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Le compositeur hongrois György Kurtag fête ses 100 ans avec un nouvel opéra

Celui qui confiait dans une rare interview à un hebdomadaire hongrois en 2017 que le travail de composition pouvait s'avérer "pénible" se déplace désormais en fauteuil roulant. Mais il n'a rien perdu de sa vivacité d'esprit ni de sa passion pour la musique, selon son entourage.

"Il n'entend plus très bien. Mais en contrepartie, il ressent encore davantage, il perçoit encore plus le monde et la musique", s'émerveille Andras Keller, chef d'orchestre et directeur de Concerto Budapest, lors d'une répétition début février du nouvel opéra en un acte de Kurtag, Die Stechardin. Celui-ci conte l'histoire d'amour entre une marchande de fleurs, Maria Dorothea Stechard, et le philosophe et physicien allemand Georg Christoph Lichtenberg au XVIIIe siècle.

Après la mort en 2019 de la pianiste Marta Kurtag, son épouse depuis 1947 et interprète clé de son oeuvre, certains ont craint pour lui, explique Laszló Göz, tromboniste et directeur du Budapest Music Center où réside désormais György Kurtag.

Mais il s'est remis à composer, "écrivant des pièces de plus en plus vastes et complexes; il a repris l'enseignement, et aujourd'hui, à 99 ans, il a écrit son deuxième opéra, qui est une sorte de message à Marta", ajoute M. Göz.

Né le 19 février 1926 à Lugoj en Roumanie, Kurtag, magyarophone, s'est illustré par ses compositions de forme brève et fragmentée, et son goût pour les mélodies populaires.
"Maître des formes miniatures"
Il a commencé à apprendre le piano enfant, et étudié à Timisoara, toujours en Roumanie, avant de rejoindre Budapest après la guerre, où il est admis à l'Académie Franz-Liszt (Zeneakadémia) en 1946. Il y suit des cours de piano - notamment avec Pal Kadosa -, de composition - avec Sandor Veress et Ferenc Farkas- et de musique de chambre - avec Leo Weiner.

Diplômé en piano et musique de chambre en 1951, puis en composition, il reçoit rapidement des distinctions nationales, avant un séjour déterminant à Paris en 1957-1958, où il travaille avec Marianne Stein et fréquente les classes de Darius Milhaud et Olivier Messiaen.

De retour en Hongrie, il est répétiteur de la Société philharmonique de Budapest à partir de 1960, puis enseigne à la Zeneakadémia le piano et la musique de chambre. Parmi ses élèves figurent plusieurs interprètes devenus incontournables, dont Andras Schiff et Zoltan Kocsis.

Héritier d'un autre Hongrois, Bela Bartok, proche par certains aspects de l'austérité et de la tension de l'Autrichien Anton Webern, il a fait de la miniature un territoire majeur, notamment avec la série Jatekok (Jeux) pour piano, à la fois laboratoire, carnet intime et matériau pédagogique.

Son univers est aussi profondément littéraire: il met en musique poètes et écrivains (Janos Pilinszky, Jozsef Attila, Franz Kafka, Samuel Beckett...), et devient célèbre à l'international avec des oeuvres vocales et chambristes, dont Les messages de feu la demoiselle R. V. Troussova, créés en 1981.

Installé près de Bordeaux, en France, à partir de 1993, il revient en Hongrie en 2015.

Pour Gergely Fazeakas, historien de la musique, "la musique de Kurtag rayonne d'intensité, même dans ses moments les plus silencieux et raffinés".

"György Kurtag est souvent qualifié de maître des formes miniatures. Il est vrai que nombre de ses pièces ne saisissent que quelques minutes, voire moins, d'un fragment d'éternité", dit-il encore à l'AFP lors d'une cérémonie début février à l'Académie Liszt, où Kurtag a reçu un doctorat honorifique avant de diriger une répétition publique de Die Stechardin.

Pour rendre hommage au centenaire, qui a un fils également compositeur, György Kurtag Jr., Budapest accueille une série de célébrations — concerts, projection de documentaires, création audiovisuelle — qui entendent dessiner le portrait d'un artiste dont l'oeuvre exigeante a marqué la musique européenne des dernières décennies.

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