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Les vampires de "Sinners" ont été inspirés par les animaux, selon le maquilleur nommé aux Oscars

L'Américain compte parmi les 16 nominations récolté par ce film de Ryan Coogler, un record absolu dans l'histoire des Oscars.

"J'ai étudié beaucoup de photos de référence d'animaux réels et de véritables blessures, en essayant de comprendre comment faire en sorte que toutes ces choses fantastiques, comme les yeux qui brillent et les crocs, semblent vraiment exister", a confié Fontaine à l'AFP. "Nous avions une quantité énorme de travail à abattre, et il a fallu une équipe immense."

"Tout devait être très réaliste", insiste l'artiste, nommé avec ses collègues, le maquilleur Ken Diaz et la coiffeuse Shunika Terry.

A la fois film d'époque, d'horreur et comédie musicale, "Sinners" est un projet audacieux qui a remporté un franc succès au box-office.

Enraciné dans l'Amérique ségrégationniste et prohibitionniste des années 1930, il suit les aventures de deux jumeaux mafieux, interprétés par Michael B. Jordan - nommé pour l'Oscar du meilleur acteur.

Ce duo de malfrats, habitué à flirter avec la pègre de Chicago, rentre dans son Mississippi natal avec un projet lucratif en tête: ouvrir un bar clandestin et y faire jouer du blues, dans un ancien moulin racheté à un membre du Ku Klux Klan.

Mais leur rêve va rapidement être contrarié par des vampires blancs assoiffés de musique, symbolisant la difficile histoire raciale des Etats-Unis.

– "Des centaines de prothèses" –

Donner vie à la vision de Coogler, a été le travail le plus difficile de la carrière de M. Fontaine, un maquilleur déjà nommé aux Oscars en 2023 pour "The Batman", et aux Emmy Awards pour la série "The Penguin".

"Il a fallu des centaines et des centaines de prothèses, de sculptures, de moules, de crocs et de lentilles de contact pour que tout prenne vie", raconte‑t-il.

Certaines des prothèses ont nécessité un travail d'orfèvre, du scan numérique des acteurs à la création de moules et au coulage de moules élaborés, avant d'être méticuleusement collées sur le visage des acteurs.

Au‑delà des crocs acérés et des blessures réalistes, le maquilleur est particulièrement fier du regard singulier donnés aux vampires.

"Ryan (Coogler) est venu me voir très tôt pour demander s'il était possible de créer ce genre d'yeux réfléchissants, lumineux", retrace‑t‑il.

Pour cela, l'artiste a collaboré avec Cristina Patterson, une spécialiste qui a passé des années à concevoir des lentilles de contact réfléchissantes, apparaissant pour la première fois au cinéma dans "Sinners".

"Cela donne une sorte de signature visuelle aux vampires", explique M. Fontaine.
Epreuve pour les acteurs
L'autre grand défi du film était de gérer la masse des blessures et transformations subies par quasiment tous les personnages, poursuit-il.

L'équipe de maquillage devait ainsi parfois travailler sur cinq ou six comédiens simultanément. Une tâche complexe, surtout dans l'humidité poisseuse de la Louisiane, où le film a été tourné.

Le maquilleur reste admiratif des comédiens qui ont enduré leur transformation. En ressortant la prothèse d'Omar Benson Miller, l'acteur qui joue le portier du bar avant d'être mordu et de se métamorphoser en vampire, il souligne le travail réalisé pour remplacer sa bouche et sa mâchoire, par une plaie béante, masse sanguinolente de chair à vif.

Le comédien "ne pouvait pas manger, il ne pouvait pas parler. C'était vraiment intense pour lui de porter ça", insiste-t-il . "Il ne voyait pas. Il était donc pratiquement aveugle et enterré là‑dedans."

Face à la tentation grandissante des producteurs d'utiliser l'intelligence artificielle pour les maquillages et effet spéciaux, le maquilleur voit en "Sinners" un "film parfait pour incarner cet artisanat".

"J'ai vraiment envie de voir cet art progresser, mais pas d'une manière où il serait remplacé par quelque chose qui n'a pas la même âme que la créativité humaine", conclut-il.

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