IA : entre Anthropic et le Pentagone, le bras de fer vire à l'ultimatum
La tension qui couve depuis plusieurs semaines entre Anthropic et l'administration américaine est montée d'un cran. A l'issue d'une réunion ce mardi 24 février entre le PDG de la société Dario Amodei et le secrétaire à la Défense américain Pete Hegseth, ce dernier a donné jusqu'à vendredi à la firme pour se plier aux desiderata du Pentagone. A savoir : la levée de ses restrictions quant à l'utilisation par l'armée de son IA Claude, qu'Anthropic entend exclure de deux domaines, la surveillance des masses d'une part et le développement d'armes autonomes d'autre part.
Des réserves inacceptables pour Pete Hegseth. Faute d'accord, le ministre américain menace d'annuler le contrat passé avec Anthropic à l'été 2025, pour un montant de 200 millions de dollars, ou encore de recourir au Defense Production Act, une loi de 1950 édictée dans le contexte de la guerre de Corée qui autorise le gouvernement à prendre le contrôle de sociétés au nom de la sécurité du pays. La loi a notamment été utilisée lors de l'épidémie de Covid, mais son recours manquerait ici de bases légales, selon des juristes. "Je ne suis pas sûr que cet aspect de la DPA ait jamais été utilisé de cette manière", a déclaré au Washington Post Jerry McGinn, directeur du Centre d'études stratégiques et internationales pour les questions relatives à la base industrielle.
Divergence idéologique
Dans un monde de la tech qui a largement prêté allégeance à Donald Trump, à l'image d'Elon Musk (xAI) ou de Sam Altman (Open IA), Anthropic fait figure d'exception. Fondée en 2021 par des anciens d'Open AI, la firme défend une vision de l'IA plus humaniste que celle de ses concurrents. Avec le Pentagone, les désaccords n'ont été qu'en s'accentuant. Alors que Pete Hegseth énonçait en septembre, via un mémo, "Fini l’idéalisme utopique, place au réalisme froid", et plaidait pour la levée des "contraintes juridiques pouvant limiter des usages militaires légaux", Dario Amodei a répondu par un essai, The Adolescence of Technology (non traduit), paru le 26 janvier. Il défend la mise en place de "limites à l’usage autorisé de [l'IA] par nos gouvernements" et assimile "la surveillance intérieure", "la propagande de masse" et "les armes autonomes" à de possibles "crimes contre l’humanité". Dario Amodei avait également qualifié Donald Trump de "seigneur de guerre féodal" dans un message Facebook au cours de la dernière campagne présidentielle, et appelé à voter pour Kamala Harris.
L'attitude d'Anthropic agace d'autant plus le Pentagone que Claude est à ce jour la seule IA habilitée à être utilisée pour les opérations classifiées. Mais la firme d'Elon Musk pourrait profiter de la situation, xAi étant sur le point d'être également habilité à intervenir dans ces domaines, avec son controversé outil Grok, selon le Wall Street Journal. Reste que la position de Dario Amodei n'a jusqu'à présent pas heurté le business plan de sa société, bien au contraire : la valorisation de cette dernière atteint 350 milliards de dollars, en attendant son introduction en Bourse courant 2026.