soutien économique, dans un environnement où la levée de fonds est devenue une nécessité structurelle.

Aux États-Unis, la philanthropie privée est l’un des piliers du financement de l’enseignement supérieur. Le New York Times rappelle que les universités américaines cumulent plus de 927 milliards de dollars de dotations. Pourtant, même les établissements les plus riches restent en quête permanente de nouveaux fonds. "Certains présidents consacrent jusqu’à un quart de leur temps à la collecte de dons", souligne le quotidien outre-Atlantique. Dans ce système, chercheurs et administrateurs multiplient les contacts avec des mécènes potentiels. Une brèche dans laquelle Jeffrey Epstein s’est engouffré.

"Lever des fonds pour Bard"

Aujourd'hui, plusieurs dirigeant essaient de minimiser les dégâts. "Comme je le dis depuis des années, toute interaction avec Jeffrey Epstein n’avait qu’un seul but : lever des fonds pour Bard", s'est défendu le président de l’université, Leon Botstein. Sauf que comme le rappelle un autre article du New York Times, leur relation dépassait le cadre universitaire. Les récents documents dévoilés montrent que le président de Bard avait conclu un courriel de 2013 adressé au délinquant sexuel par "Tu me manques" et prévu un voyage sur l'île de Jeffrey Epstein en 2012, révélation faite par le Times Union, un journal américain local.

De son côté, Nicholas Christakis, professeur à Yale, a expliqué au New York Times n’avoir rencontré Jeffrey Epstein qu’une seule fois "dans le cadre d’une levée de fonds pour [son] laboratoire", précisant que celui-ci n’avait jamais reçu de financement de sa part. "Comme tout chercheur, je suis responsable du financement de mon laboratoire", a-t-il martelé.

"Un des plus grands soutiens des scientifiques"

Reste une question centrale : qu’y gagnait Jeffrey Epstein ? Le prestige des institutions fréquentées lui offrait une forme de respectabilité. Selon un rapport publié par Harvard en 2020, consulté par le NYT, certaines demandes du financier "semblaient s’inscrire dans une démarche plus vaste de réhabilitation" de son image. L’université y soulignait également que le site de la fondation d’Epstein avait surestimé ses dons de plusieurs dizaines de millions de dollars. D’après Le Monde, le prédateur sexuel aurait versé 7,5 millions de dollars à Harvard à partir des années 1990 ; en 2014, le site de l’université le présentait encore comme "l’un des plus grands soutiens des scientifiques".

Dans de nombreux cas, ses échanges semblent avoir été réalisés directement avec des professeurs, parfois à l’insu des services chargés de la collecte de fonds. À quelques exceptions près, dont Leon Botstein ou Lawrence H. Summers, alors président de Harvard, les contacts d’Epstein se situaient à des échelons intermédiaires, ses promesses n’étant pas toujours jugées suffisantes pour mobiliser les plus hauts dirigeants. Face aux répercussions, plusieurs établissements cherchent à prendre leurs distances. Certaines pages en ligne et certains emplois du temps ont été supprimés, des enquêtes internes ouvertes. Harvard a rendu publiques ses investigations sur les liens entre ses donateurs et Epstein.

D’autres universités ont choisi de couper court, reversant leurs contributions et condamnant publiquement ses crimes. En 2020, l’université d’État de l’Ohio annonçait ainsi qu’elle restituerait l’intégralité des fonds reçus de Jeffrey Epstein à une initiative de lutte contre le trafic d’êtres humains. Une manière d’éteindre l’incendie. Sauve qui peut.

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