Pour Stellan Skarsgard, le cinéma c'est comme de la gastronomie
"Dans la cuisine, vous avez quelque chose appelé +slow food+, ce qui est très bon", explique à l'AFP l'acteur suédois, en référence au concept de "slow food" (restauration lente) créé dans les années 80 pour s'opposer au "fast food".
"Et si les films étaient diffusés lentement pour leur laisser le temps de grandir naturellement, parce que les gens les apprécient ?", suggère Stellan Skarsgard, 74 ans, en lice pour son premier Oscar, dans la catégorie du meilleur second rôle, pour son interprétation d'un père cinéaste en froid avec sa fille dans "Valeur sentimentale".
Car même si l'on peut préparer un délicieux repas à la maison, les plus mémorables restent ceux pour lesquels on sort de chez soi, peut-on comparer.
"Valeur sentimentale" "n'a pas encore commencé à être diffusé en streaming, il a eu une longue vie en salles et il continue de grandir, il grandit, il grandit", constate l'artiste scandinave.
"Il grandit grâce au bouche-à-oreille, et c'est parce que les gens l'ont vu, aimé et ont pensé que c'était un bon film. Il ne grandit pas parce qu'une agence de publicité vous dit d'aller le voir. Et c'est comme ça que je veux que ce soit", ajoute le prolifique acteur, qui compte plus de 150 rôles au long de près de six décennies de carrière.
"Tout pareil partout"
Sous la direction du Norvégien Joachim Trier ("Julie (en 12 chapitres)"), il incarne Gustav Borg, un metteur en scène fictif qui entretient une relation tendue avec sa fille actrice, interprétée par la Norvégienne Renate Reinsve, nommée aux Oscars dans la catégorie de la meilleure actrice.
Lui-même père de huit enfants - dont six sont des acteurs, y compris Alexander Skarsgard ("The Moment") -, Stellan Skarsgard plaisante sur le fait que sa vie personnelle a été une bonne préparation pour jouer l'égocentrique Gustav Borg.
Le rôle lui a déjà valu d'être élu en janvier meilleur second rôle masculin aux Golden Globes.
Mais il préfère détourner l'attention de lui-même pour la porter sur l'industrie du cinéma qui le fait vivre depuis plus d'un demi-siècle, à un moment de bouleversements à Hollywood, où Netflix et Paramount Skydance se disputent la propriété de Warner Bros Discovery, tandis que les plateformes de streaming continuent de monter en puissance.
"Tout devient pareil partout dans le monde. On est la propriété des mêmes personnes, déplore-t-il. C'est une menace pour la diversité de toute forme d'art."
Ce dont le cinéma a besoin, défend-il, c'est que les gens continuent à regarder les films sur grand écran, qu'ils soient produits par des personnes ayant des perspectives différentes et des créatifs venus de tous horizons.
Internationalisation
"Je pense que ("Valeur sentimentale") est un bon exemple de ce que vous pouvez faire au cinéma, reprend-il. Il faut considérer le cinéma comme un bien culturel, d'une manière qui est bénéfique pour la société."
Cette édition des Oscars présente une sélection internationale particulièrement solide, "Valeur sentimentale" et "L'agent secret", avec Wagner Moura, étant sélectionnés à la fois pour le prix du meilleur film et du meilleur film international.
L'internationalisation du prix le plus prestigieux d'Hollywood est une évolution bienvenue pour contribuer à préserver la diversité, au goût de Stellan Skarsgard.
"Les membres de l'Académie (des Oscars) viennent désormais bien davantage du monde entier", remarque-t-il.
"Ce n'est plus aussi local qu'avant", ajoute-t-il, en soulignant avoir vu l'industrie grandement changer au cours de sa carrière, pour regarder bien au-delà des limites du marché américain.
"Valeur sentimentale" a remporté le Grand Prix du Festival de Cannes, été désigné meilleur film en langue non-anglaise aux Bafta et obtenu plusieurs récompenses aux Prix du cinéma européen.
Le film a aussi collecté neuf nominations aux Oscars, dont la cérémonie se déroulera le 15 mars.