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Miriam Margolyes aborde la solitude des seniors, dans un court-métrage nommé aux Oscars

"Je savais que c'était bien", a-t-elle confié à l'AFP à propos du court-métrage nommé aux Oscars, "A Friend of Dorothy".

"La vérité, l'émotion sont authentiques, le drame n'est pas forcé. C'est très organique", dit-elle.

Ce film de 20 minutes, où joue également Stephen Fry, est une méditation sur l'importance des liens entre êtres humains - au-delà des générations et des origines.

Dorothy, le personnage principal, est d'une redoutable vivacité d'esprit mais en veut à son corps qui la lâche, seule dans une grande maison londonienne un peu délabrée.

Un après-midi, le jeune J.J. (Alistair Nwachukwu) sonne à sa porte pour récupérer son ballon, qu'il a envoyé dans son jardin. Il découvre alors la vaste collection de pièces de théâtre de la maison, que la vieille dame l'encourage à lire à voix haute.

Leur improbable amitié se scelle lorsqu'elle devine son homosexualité - vraisemblablement non assumée -, ainsi que son évident talent de comédien.

Au fil de visites qui deviennent quotidiennes, leur lien bourgeonne, et tous deux comprennent, en larmes, qu'ils ont enfin trouvé quelqu'un qui les comprend.

Avec son mari mort depuis longtemps, un fils installé à l'autre bout du monde et un petit-fils absorbé par l'idée de gagner de l'argent, la vie de Dorothy n'a malheureusement rien d'exceptionnel, regrette Mme Margolyes.

"La situation d'une vieille dame seule n'a rien d'unique", insiste l'actrice, lauréate d'un Bafta, l'équivalent britannique des César, pour son rôle dans "Le Temps de l'innocence" de Martin Scorsese, sorti en 1993.

– "Naufragés" –

"Malheureusement, des millions de personnes âgées sont naufragées et esseulées", constate-t-elle.

"Et nous sommes coupés les uns des autres par la technologie. Elle ne nous aide pas à nous rapprocher, elle nous divise", soupire-t-elle.

Le scénariste-réalisateur Lee Knight fait naître leur lien grâce à une pratique on ne peut plus analogue: lire à voix haute des pièces de théâtre.

Dorothy et J.J. "se rencontrent à un moment où ils ont besoin l'un de l'autre, et ils sont seuls chacun à leur manière", explique le cinéaste à l'AFP. "Il est seul ; il n'a pas encore trouvé les siens, et elle est seule aussi. C'est une histoire simple, mais nous avons besoin de ces histoires plus que jamais."

Avoir Mme Margolyes, figure incontournable de la télévision britannique et pilier du théâtre depuis des décennies, dans ce film, est pour lui un rêve devenu réalité.

"Personne d'autre ne pouvait jouer ce rôle", estime-t-il. "Je l'ai vraiment écrit pour elle, et je n'aurais jamais, au grand jamais, imaginé qu'elle accepterait de le faire."

Le duo entre le réalisateur et son actrice, séparé par plusieurs générations, rappelle d'ailleurs de manière touchante les personnages de ce court-métrage.

Lors de leur entretien avec l'AFP à Beverly Hills, ils se tiennent souvent la main et se coupent mutuellement la parole.

À un moment, elle le rabroue gentiment pour son langage approximatif alors qu'il répond à la question d'un journaliste.

"Il ne faut pas dire +très, très unique+ ; +unique+ suffit", le corrige-t-elle, avant d'ajouter en riant : "Je suis juste autoritaire."

"C'est la personne rêvée pour faire sortir votre texte de la page", enchaîne M. Knight.

La 98e cérémonie des Oscars aura lieu le 15 mars à Hollywood.

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