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Un verger bio ? Plus facile à dire qu'à faire, la preuve en Corrèze

Depuis deux ans, plus de 80 % des plantations de vergers chez les adhérents de l’alliance Meylim-Perlim sont en bio. Quant à Laurent Rougerie, le président du syndicat des producteurs de la pomme du Limousin AOP, il mène 60 % de ses arbres selon les règles de l’agriculture biologique. « La volonté est là, il y a une forte attente sociétale », rappelle-t-il.

Alors, d’ici peu, tous les vergers du Limousin seront-ils bio ? Ce n’est pas certain du tout. Quitter le conventionnel pour adopter le biologique, c’est en réalité bien plus facile à dire qu’à faire. On vous explique pourquoi.

Un chiffre : 20 %C’est la part des surfaces de l’AOP pomme du Limousin cultivées selon les règles de l’agriculture biologique, soit 400 hectares. Pour rappel, l’AOP regroupe plus de 90 % des vergers de pommiers du Limousin.Photo Stéphanie Para

Parce qu’un verger s’envisage sur le temps long.

Planter un verger, cela n’a rien à voir avec semer un champ de maïs ou de blé. L’investissement financier est conséquent. Sans même parler de la terre, il y a l’achat des plants, le palissage, les filets protecteurs de grêle... Comptez entre 40.000 et 50.000 euros l’hectare. Une réalité qui est la même, quelle que soit la méthode de culture. « Entre une plantation en bio et une plantation en conventionnel, on ne peut pas parler d’une différence d’investissement », assure Laurent Rougerie.

Surtout, il y a le temps d’exploitation, qui s’étire sur quinze à vingt ans. On ne plante donc pas un verger bio à la légère, histoire de voir, d’essayer. C’est d’ailleurs ce qui a poussé plusieurs pomiculteurs à s’associer, en 2018, pour planter le verger bio de Latrade, sur huit hectares, à la frontière de la Corrèze et de la Dordogne. « Il y a un partage du risque en investissant à plusieurs », précise Lionel Lassourreuille, responsable technique des vergers chez Perlim.

Parce que le bio, c'est plus compliqué

Comme le résume Laurent Rougerie, « on n’a pas encore trouvé de solutions techniques et agronomiques suffisamment fiables pour garantir une production régulière. » Sans la solution chimique à portée de main, en cas d’attaque de ravageurs ou de développement d’une maladie, « il faut observer encore plus, car il n’y a pas de solution de secours », insiste Lionel Lassourreuille.

Les vergers bio sont aussi plus sensibles au phénomène d’alternance (une année sur deux, l’arbre donne peu de fruits) et ont besoin de la présence de pommiers pollinisateurs, qui prennent la place d’un arbre producteur, à intervalle régulier dans les rangs. Ce qui diminue encore le rendement à l’hectare.

Parce que le bio ne tient pas toujours ses promesses à la vente

Difficiles à conserver, les pommes bio inondent le marché à l’époque de la récolte. « Le problème de conservation des fruits, c’est le problème numéro un », estime Laurent Rougerie. L’alliance Meylim-Perlim teste depuis peu une doucheuse qui permet de laver les fruits avant leur entrée dans les frigos, permettant ainsi d’améliorer la conservation.

En attendant, sur un marché engorgé, les efforts du producteur bio ne sont pas toujours récompensés dans son porte-monnaie. « On commence à avoir des inquiétudes, souligne Laurent Rougerie. Jusque-là, le marché du bio se comportait plutôt bien, mais maintenant on patine. La consommation continue à progresser mais ça se tasse. L’avenir du bio passera par la capacité à ne pas produire trop cher. Si on savait faire à un coût de production acceptable, on passerait tous en bio. » Photo Stéphanie Para

L'espoir est (quand même) permis. Ces handicaps ne signifient pas que le bio est une chimère. « On a un producteur qui s’y est mis, en 2009, et il est maintenant en 100 % bio. Ça l'a convaincu », résume Lionel Lassourreuille.« Il y a des bénéfices environnementaux et aussi psychologiques, c’est valorisant, humainement parlant. Moi, j’y crois beaucoup, 60 % de ma surface est en bio, explique Laurent Rougerie. Tous les ans, je progresse à petit pas, mais je ne suis pas encore capable de basculer. »

Pomme Labrousse

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