Guerre contre l’Iran : des cargaisons de gaz destinées à l’Europe détournées vers l’Asie
La concurrence mondiale pour l’approvisionnement en gaz naturel liquéfié (GNL) s’intensifie. Depuis le début de la guerre américano-israélienne contre l'Iran, au moins huit méthaniers initialement destinés à l’Europe ont été redirigés vers l’Asie, où les acheteurs sont prêts à payer davantage, selon des données du cabinet spécialisé Kpler.
Parmi eux, le LNG Port Harcourt II, chargé de GNL nigérian et appartenant à une filiale du groupe TotalEnergies, devait initialement livrer sa cargaison au terminal de Fos-Cavaou, dans le sud de la France, mais fait désormais route vers l'Inde. Un autre méthanier, le BW Brussels, qui devait accoster à Montoir-de-Bretagne, a lui aussi changé de cap en direction de l’Asie.
Les pays asiatiques prêts à payer plus cher
Ces détournements s’expliquent par la forte demande asiatique, certains pays étant prêts à payer davantage pour sécuriser leurs livraisons de gaz. L'Inde figure parmi les pays les plus préoccupés par les perturbations liées à la guerre. Les autorités indiennes ont annoncé donner la priorité à l’approvisionnement en gaz pour les ménages et les transports, tandis que certaines industries, notamment la production d’engrais et le secteur du thé, verront leurs livraisons réduites.
Cette situation a déjà contribué à une hausse des prix sur le marché européen. Le contrat de référence européen, le TTF Natural Gas Futures, s’échangeait le 11 mars autour de 50,4 euros par mégawattheure, soit une hausse de près de 57 % par rapport à la fin février, dans un contexte de perturbations du transport maritime dans le détroit d'Ormuz et d’interruptions de production au Qatar.
Selon le ministre français de l’Économie Roland Lescure, ces réorientations illustrent « la loi du marché ». Le gouvernement assure toutefois que l’approvisionnement immédiat de l’Europe n’est pas menacé, même si la constitution des stocks pour l’hiver prochain pourrait devenir plus coûteuse si les tensions se prolongent.