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Le Conseil municipal de Guéret refuse l'augmentation des impôts demandée par l'Agglo

Faut-il augmenter les impôts fonciers ? C’est en tout cas ce que demande l’Agglo du Grand Guéret aux maires des communes membres pour renflouer ses comptes. Et c’est pour cela que Marie-Françoise Fournier a convoqué son conseil municipal vendredi soir.

Dès le début de son discours d’ouverture de séance, elle rappelle les inquiétudes qu’elle soulevait lors de sa campagne aux municipales sur l’état financier de l’Agglo. Et d’ajouter : « En juin, nous étions élus. Pourtant, cas quasiment unique en France, un élu municipal minoritaire était reconduit à la présidence de l’Agglo, en opposition complète avec la légitimité que nous avaient octroyée les Guérétois, qui représentent la moitié de l’Agglo. Je ne m’appesantirai pas sur les tractations qui ont précédé cette élection… ».

Quelques mois plus tard, alors que le budget prévisionnel 2021 était en cours de préparation, elle découvre que les premières évaluations « font état de 3,6 millions euros de besoin de financement du fonctionnement, soit, plus clairement, un déséquilibre de 3,6 millions euros ! En l’état, plus moyen d’assumer les charges courantes, plus d’investissement possible. »

La maire poursuit : « Le président de l’Agglo (Éric Correia N.D.L.R.) a d’abord voulu vendre aux élus cette augmentation d’impôt pour créer le nouveau centre aqualudique, puis pour assumer la gestion des eaux pluviales urbaines, puis pour renforcer la ressource humaine… la réalité est bien plus crue ».

Comment éviter une hausse des impôts?

Augmenter les impôts, est-ce donc la seule solution pour combler les déficits? Pour la majorité municipale, non. « Nous nous y opposerons vivement », annonce d’emblée Marie-Françoise Fournier. « Nous allons devoir établir un véritable plan de sauvetage : réduire toutes les dépenses de fonctionnement, annuler et reporter à une échéance lointaine tous les investissements d’intérêt communautaire, puiser dans les réserves destinées à la gestion des terrains en zone d’activité, fragilisant ainsi les années à venir. Revoir les compétences non obligatoires de l’Agglo. S’interroger sur la capacité de notre territoire à porter une agglomération… »

Des solutions complétées ensuite par son adjoint aux finances, Erwan Gargadennec. Comme « rebalayer les trente compétences optionnelles ou facultatives et s’interroger sur leur maintien » ; « stopper la prise de nouvelles compétences » ; mutualiser des services ; diminuer le besoin d’équilibre des budgets annexes – « ça semble difficile au regard des déficits récurrents des budgets… » – ; investiguer les problématiques du budget des zones d’activités « et surtout des amortissements ».

Éric Correia, absent et jugé seul responsable

Pour la majorité municipale, il n’y a qu’une personne à blâmer. Éric Correia, qui est absent ce soir-là : « Je me pose sans détours la question de la confiance accordée au président de la com d’Agglo. Son échec nous plonge tous dans une situation inadmissible. J’assume avec force cette position et je le précise, cela n’a rien d’un calcul politique. Nous ne présenterons pas de candidats à la présidence si elle devait se renouveler, nous ferions confiance à d’autres élus pour cela », lance Marie-Françoise Fournier, qui évoque, sans le dire, une démission d’Éric Correia.

Thierry Delaître, conseiller municipal, lui, ne mâche pas ses mots et « exige » quatre choses : « La démission de Monsieur Correia de ses fonctions de président de l’agglo. Je suis heureux de vous entendre dire qu’il n’est nullement question de le remplacer par un membre de la majorité municipale, nous pouvons trouver parmi les maires des petites communes des personnes, un homme, une femme, qui ont l’expérience et la compétence pour exercer ces fonctions, avec qui nous pouvons repartir sur des relations constructives de confiance. »

Autres préalables : « que nous ayons des explications sur les causes réelles de la situation, mais aussi sur ces conséquences » ; « que nous soit présenté un plan précis de redressement de la situation financière, mais à aucun moment je n’envisage de faire confiance à un plan présenté par Monsieur Correia, des engagements, il en a déjà pris, et on voit ou nous en sommes » ; « que la com d’Agglo convoque à nouveau un contrôle de la Chambre régionale des comptes, il y a urgence à mettre de l’ordre dans tout ça. »

« C’est dommage que ce moment d’échanges à charge ait lieu en l’absence de la personne concernée. Il aurait été utile d’avoir des explications et un débat contradictoire. »

Une diatribe qui gêne… Michel Vergnier. « C’est dommage que ce moment d’échanges à charge ait lieu en l’absence de la personne concernée. Il aurait été utile d’avoir des explications et un débat contradictoire. Je ne suis pas très à l’aise, les mots ont été très durs, des mots de défiance, de demande de départ, ce n’est pas rien, il faut les assumer. »L’absence d’Éric Correia avait été annoncée, il avait prévenu Marie-Françoise Fournier mardi. « Effectivement, j’aurais pu repousser le conseil municipal, mais la notion d’urgence et le pressing qu’on met sur les mairies, ce n’est pas moi, c’est l’Agglo. »

« Je n’ai aucun état d’âme à parler avec vous ce soir »

Elle explique : « Jeudi dernier, on reçoit un mail de l’Agglo qui confirme le besoin de financement et la nécessité d’examiner immédiatement le levier fiscal. Le 12 mars, je convoque donc le conseil municipal de ce soir. On me force à traiter les choses en urgence. Je n’ai aucun état d’âme à parler avec vous ce soir, nous avons des comptes à rendre, nous représentons ici la ville de Guéret, et rien que la ville de Guéret. »

Delphine Bonnin-German, conseillère municipale, du groupe d’opposition d’Éric Correia, possède ce soir-là son pouvoir. Elle salue cependant la convocation de ce conseil municipal : « Nous ne pouvons que louer initiative, qui est de saisir l’ensemble des élus municipaux de sujet qui concerne l’Agglo ». Mais regrette l’absence de débat contradictoire : « Je rejoins la remarque de Michel Vergnier. Les éléments que nous avons ce soir sont intéressants, mais ça reste des documents de travail. Une intervention du président de l’Agglo aurait été intéressante ». Elle termine en annonçant que son groupe ne participera pas au vote : « Nous attendons le débat d’orientation budgétaire qui a lieu à l’Agglo le 31 mars. Ce sera le moment du débat contradictoire. Et j’ai le pouvoir d’Éric Correia, ça ne me paraît pas judicieux pour ce point-là de participer au vote ce soir ».

Au moment du vote justement, la grande majorité des élus municipaux ont voté contre l’augmentation des impôts demandée par l’Agglo. 

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